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Analyse et Opinion

Le Bénin peut répondre aux défis climatiques

Le Bénin peut répondre aux défis climatiques
  • Publiédécembre 11, 2023

En dépit de sa forte vulnérabilité, le Bénin a les atouts pour s’engager sur la voie de l’atténuation et de d’adaptation aux changements climatiques, juge la Banque mondiale.

 

« Le développement socio-économique du Bénin sera de plus en plus assujetti à l’action climatique », juge la Banque mondiale dans son rapport pays sur le climat et le développement. Certes, la forte croissance enregistrée au cours de la décennie écoulée a permis au Bénin de réduire la pauvreté, « mais l’on doit pérenniser les acquis », considèrent les économistes.

« Le Bénin a déjà recours à des instruments financiers innovants pour financer son programme de développement ; le pays devrait tirer le meilleur parti de la palette complète de financements disponibles, y compris les nouvelles sources de fonds climatiques. »

Bien qu’ayant fortement diminué, la pauvreté reste élevée et les déficits de capital humain et d’infrastructures créent d’importants besoins de financement, ce qui est un enjeu majeur et requiert une dynamique de croissance pour réaliser l’objectif de parvenir au statut de pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure.

Et la BM de redouter : « Du fait de l’exacerbation des effets du changement climatique, il sera plus difficile d’améliorer de façon équitable et durable les niveaux de vie. » Très peu émetteur de gaz à effet de serre, le Bénin est l’un des pays les plus vulnérables au changement climatique. Aussi sa problématique n’est pas de réduire ses émissions mais d’atténuer et de s’adapter aux dégâts : les périodes de saisons sèches et humides devraient devenir plus extrêmes, avec davantage de sécheresses et un risque accru d’inondations. Dans le scénario du pire, si rien ne change, la quasi-totalité du territoire sera exposée à des températures extrêmes.

Aussi le rapport suggère-t-il que le Bénin se concentre sur l’édification d’une économie résiliente, en adoptant des options d’investissement et de politique principalement axées sur l’adaptation aux risques liés au changement climatique. Le pays doit cesser de dépendre de l’agriculture – domaine prioritaire à rendre résilient – et de l’emploi informel.

Les efforts d’atténuation devraient éviter la dépendance excessive à l’égard du carbone et se focaliser sur la réduction de la déforestation. Investir dans les énergies renouvelables tout en élargissant l’accès de la population à l’électricité devrait constituer une priorité pour le Bénin. Une part plus importante d’énergies renouvelables peut générer des co-avantages pour d’autres secteurs, notamment ceux de l’agriculture, de l’eau, du transport et de la foresterie. Sur le plan social, l’attention doit porter en priorité sur les populations vulnérables et les femmes.

 

Prise de conscience insuffisante du secteur privé

Certes, le gouvernement s’est doté d’une feuille de route pour atteindre les Objectifs de développement durable. « Toutefois, les dispositions institutionnelles relatives à l’adaptation, à la gestion des risques et à l’atténuation doivent être plus coordonnées », considère la BM. « La gestion de l’eau, par exemple, est trop fragmentée pour favoriser l’adaptation au changement climatique et l’atténuation de ses effets. »

De leur côté, les entreprises privées et les institutions financières sont pour la plupart conscientes de la nécessité de se préparer au changement climatique, mais doivent prendre davantage de mesures. Près de trois entreprises béninoises sur quatre sont confrontées à des risques importants découlant du changement climatique. Si les entreprises de toutes tailles indiquent être confrontées à des risques environnementaux, les petites entreprises, elles, sont plus préoccupées par la volatilité globale du climat, tandis que celles de plus grandes tailles considèrent l’approvisionnement en intrants comme un défi majeur.

Et pourtant, seule une entreprise béninoise sur deux indique avoir déjà investi dans des mesures d’adaptation, « ce qui souligne la forte nécessité pour le secteur privé de renforcer la résilience climatique ».

Les investissements des entreprises dans des mesures d’atténuation semblent moins répandus et accordent la priorité principalement à la réduction des déchets ou de l’utilisation de produits chimiques. Si la prise de conscience progresse, l’action tarde à venir. Par exemple, l’autorité de régulation et de supervision des marchés de capitaux au sein de l’UEMOA n’a pas encore introduit de lignes directrices sur la divulgation des risques climatiques pour les entreprises. De même, la BCEAO (Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest) n’a pas encore exploré le potentiel d’écologisation des opérations de la Banque centrale, y compris sa politique monétaire.

Pour bâtir une économie résiliente, il faudra investir dans des secteurs clés et veiller à ce que l’offre et la demande de main-d’œuvre soient résilientes. Investir dans un secteur agricole résilient, inverser la déforestation et améliorer la gestion de l’eau, tout en soutenant le développement de l’agro-industrie, seront les pierres angulaires d’une croissance économique soutenue malgré l’incertitude liée au changement climatique.

 

Diversifier l’agriculture

La résilience de la demande de main-d’œuvre impliquera que l’on adapte les infrastructures, les réseaux et les villes au changement climatique afin de permettre à un secteur privé florissant de se développer, notamment grâce à des services à plus forte valeur ajoutée. Les infrastructures et les villes qui résistent aux inondations seront en mesure de réaliser leur potentiel économique et contribueront à donner un coup de fouet au tourisme, deuxième source de génération de recettes en devises du Bénin, après le coton.

Bien sûr, tout cela implique des dispositions pour faire en sorte que les événements climatiques n’entravent pas l’accumulation du capital humain. Cela nécessitera des systèmes de santé et d’éducation résilients.

Bref, il faut, en matière d’« adaptation », adapter les approches et les techniques agricoles. De ce point de vue, « La volonté du Bénin de diversifier ses exportations agricoles offre des synergies pour s’adapter aux conditions climatiques changeantes ». Il faut également investir dans des modèles de production alimentaire durables, restaurer et protéger les forêts. Sans oublier d’investir dans la gestion des ressources en eau et planifier une gestion durable des villes et des zones côtières.

Ce qui suppose des mécanismes de financements plus durables pour les collectivités locales, réservés aux investissements dans la résilience climatique.

En effet, reconnaît la BM, « les interventions climatiques impliquent des investissements considérables, mais les avantages l’emportent sur les coûts ».

Le Bénin chiffre ses besoins d’investissement en vue de l’atténuation à environ 8,6 milliards de dollars, dont 5,1 milliards $ provenant du gouvernement et du secteur privé, les 3,5 milliards $ restants devant être mobilisés auprès de la communauté internationale. Et chiffre à 1,8 milliard  $ les besoins d’investissement pour l’adaptation dont 1,2 milliard $ nécessiterait un appui international.

 

Impliquer l’investissement privé

Bénin étude Banque mondiale, couvertureIl existe plusieurs voies de financement, comme la taxe carbone, améliorer l’efficacité des dépenses, sans oublier de recourir à des financements concessionnels et mixtes ainsi que le financement des risques de catastrophe.

« Le Bénin a déjà recours à des instruments financiers innovants pour financer son programme de développement », applaudit la BM. « Dans ce contexte, le pays devrait tirer le meilleur parti de la palette complète de financements disponibles, y compris les nouvelles sources de fonds climatiques. »

Enfin, le pays doit tirer parti de l’investissement des entreprises. L’attraction des financements privés nécessitera l’approfondissement du secteur financier. Car si le crédit bancaire représente 82 % du financement intérieur privé total, la structure du crédit est restée cependant globalement la même au fil des ans, l’essentiel du crédit étant axé sur le financement à court et à moyen terme.

 

@AB

 

Écrit par
Laurent Soucaille

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