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Analyse et Opinion

Les pays de la CEMAC devront poursuivre l’effort

Les pays de la CEMAC devront poursuivre l’effort
  • Publiéjuin 19, 2024

Au-delà d’une bonne orientation conjoncturelle, les pays d’Afrique centrale doivent améliorer leur gouvernance et leur attractivité pour le secteur privé, juge la Banque mondiale.

 

Une croissance certaine mais une amélioration peu significative du niveau de vie. Voilà ce que pronostique la Banque mondiale pour la zone CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale). En effet, la zone est confrontée à plusieurs défis de développement, détaillent les économistes qui exigent des capitaux humain, physique et institutionnel « plus forts ».

Et la Banque mondiale de considérer, dans son Baromètre économique de la CEMAC, rendu public en début de semaine, comme « essentiel » l’amélioration du climat des affaires, ce qui passe par de meilleures routes, un meilleur approvisionnement en énergie, un meilleur accès au financement et des processus commerciaux et fiscaux plus efficaces, afin de stimuler la croissance du secteur privé et la création d’emplois.

En matière de nouvelles technologies, la CEMAC fait face à plusieurs défis, notamment l’accès et le coût de la connectivité et de faiblesses en termes de compétences numériques, d‘infrastructure, de réglementations et de politiques de concurrence.

Cela passe aussi par une meilleure gouvernance. Sur ce point, « des faiblesses persistent dans les pays de la CEMAC, notamment en matière d’état de droit et de lutte de la corruption ». De plus, il est essentiel de renforcer le secteur privé pour parvenir à la diversification économique qui est autant souhaitée que nécessaire. Cependant, dans de nombreux pays, « la faiblesse de la gouvernance et des institutions, ainsi que des défis en termes de concurrence font que l’environnement des affaires est difficile ».

Certes, reconnaissent les économistes, la région attire encore les capitaux, comme en témoigne le volume des investissements étrangers en 2022 – 3,8% du PIB, contre 3% en UEMOA et 1,5% en moyenne en Afrique subsaharienne. Cela « constitue un levier important pour le secteur privé ». Néanmoins, il existe de grandes disparités entre les pays, lesquels doivent poursuivre leurs efforts.

Les pays de la CEMAC.
Les pays de la CEMAC.

 

La plupart des économies de la région dépendent fortement des industries extractives. Or, ces industries créent moins d’emplois que les secteurs à plus forte intensité de main-d’œuvre. En effet, 47 % de la main-d’œuvre de la région est employée dans le secteur agricole dans lequel la productivité et les revenus sont plus faibles, ce qui fait que la création de richesse reste insuffisante. Cela étant, la part des emplois dans l’industrie et les services a progressivement augmenté, ce qui pourrait être un premier signe d’un changement structurel.

 

Investir davantage

Ce qui n’empêche pas la région de devoir toujours faire face aux défis d’assurer la sécurité alimentaire et d’accroître la production agricole. De plus, une grande partie de la population dépend d’emplois informels pour gagner leur vie. En moyenne, 90 % des emplois sont dans l’informel au Cameroun, au Tchad et au Congo.

 

CEMAC, quelques chiffres clés.
CEMAC, quelques chiffres clés.

« Pour transformer ces risques en des opportunités, les gouvernements de la région pourraient promouvoir des investissements ciblés axés sur la promotion de l’entrepreneuriat et des compétences professionnelles adaptées aux besoins du marché, ainsi que d’autres mesures visant à stimuler la croissance et la diversification économique », commentent les économistes.

Pour cela, il faut donc renforcer le capital humain, ce qui n’a guère été le cas ces dix dernières années. Et la Banque mondiale de calculer : un enfant né aujourd’hui dans la région CEMAC n’aura une productivité qui ne sera que de 37% de la productivité qu’il aurait eue s’il avait bénéficié d’une éducation complète et de soins de santé complets. Ce taux est de 40 % en Afrique subsaharienne.

En cause notamment des dépenses d’éducation insuffisantes (2,3% du PIB en moyenne en CEMAC, contre 4,1% en Afrique subsaharienne). Certes, la deuxième phase (2021-2025) du Programme de réformes économiques et financières (PREF-CEMAC II) a intégré le capital humain comme un domaine prioritaire. Pour autant, « il est nécessaire d’investir davantage et d’améliorer la qualité des dépenses dans l’éducation et la santé, ainsi que de développer des systèmes de protection sociale adaptatifs et réactifs aux chocs pour mieux protéger les personnes vulnérables et renforcer le capital humain, l’inclusion sociale et l’égalité des sexes », résume la Banque mondiale.

Qui pointe, le fait n’est pas nouveau, la nécessaire amélioration de la qualité et de l’accès aux infrastructures de base. Les pays de la CEMAC sont classés au 109e rang en moyenne à l’Indice de performance logistique de la Banque mondiale en 2023, indice qui compare la logistique commerciale dans 139 pays. « Il est inquiétant de constater que la performance du Cameroun, la plus grande économie de la région, est en baisse », relèvent les économistes. En effet, dans classement, le Cameroun est passé du 95e rang sur 160 pays en 2018 au 134e en 2023. D’où la nécessité d’améliorer les réseaux routiers, ferroviaires, les ports, l’accès à l’électricité, etc.

 

Les réponses du programme en cours

Enfin, la Banque mondiale s’attarde sur l’économie numérique, laquelle « offre des opportunités transformatives en termes de productivité, de croissance, de diversification économique et de création d’emplois ». Là aussi, la CEMAC fait face à plusieurs défis, notamment l’accès et le coût de la connectivité et de faiblesses en termes de compétences numériques, d‘infrastructure, de réglementations et de politiques de concurrence. Bien que l’utilisation d’Internet ait augmenté en Afrique centrale, elle reste inférieure à la moyenne de 36 % en Afrique subsaharienne dans de nombreux pays de la région, y compris la République centrafricaine (10,6 %) et le Tchad (17,8 %). Le prix de la connectivité mobile à large bande uniquement de données est supérieur aux objectifs mondiaux, à l’exception du Gabon.

« La réduction des coûts de connectivité dans la région, l’amélioration des politiques de concurrence et de l’environnement réglementaire numérique et le développement des infrastructures et des compétences numériques contribueraient à améliorer l’adoption de la technologie numérique, stimulant ainsi la croissance et l’emploi. »

Dans ce cadre, l’accélération de la mise en œuvre des réformes en cours dans le cadre du PREF-CEMAC II contribuerait à apporter une réponse à certains des grands défis de développement de la région, y compris les défis climatiques.

Le programme repose sur cinq piliers : la politique budgétaire, la politique monétaire et le système financier, les réformes structurelles, l’intégration régionale et la coopération internationale. Le dernier rapport de suivi du programme montre que 59 % pour cent des actions prévues avaient été mises en œuvre à la fin du troisième trimestre 2023. Un effort à accentuer, juge donc la Banque mondiale.

@AB

Écrit par
Laurent Soucaille

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