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Analyse et Opinion

Les abondantes ressources de l’Afrique sont mal utilisées

Les abondantes ressources de l’Afrique sont mal utilisées
  • Publiéjuin 26, 2024

Un rapport de la Fondation Mo Ibrahim met en évidence les richesses du continent, les apports extérieurs, mais déplore la mauvaise allocation de ces ressources.

 

« Il est urgent de changer radicalement de paradigme. Il ne s’agit ni pour l’Afrique de tendre encore la sébile, ni pour ses partenaires de considérer quel montant supplémentaire ils pourraient encore mettre sur la table. Le vrai sujet n’est pas « encore plus de moyens », mais simplement des moyens mieux adaptés. »

Ainsi s’exprime l’industriel et philanthrope Mo Ibrahim, en présentation d’un rapport de sa Fondation intitulé Les besoins financiers de l’Afrique, où sont les ressources ?

« Investis sur leur propre continent, les transferts de salaires, les fonds souverains, les fonds de pension et les fortunes individuelles représenteraient à l’évidence une source de financement essentielle. »

Et Mo Ibrahim de « divulgâcher » le contenu : « En réalité les ressources sont là. Mais le système qui perdure et prévaut actuellement ne permet pas leur utilisation optimale. Il faut réformer drastiquement le système de financement international, actualiser les mécanismes de restructuration de la dette, les modèles d’évaluation du risque africain, ainsi que les conditionnalités de l’aide. »

Poursuivant : « Surtout, notre continent doit cesser de dilapider ses propres actifs et en assumer la propriété et la responsabilité, bref, mettre en place les conditions de gouvernance de nature à garantir leur exploitation optimale au bénéfice d’un développement durable et équitable. »

Ce rapport est nourri par de nombreux contributeurs internationaux, qui vont du président de la Banque africaine de développement, Akinwumi Adesina, à Amina J. Mohammed, vice-présidente des Nations unies, en passant par le directeur général de l’Agence française de développement, Rémy Rioux et l’ancien ministre de l’Économie du Sénégal, Amadou Hott.

Quelques chiffres clés des ressources de l'Afrique.

 

Le rapport présente différents chiffrages des besoins existants, tant en matière de développement que de climat, s’agissant du continent africain. « Multiples, souvent divergents en fonction des sources, constamment réactualisés, tous s’accordent au moins sur une conclusion commune : des objectifs loin d’être atteints, et des besoins vertigineux », expliquent les auteurs.

 

La dette ne résout rien

Quels que soient les chiffrages, il est essentiel de garantir que le financement des objectifs climatiques ne se fasse pas aux dépens des objectifs de développement, contraignant alors les pays africains à choisir entre le développement de leurs propres concitoyens et la préservation de la planète.

Le rapport examine ensuite les apports financiers provenant des partenaires du continent. L’APD (Aide publique au développement) représente près de 10 % des ressources financières du continent. Mais l’APD des bailleurs traditionnels reste concentrée sur la santé et l’éducation, et largement conditionnelle. Parallèlement, l’engagement des pays non-membres du Comité d’aide au développement (CAD) augmente régulièrement, et colle davantage à la demande.

Les sources de financement de l'Afrique.

 

En revanche, juge le rapport, « le recours à la dette ne résout rien, au contraire », dès lors que l’encours comme le service de la dette ont triplé depuis 2009, et que la complexité croissante de sa structure rend inopérants les mécanismes de traitement classiques.

Le rapport juge « handicapants » l’évaluation du risque africain, « les surcharges spécifiques » du FMI et l’existence de « fonds dormants » de l’aide. Bref, « les ressources domestiques de l’Afrique doivent être mises à profit ». Conséquentes, elles sont de nature, selon l’Union africaine, à fournir entre 75 % et 90 % en moyenne des besoins financiers nécessaires pour mettre en œuvre l’Agenda 2063. « Néanmoins, la majorité de ces ressources restent au mieux virtuelles, au pire, utilisées à mauvais escient. » Parmi les priorités suggérées assécher la fuite des flux financiers illicites de capitaux pourrait augmenter les ressources de 100 milliards de dollars (perte annuelle en moyenne), soit un montant supérieur à l’APD reçue (81 milliards $) ou aux transferts de fonds individuels vers le continent (97 milliards $).

De même, augmenter la part des recettes fiscales, actuellement de 15,6 % du PIB en Afrique, soit la moitié de la moyenne de l’OCDE, constitue « une piste évidente ». Selon le rapport, les incitations fiscales ont représenté un manque à gagner de 46 milliards $ d’impôts sur les sociétés en 2019, soit plus de la moitié de l’APD reçue. « Investis sur leur propre continent, les transferts de salaires, les fonds souverains, les fonds de pension et les fortunes individuelles représenteraient à l’évidence une source de financement essentielle », insiste le rapport.

Enfin, énonce le document, la monétisation des actifs verts du continent – biodiversité, minéraux critiques, puits de séquestration carbone –, « peuvent générer des revenus importants, à condition que la bonne gouvernance et l’allocation des ressources au bénéfice des populations soient garanties ».

Les solutions de l’Afrique pour son financement

@AB

Écrit par
Aude Darc

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