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Analyse et Opinion

L’enjeu économique du football

L’enjeu économique du football
  • Publiéjanvier 12, 2024

Au-delà de l’engouement populaire, le football est un accélérateur économique en Afrique, notamment autour des grandes compétitions. Infrastructures, droits de diffusion, le ballon rond draine des millions mais est pourtant loin d’avoir atteint son potentiel.

 

Au fil des années, le football est devenu bien plus qu’un simple jeu, en Afrique. Par sa forte médiatisation, le ballon rond est désormais une passion profondément ancrée dans la société africaine, notent les universitaires Gérard Akindes et Michel Desbordes, ainsi que deux économistes de l’AFD (Agence française de développement) Christophe Dias et Victoria Eche. Lesquels signent un article « Les enjeux socio-économiques et la télédiffusion du football en Afrique », dans l’édition 2024 de L’Économie africaine, édité par l’AFD et L’Harmattan.

Les Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar, en 2026, seront le premier événement olympique organisé en Afrique ; un défi et une opportunité pour le continent.

Au-delà de son impact social sur les populations, notamment quant à sa capacité à transcender les barrières sociales, le football offre de nombreuses opportunités économiques, représentant « un moteur de croissance et de développement pour de nombreux pays africains ». Le sport attire sponsors et investisseurs. Il reste toutefois confronté à plusieurs limites structurelles qui bride son potentiel. D’ailleurs, si le sport représente 2% du PIB mondial, il ne compte que pour 0,5% du PIB de l’Afrique.

Dans cette prise de conscience des enjeux économiques, la Fédération internationale (FIFA) joue un rôle moteur. Grâce aux revenus générés par les grands événements mondiaux – la Coupe du monde au Qatar a rapporté 6,3 milliards de dollars –, la FIFA peut investir massivement dans le foot. Sur la période 2016-2022, on compte 717 millions $ de fonds alloués en Afrique, pour 385 projets. Le budget devrait augmenter de 30% sur la période 2023-2026.

Toutefois, font remarquer les auteurs, la singularité de l’Afrique tient dans la différence entre les fonds alloués et les fonds réellement consommés. En 2023, la Côte d’Ivoire, qui avait pourtant une CAN à préparer, n’a dépensé que la moitié de son enveloppe. Il est vrai que le cahier des charges imposé par la FIFA n’est pas toujours aisé à respecter et que, d’un pays à l’autre, la volonté politique n’est pas toujours au rendez-vous.

 

L’expérience de l’Afrique du Sud en 2010

Pourtant, « à l’instar du Sénégal, du Cameroun, du Bénin, du Maroc ou de l’Afrique du Sud, les gouvernements africains se saisissent de toute l’importance que revêt le football en matière de développement », soulignent les auteurs. Le Maroc serait le pays qui investit le plus dans le sport, qui représentait 1,1% du PIB en 2018.

BeIN Sports diffusera de nombreux matches de la CAN 2023 qui débute en Côte d’Ivoire.
BeIN Sports diffusera de nombreux matches de la CAN 2023 qui débute en Côte d’Ivoire.

 

On comprend que dans ce contexte, l’organisation de la CAN suscite les convoitises ! Déjà huit candidats se déclarent pour 2025. Dans la perspective de la compétition de 2019, le Cameroun a investi plus d’un milliard d’euros dans des infrastructures sportives, le réseau routier, l’hôtellerie, la connexion Internet et les hôpitaux. De ce point de vue, le bilan de la Coupe du monde de 2010 a représenté un « succès économique » pour l’Afrique du Sud, au bilan par ailleurs peu flatteur en matière de réduction des inégalités.

Reste à apprécier la rentabilité économique de ces investissements. De son côté, le Rwanda fait du football une des composantes de son attractivité touristique.

 

Défi et opportunité

Qui dit football dit télévision. Depuis une dizaine d’années, quatre groupes de diffuseurs se sont imposés sur le marché privé africain : Canal+, MultiChoice, beIN Sports, StarTimes. Les montants de retransmission d’une épreuve en direct sont de plus en plus élevés et sont devenus un enjeu majeur pour les fédérations et ligues sportives. En revanche, les Coupes du monde, en Afrique subsaharienne, restent la chasse gardée des télévisions publiques, à l’exception de Kwesé Sport qui a réalisé des profits par la diffusion du Mondial aux télévisions nationales en 2018, et New World TV en 2022.

Pour les diffuseurs, l’acquisition de droits représente parfois une « stratégie défensive » ; telle est la politique de Canal+ qui a acquis les droits de la Ligue 1 de Côte d’Ivoire, afin de fermer la porte à un nouvel entrant.

Car les championnats nationaux n’ont pas encore atteint leur maturité. Ils souffrent de plusieurs « freins », comme la qualité de jeu, le manque d’infrastructures modernes, la faible attractivité du football national, les limites démographiques et économiques des audiences, ou encore la gouvernance fragile des ligues et des clubs.

« Dans ce contexte, le streaming semble offrir de nouvelles perspectives que la télévision commerciale ne peut exploiter », commentent les auteurs. Ce média permet de toucher un public dispersé, y compris celui de la diaspora.

On le voit, le football représente à la fois un enjeu et un défi économique majeur. Les Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar, en 2026, seront le premier événement olympique organisé en Afrique. « Ils constituent à la fois un défi et une opportunité pour l’Afrique, démontrant une nouvelle fois sa capacité à s’inscrire dans le paysage sportif mondial », concluent les auteurs réunis par l’AFD.

@NA

Écrit par
Laurent Soucaille

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