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Analyse et Opinion

Le Maroc sur une trajectoire de croissance normative

Le Maroc sur une trajectoire de croissance normative
  • Publiéjanvier 2, 2024

Plutôt résiliente aux chocs de ces dernières années, l’économie marocaine revient à ses rythmes de croissance de la décennie 2010. Cela permet à l’État de supporter le poids accru de la dette et de rééquilibrer recettes fiscales et dépenses budgétaires.

 

Face au contexte de « crise permanente », le législateur doit faire preuve de maîtrise de la situation, notent les analystes d’Attijari Global Research dans une note consacrée aux perspectives du Maroc en ce début d’année 2024.

Le coût des mesures de lutte contre l’inflation se chiffrait à 40 milliards de dirhams en 2022 (3,6 milliards d’euros, dont subventions) puis à 10 milliards de MAD (900 millions d’euros) en 2023. Le financement de la généralisation de la protection sociale nécessite 35 milliards de MAD (3,14 milliards d’euros) en 2024 avant d’atteindre 40 milliards de MAD en 2026. À cela s’ajoute l’aide annuelle aux sinistrés du séisme pour une annuité de 1,8 milliard de MAD dans le cadre d’un plan global de réhabilitation de 120 milliards MAD (10,8 milliards d’euros) durant cinq ans.

Après un plus haut en 2020 quand la dette avait culminé à 72,2% du PIB, le Trésor souhaite infléchir la trajectoire de la dette et ne compte pas lâcher du lest contrairement à plusieurs pays africains.

Et pourtant, priorité est donnée à la recherche de l’équilibre et donc à la réduction du déficit budgétaire. « Les projections 2024 devraient confirmer l’amélioration des équilibres budgétaires du Maroc et emprunter la bonne voie pour atteindre les plafonds cibles de 3% pour le déficit et de 70% pour l’endettement à horizon 2026 », résument les analystes. Cela suppose des revenus supplémentaires, taxes de solidarités et fin des amnisties fiscales, ainsi qu’un recadrage des programmes sociaux.

La Loi de finance 2024 va bien dans ce sens d’un recadrage fiscal, mais comporte aussi « deux amnisties qui pourraient donner un coup de pouce aux échanges économiques au Maroc ».

In fine le Maroc aurait gagné à retrouver une croissance normative autour de 4% sous l’hypothèse d’une météo clémente et réussirait ses chantiers sociaux sans dégâts sur ses équilibres. « C’est un exercice difficile de mobilisation des ressources fiscales que le Maroc est en train de réussir et qui demeure un enjeu de taille pour de nombreux pays d’Afrique qui cherchent un réel bouclier contre la volatilité des revenus issus de leurs ressources naturelles », résument les analystes.

 

Incertitudes dans l’agriculture

Résiliente, l’économie marocaine est sur la bonne voie. La croissance, de 2,7% estimée pour 2023, devrait s’inscrire à 3,7% en 2024. Soit revenir à un rythme « pré-Covid » (+3,5%) meilleur que la moyenne mondiale. En cela, les analystes d’Attijari rejoignent le consensus.

Il reste bien sûr plusieurs incertitudes, la première, récurrente en ce qui concerne le Maroc, étant l’ampleur de la production agricole, sujette aux aléas climatiques.

 

Si le PIB agricole est attendu en hausse de 6%, « une nouvelle année de sécheresse aurait des conséquences directes sur la consommation à travers une combinaison de baisse des revenus et de hausse probable de l’inflation des produits alimentaires » préviennent les analystes. Sans compter le coût budgétaire qui serait associé à l’intensification de lutte contre les effets de la sécheresse ;

Entre autres hypothèses qu’il sera intéressant de valider, la Loi de finance prévoit une croissance de 2,9% de la demande extérieure (hors phosphate), en dépit d’une croissance bien faible en Europe ; hypothèse que les analystes qualifient eux-mêmes d’ « ambitieuse ».

En revanche, le pronostic d’une inflation prévue à 2,5% par l’État comme par la Banque centrale, semble conforté par les tendances récentes.

En 2024, la croissance économique sera probablement portée par la demande intérieure, elle-même soutenue par les dépenses des administrations publiques. Le solde du commerce extérieur ne devrait pas être d’un apport significatif.

Autrement dit, le retour à la normale « présumé » de la production du secteur primaire alimenterait la croissance en 2024. Le secteur tertiaire y représenterait le second pilier, porté notamment par la dynamique du tourisme.

Au plan financier, les économistes seront attentifs à la hausse (+5,5% prévus) des dépenses du Trésor et à la charge de la dette. Les intérêts de la dette pèsent désormais près de 2,4% du PIB sous le poids de l’augmentation simultanée de l’encours et des taux. Deux charges compensées par la forte baisse des budgets de compensation, qui ne pèse plus que 1,1% du PIB.

D’ailleurs, l’« impératif social ne vient pas au détriment des investissements publics, qui demeurent une clé de la dynamique économique au Maroc », tiennent à souligner les analystes. Lesquels saluent « la discipline budgétaire » de l’État marocain.

 

Une dette soutenable

Ils en veulent pour preuve la quatrième hausse consécutive du solde ordinaire, qui représente « un témoin infaillible de l’équilibre des finances publiques et qui démontre la capacité du Trésor à autofinancer son investissement ». Ce, en dépit des épisodes de sécheresse et du séisme. Autrement dit, « le Trésor réussit le pari de la mobilisation des ressources nécessaires même face à la prolifération de ses besoins, structurels ou occasionnels ».

Cette stratégie permet ainsi d’éroder le solde annuel du déficit budgétaire autour de 60 milliards de MAD (5,4 milliards d’euros), permettant ainsi une dilution progressive du déficit budgétaire à 4,0% en 2024, s’approchant de l’objectif des 3% à horizon 2026.

Après un plus haut en période de pandémie où la dette avait culminé à 72,2% du PIB, en 2020, le Trésor souhaite infléchir la trajectoire de la dette et ne compte pas lâcher du lest contrairement à plusieurs pays africains. Le seuil cible est un plafond de 70% à horizon 2026. « Cet objectif semble largement à portée », jugent les analystes d’Attijari qui anticipent un niveau de 70,3% à fin 2024. Globalement, même en présentant un niveau de dette de 70% bien supérieur à la médiane de 55% des pays d’Afrique subsaharienne, le Maroc présente un profil de risque moins vulnérable, concluent-ils.

@AB

Écrit par
Laurent Soucaille

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