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Analyse et Opinion Politique

Le G7 doit aller au-delà de l’urgence

Le G7 doit aller au-delà de l’urgence
  • Publiéjuin 27, 2022

Le sommet du G7 en Allemagne vient nous rappeler que l’aide apportée à l’Afrique doit mieux préparer le continent aux chocs futurs, en la dotant des infrastructures nécessaires. Un point de vue exprimé, entre autres dirigeants africains, par le président du Kenya, Uhuru Kenyatta.

 

Par Aude Darc

Le sommet du G7 des pays les plus riches de la planète s’est ouvert ce week-end, en Allemagne. L’Afrique y est à l’honneur, avec les présences de Macky Sall, pour l’Union africaine, et de Cyril Ramaphosa, président de l’Afrique du Sud. Le président américain Joe Biden a indiqué que les pays du G7 étaient prêts à mettre sur la table quelque 600 millions de dollars pour relancer les infrastructures en Afrique.

Dans une tribune publiée par le magazine américain Newsweek à l’occasion de ce Sommet, Uhuru Kenyatta, président du Kenya et Patrick Verkooijen, PDG du Global Center on Adaptation, expliquent ce que l’Afrique peut apprendre au reste du monde.

Investir dans l’adaptation n’éradiquera pas la faim d’un coup de baguette magique, mais cela améliorera radicalement la capacité de l’Afrique à se nourrir, et contribuera de facto à la sécurité alimentaire du monde entier.

En effet, expliquent-ils, en matière de situations d’urgence, l’Afrique n’en est pas à son coup d’essai. Forte d’une longue expérience acquise dans la douleur, elle a beaucoup appris en termes de résolution des crises. Avant toute chose, la nouvelle approche de l’Afrique consiste à aller au-delà de la crise immédiate pour résoudre les causes profondes de catastrophes récurrentes.

Il s’agit d’une stratégie née de la nécessité. Tous les efforts de développement déployés par l’Afrique ont été anéantis les uns après les autres par des événements hors de son contrôle, le changement climatique étant le plus destructeur d’entre tous.

Ainsi, le Kenya estime perdre chaque année entre 3% et 4 % de son PIB en raison des multiples impacts du réchauffement de la planète. D’autres pays sont tout autant impactés. L’argent dépensé pour sortir de ces catastrophes climatiques causées par l’homme, et pour lesquelles l’Afrique n’est nullement en cause, est de l’argent qui n’est pas consacré aux besoins de l’Afrique.

 

Uhuru Kenyatta

Uhuru Kenyatta

 

Le continent a pendant longtemps été dépendant de l’aide et des subventions pour lutter contre les impacts climatiques. Mais il s’agit bien souvent de mesures d’urgence, alors que l’Afrique a besoin de construire une résilience pérenne face aux perturbations d’aujourd’hui et de demain.

C’est pour cela que nous essayons une nouvelle approche. L’an passé, les 55 États membres de l’Union africaine ont soutenu un plan visant l’accélération de l’adaptation au changement climatique à l’échelle continentale. Le mot d’ordre de ce nouveau développement ? La survie. Le Global Center on Adaptation (GCA) et la BAD (Banque africaine de développement) mobilisent 25 milliards $ dans le cadre du Programme quinquennal d’accélération de l’adaptation en Afrique (AAAP). Les gouvernements africains y contribuent sous la forme de fonds et d’autres ressources. Le sommet du G7 en Allemagne est l’occasion de parler d’engagements à long terme qui doivent être mis en place, en urgence, pour aider l’Afrique et d’autres régions à s’adapter aux effets du changement climatique.

 

Une nécessaire planification dans la durée

Uhuru Kenyatta et Patrick Verkooijen ne suggèrent en rien que le G7 fasse l’impasse sur les situations d’urgence qui frappent à sa porte. Au lieu de nous essouffler à combattre une crise après l’autre avec des solutions temporaires pour seule réponse, poursuivent-ils, une planification à long terme posant les bases d’un monde plus résilient sera bénéfique pour tous. Telle est la leçon que tirée de nos crises à répétition, et les auteurs espèrent que le G7 s’en inspirera durant ces discussions pour sortir des chocs cataclysmiques qui ébranlent nos économies et nos citoyens.

Le G7 doit réagir face à la crise alimentaire mondiale, aux pénuries de carburant qui accablent les pays africains non producteurs de pétrole et qui pourraient bientôt conduire à des rationnements en Europe ainsi qu’à d’autres problèmes urgents.

En Afrique, et dans d’autres régions, il est nécessaire de trouver un équilibre entre besoins immédiats et aides à long terme pour le développement et la prospérité, avec l’adaptation climatique au cœur du débat. C’est précisément là que l’Afrique concentre ses talents, ses efforts et ses liquidités. Le continent mérite le soutien total du G7.

Il suffirait d’un engagement du G7 équivalent à la moitié du financement de l’AAAP pour que ce dernier puisse accélérer les projets qui renforcent la capacité de l’Afrique à absorber les impacts du changement climatique, dans l’espoir de frayer la voie à un développement d’un genre nouveau.

La nouvelle approche est très différente de l’ancienne. Les financements d’urgence pour les catastrophes climatiques constituent un coût irrécupérable, une réponse aux situations de vie ou de mort. Financer l’adaptation climatique est un investissement. Elle nécessite une planification sur la durée et peut générer de solides rendements. Le Global Center on Adaptation estime le coût annuel de l’adaptation agricole de l’Afrique subsaharienne à 15 milliards $, et le coût de l’inaction à plus de 201 milliards $. Les pertes évitées grâce à l’adaptation climatique de nos économies dépassent de loin les dépenses pour la déployer.

 

Des initiatives isolées mais à suivre

L’AAAP illustre la façon dont l’Afrique réfléchit collectivement à son avenir. L’an dernier, par l’entremise de sa facilité de financement en amont, l’initiative a contribué à optimiser les mesures d’adaptation climatique à hauteur de trois milliards de dollars, notamment avec des projets renforçant la résilience des infrastructures entre les exploitations agricoles et les marchés ; des travaux de génie civil protégeant des ports maritimes de Gambie et du Bénin contre les marées de tempêtes et l’élévation du niveau des océans  ; ou encore un plan pour corriger les vulnérabilités climatiques sur les réseaux routiers et électriques du Ghana. À cela viennent s’ajouter les 66 milliards $ déjà engagés par les gouvernements africains.

Patrick Verkooijen
Patrick Verkooijen

 

Ces initiatives ne sont évidemment qu’une goutte d’eau dans l’océan des besoins d’investissements globaux de l’Afrique, mais elles n’en restent pas moins un pas dans la bonne direction. Investir dans l’adaptation n’éradiquera pas la faim d’un coup de baguette magique, mais cela améliorera radicalement la capacité de l’Afrique à se nourrir, et contribuera de facto à la sécurité alimentaire du monde entier.

Malgré la pléthore d’événements qui l’impactent directement, le G7 ne doit pas oublier l’Afrique lors de son rassemblement en Allemagne. Nous vivons dans un monde interconnecté ; ce n’est qu’en partageant les enseignements, les solutions et les ressources que nous pourrons tous prospérer, concluent Uhuru Kenyatta et Patrick Verkooijen.

@NA avec agence APO pour Newsweek.

 

Écrit par
Aude Darc

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