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Analyse et Opinion

Les réfugiés, un atout économique pour le Tchad ?

Les réfugiés, un atout économique pour le Tchad ?
  • Publiéjuillet 11, 2024

Pour promouvoir efficacement l’inclusion économique des réfugiés, il est essentiel de reconnaître qu’ils contribuent à l’économie, souligne une étude de la Banque mondiale.

 

Le Tchad, dont l’économie n’est guère la plus florissante d’Afrique, doit faire face à un défi majeur : accueillir des milliers de réfugiés et ce, « de manière inclusive ». Tel est le propos d’une étude de la Banque mondiale, qui actualise ses révisions émises au printemps.

Les économistes constatent que l’économie tchadienne – en hausse de 4,1% en 2023 –, a « bien résisté à la guerre au Soudan » voisin ; ce conflit a toutefois des retombées sur le commerce, les dépenses publiques et l’inflation.

« Renforcer la cohésion sociale et éviter de nouveaux conflits, nécessite l’élaboration de programmes et de politiques qui bénéficient à la fois aux communautés d’accueil et aux réfugiés. Les politiques intégrées devraient cibler les provinces d’accueil, en combinant les efforts humanitaires et de développement pour soutenir le développement local »,considère Claudia Noumedem Temgoua, économiste pays à la Banque mondiale.

L’an dernier, le taux de pauvreté extrême au Tchad aurait diminué de 1,1 point pour atteindre 29,7 % en 2023 ; « toutefois, 5,4 millions de personnes continuent de vivre dans l’extrême pauvreté », tandis que l’« insécurité alimentaire reste un problème important », pointe la Banque mondiale. Un bon point : le Tchad reste en excédent budgétaire, à la faveur de bonnes recettes fiscales issues du pétrole, même si cet excédent n’a atteint que 1,3% du PIB l’an dernier, contre 5% l’année précédente. Dans ces conditions, la dette publique aurait diminué, de 47,4% à 44,8% du PIB.

En 2024, la croissance économique devrait tomber à 2,7 % (-0,4 % par habitant) en raison de la réduction prévue de la production pétrolière et des investissements publics. Au cours de la période 2025-2026, la croissance devrait atteindre une moyenne de 3,1 % (0,1 % par habitant), avec la mise en service de nouveaux gisements de pétrole et malgré la poursuite de la baisse des prix du pétrole.

Les mesures prises par le gouvernement pour lutter contre l’insécurité alimentaire devraient réduire l’inflation, qui devrait ainsi tomber à 3,9 % en 2024, avant de redescendre à l’objectif de la BEAC d’inflation de 3 % en 2026.

 

« Ayant peu de liens avec les populations pauvres et vulnérables, la croissance tirée par le secteur pétrolier ne conduira pas à une réduction de la pauvreté sans réformes structurelles significatives, qui sont nécessaires pour améliorer la croissance du PIB non pétrolier », commente la Banque mondiale.

 

Des déplacements exacerbés

Qui redoute que la poursuite des contraintes en matière de sécurité et la crise actuelle au Soudan ne perturbent le marché en raison de l’augmentation de la demande intérieure et de la pénurie d’approvisionnement en produits locaux et importés dans les zones touchées. Cette situation, combinée à une faible couverture de la protection sociale, limitera la réduction de la pauvreté. Tandis qu’en raison de la baisse des prix du pétrole, l’excédent budgétaire pourrait se transformer en déficit, ce jusqu’en 2026.

Au chapitre des risques, outre celui d’une baisse prolongée des prix de l’or noir, les économistes pointent l’instabilité politique lors des prochaines élections, la montée de l’insécurité, et les chocs climatiques. Bien sûr, une guerre prolongée au Soudan, ainsi que des tensions entre les deux voisins, pourrait aggraver la situation.

Sur ce point, la Banque mondiale rappelle que les déplacements forcés dus aux conflits en cours ont exacerbé les mouvements transfrontaliers à travers le Sahel, conduisant à l’établissement de colonies de réfugiés à long terme au Tchad. La crise soudanaise, qui a débuté en avril 2023, a considérablement augmenté la population de réfugiés au Tchad ; cette tendance devrait se poursuivre.

En décembre 2023, le Tchad comptait 1,1 million de réfugiés et de demandeurs d’asile. Sur le financement total requis de 455 millions de dollars pour la réponse aux réfugiés, seuls 151 millions de dollars ont été obtenus en 2023.

La réponse aux réfugiés s’est concentrée sur la couverture des besoins humanitaires de ceux installés dans de grands camps situés dans les zones frontalières. Les communautés d’accueil sont caractérisées par des vulnérabilités structurelles, notamment la pauvreté, la fragilité des moyens de subsistance et les disparités entre les sexes.

L’afflux de réfugiés, en particulier dans les régions frontalières, a aggravé l’insécurité alimentaire et mis à rude épreuve les services de base et les ressources naturelles. L’aide aux moyens de subsistance a été limitée aux réfugiés ou aux communautés d’accueil et seuls quelques programmes ont intégré les deux groupes.

Et la Banque mondiale d’insister : pour promouvoir efficacement l’inclusion économique des réfugiés, il est essentiel de reconnaître que les réfugiés contribuent à l’économie. Leur inclusion peut être renforcée par une meilleure mobilité, la remise en état des actifs et des stratégies intégrées d’inclusion productive. À cette fin, « il est essentiel de leur délivrer des documents d’identité officiels et de leur fournir une aide financière transférable ».

 

Combiner les efforts

L’interaction entre les réfugiés et les communautés d’accueil peut permettre l’accès à la terre et créer des opportunités pour augmenter la production et le commerce. Les autorités tchadiennes ont adopté une position ouverte en ce qui concerne l’accueil des réfugiés, avec un fort soutien à leur intégration locale, comme en témoigne la loi tchadienne sur l’asile signée en 2023.

La politique gouvernementale d’intégration et de dispersion des réfugiés vise également à réduire les foyers de conflit potentiels et à maximiser les avantages de l’inclusion économique. Un système national de protection sociale qui favorise l’inclusion économique doit être adaptable, productif et adapté aux spécificités des réfugiés et des communautés d’accueil, avec une attention particulière pour les femmes.

Pour renforcer la cohésion sociale et éviter de nouveaux conflits, « il est essentiel d’élaborer des programmes et des politiques qui bénéficient à la fois aux communautés d’accueil et aux réfugiés, qu’ils soient dans le pays depuis longtemps ou qu’ils y soient arrivés récemment », souhaite la Banque mondiale.

Les politiques intégrées devraient cibler les provinces d’accueil, en combinant les efforts humanitaires et de développement pour soutenir le développement local. Dans ces conditions, l’intégration des réfugiés dans les systèmes nationaux et dans l’économie nécessite un financement prévisible, récurrent et durable de la part des donateurs. Il faut également un registre social national solide qui puisse servir de plateforme unifiée pour la sensibilisation et l’identification des plus démunis parmi les nationaux et les réfugiés, afin de garantir une assistance complémentaire et coordonnée.

Enfin, une plateforme de paiement numérique permettrait la distribution rapide et transparente des fonds aux plus vulnérables, garantissant l’accès financier des bénéficiaires, y compris les réfugiés, indépendamment de leur localisation.

@AB

Écrit par
Aude Darc

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