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Analyse et Opinion

Le Sénégal peut améliorer sa fiscalité

Le Sénégal peut améliorer sa fiscalité
  • Publiéjuin 17, 2024

La Banque mondiale préconise une accélération des réformes fiscales au Sénégal, afin d’élargir davantage l’assiette fiscale aux revenus des ménages.

 

Les incertitudes internationales et régionales croissantes nécessitent des actions proactives pour préserver les progrès socio-économiques réalisés au Sénégal au cours de la dernière décennie. Tel est le jugement de la Banque mondiale dans un rapport sur la situation économique du pays intitulé « Saisir l’opportunité ».

Face aux défis que rencontre le pays – à la croissance ralentie au second semestre 2023 –, il est impératif, jugent les économistes, de créer une marge de manœuvre budgétaire suffisante et de renforcer la capacité du Sénégal à absorber les chocs et à relever les défis de développement. Pour atteindre le critère de convergence régionale de l’UEMOA qui plafonne le déficit budgétaire à 3 % du PIB,  le Sénégal devra accroître davantage les recettes fiscales et rationaliser les dépenses publiques, tout en préservant les investissements essentiels et les dépenses prioritaires pour les populations vulnérables, écrit le rapport.

« Pour financer ses ambitions de développements, il est impératif pour le Sénégal de maintenir les investissements dans le capital humain et les infrastructures, et de stimuler la productivité », insiste la Banque mondiale.

Et la BM de prôner « des mesures proactives pour remédier aux déséquilibres macroéconomiques croissants, accélérer la mobilisation des recettes, maintenir une stratégie d’emprunt prudente et une gestion proactive de la dette, et assurer la mise en œuvre constante des réformes structurelles ».

C’est bien dans l’augmentation des recettes fiscales que le pays trouvera une meilleure marge de manœuvre budgétaire au bénéfice des populations, ce qui n’a guère été le cas ces dernières années. Résultat : la réduction de la pauvreté progresse à un rythme plus lent que dans d’autres pays de la région.

De même, l’augmentation des coûts des emprunts publics « souligne l’urgence d’accélérer la mobilisation de recettes intérieures pour financer les ambitions de développement du Sénégal ».

 

La vulnérabilité de la dette

Dès lors, l’impôt sur le revenu représente une opportunité significative d’augmentation des recettes fiscales. En effet, comme la plupart des pays à revenu faible ou intermédiaire, le Sénégal dépend fortement des impôts indirects, qui constituaient 71 % des recettes fiscales totales en 2021, même si la dépendance de la collecte des recettes à l’égard des taxes commerciales a diminué. « Cela offre une possibilité d’exploiter stratégiquement le système d’impôts directs pour améliorer la mobilisation des ressources intérieures. »

Après avoir passé en revue les données conjoncturelles du Sénégal, la Banque mondiale constate que, dans l’ensemble, les incertitudes nationales, régionales et mondiales sont élevées. Notamment, la prolongation des tensions géopolitiques mondiales continue de faire grimper l’inflation plus que prévu et pourrait entraîner une augmentation de la pauvreté et une politique monétaire encore plus agressive, « limitant davantage le financement de l’État et exacerbant les vulnérabilités de la dette ». La sécurité régionale et les incertitudes politiques ont de graves implications socio-économiques, notamment le risque de retrait de l’Alliance des États du Sahel de la CEDEAO, qui affectent les exportations vers le Mali, lesquelles représentent 20 % des exportations totales du Sénégal.

De même, la Banque mondiale redoute le mécontentement social qui pourrait résulter de la suppression progressive des subventions à l’énergie – une mesure réclamée par le FMI, fera-t-on observer –, et l’incertitude politique pourraient compromettre l’assainissement budgétaire envisagé. « En même temps, des retards dans l’assainissement budgétaire effectif pourraient gravement affecter la viabilité de la dette et la croissance. »

Toutefois, le tableau n’est pas si sombre : « Les perspectives restent globalement positives, avec l’engagement des autorités pour des réformes structurelles majeur et l’amélioration de la transparence, mais elles dépendent d’un solide engagement en faveur de la stabilité macroéconomique. » Les perspectives de croissance reposent sur la mise en œuvre de réformes structurelles majeures permettant au Sénégal de poursuivre sa transformation économique, ainsi que sur la mise en œuvre de son agenda de développement axé sur l’amélioration des opportunités économiques et de l’inclusion sociale.

« Pour financer ses ambitions de développements, il est impératif pour le Sénégal de maintenir les investissements dans le capital humain et les infrastructures, et de stimuler la productivité », insiste la Banque mondiale, qui précise : l’insuffisance des recettes a souvent réduit la capacité du pays à améliorer et à soutenir la croissance et à investir dans la population. La Banque mondiale reconnaît néanmoins que les recettes fiscales ont régulièrement augmenté, ces dernières années, mais à un rythme insuffisant.

@AB

Écrit par
Aude Darc

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