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Analyse et Opinion

L’Afrique restera dans l’histoire

Des millénaires de civilisations

L’Afrique a donc une histoire, à la fois très ancienne et récemment très douloureuse. Bien sûr, l’Égypte antique, l’essor des sociétés nigéro-congolaises et leur rebond face aux Sahéliens (rebond stoppé par la colonisation européenne)…, tout cela est aussi réel et mérite d’être raconté à un monde qui ne connaît de l’histoire que ce que les hommes ont gravé dans la pierre. Hors l’Égypte et la vallée du Limpopo, l’architecture africaine fut malheureusement fondée sur des constructions plus fragiles, bois ou torchis notamment.

Ce, tandis que la difficulté de construire de puissantes civilisations dans un continent trop vaste limita celles-ci à quelques sous régions : les Yorubas à l’Ouest, le cœur de la civilisation bantoue au Centre et les sociétés pharaoniques à l’Est. Ailleurs, régnait non l’arbitraire des petits chefs comme l’ont trop souvent décrit les Occidentaux, mais des petites sociétés libres soumises cependant à des coutumes que « les ancêtres gaulois » auraient très certainement jugées débonnaires – en Afrique on n’enterrait pas les chefs avec leurs esclaves après les avoir tués ! – et vivant en relation commerciale étroite avec leurs voisins, parfois très éloignés.

Il n’a manqué en fait qu’un élément aux Africains dans une histoire qui magnifie la chose militaire : l’équivalent de la Route de la soie, qui a permis aux Asiatiques d’abord, puis aux Occidentaux ensuite, d’échanger non seulement des biens, mais leurs savoirs. L’histoire du chiffre zéro permet de mieux se rendre compte de l’importance de cette route : sa conception est indienne et fut rapportée d’abord aux Chinois par leurs commerçants alors présents dans toute la région, puis aux Arabes par leurs propres commerçants avant d’atteindre les Européens via les Arabes.

Et c’est cette notion du zéro qui est à l’origine du raisonnement mathématique moderne et du progrès technique. Lequel servit d’abord, dans un Occident extrêmement belliqueux, au développement de l’armement. Idem pour la poudre et bien d’autres inventions qui ont modifié le monde.

Indubitablement, le Sahara a constitué l’obstacle majeur à l’arrivée de ces savoirs en terre nègre. Jusqu’au XVIIe siècle et la percée saharienne des Marocains, cette partie de notre planète n’était atteignable que par les côtes, par bateau. Les premiers à y entrer furent les Égyptiens, en remontant les cataractes du Nil, et par bateau (les expéditions de la pharaonne Hatchepsout), il y a plus de 5 000 ans.

Très pacifiquement d’ailleurs, puisque l’objectif était avant tout commercial (or, pierres précieuses, encens et myrte). L’Inde aussi, envoya de nombreux migrants en Afrique notamment australe (Madagascar, sans doute à une époque encore plus reculée). Et ce n’est que bien plus tard, à partir du VIIIe siècle chrétien, que des navires arabes vinrent s’échouer sur les rives subsahariennes, en quête d’or et d’esclaves.

Il est temps que les décideurs africains écoutent et diffusent les travaux des trop peu nombreux chercheurs qui, sur le continent, tentent de déchiffrer leur passé avec de faibles moyens et face à une armée d’historiens occidentaux regardant le peu qu’ils croient savoir avec suffisance et arrogance. C’est grâce à ces chercheurs trop isolés qu’ils pourront en effet recréer une image de l’Afrique digne du troisième millénaire après Jésus-Christ et du je-ne-sais-combien de millénaires après la naissance du premier homo sapiens… sur le sol africain.

ENCADRÉ

« ILS N’ONT MÊME PAS INVENTÉ LA ROUE ! »

Ce fut souvent le reproche que firent aux Subsahariens les intellectuels occidentaux de gauche qui prônèrent la colonisation pour « apporter la civilisation aux indigènes ». Aujourd’hui, les descendants de ces intellectuels à vue biaisée — leurs motivations étaient autres — ont même oublié ce fait, cette absence de roue au sud du Sahara. Qui ne fut d’ailleurs absente que des régions dans lesquelles le terrain se prêtait plus au portage qu’au transport par chariot, soit que les conditions hygiéniques ne permettent pas l’élevage des chevaux (en raison de la mouche tsé-tsé notamment), soit que l’hygrométrie rende les routes impraticables aux chariots.

Mais les Subsahariens n’en restèrent pas moins aussi imaginatifs que les humains des autres continents. Alors que les Indiens d’Amérique latine ne surent comment résister aux maladies des Occidentaux, les Noirs, eux, inventèrent la vaccination pour s’en protéger : ils inoculèrent le sang de ceux des leurs qui résistaient naturellement aux maladies à ceux des leurs qui n’y arrivaient pas.

Cette vaccination « sauvage », ne tenant pas compte des groupes sanguins, eut des effets plus que bénéfiques puisque la négritude fut plus en péril du fait des razzias et de la traite que des maladies importées. Toujours dans le domaine médical, la phytothérapie subsaharienne fut très certainement supérieure à toutes les autres comme on commence seulement à s’en apercevoir aujourd’hui, en la découvrant plus que tardivement ; les rares praticiens africains qui subsistent ont une mine d’or dans les mains !

En architecture et bien que les matériaux subsahariens soient fragiles, les étrangers découvrent – toujours très tardivement – que les Subsahariens ont mis au point des techniques de ventilation naturelle, parfois même supérieures à la climatisation. Dernier exemple et non des moindres : qui sait que les Subsahariens furent les premiers monothéistes de notre ère ? Les religions animistes sont pratiquement toutes fondées sur la croyance en un être suprême trop éloigné des humains pour s’y intéresser, d’où les cultes divers à des entités intermédiaires liées à la Nature ou aux ancêtres…

Partout, en Afrique et dans le monde, les Africains ont eu des facultés d’adaptation accrues du fait des épreuves auxquelles ils furent massivement et trop longtemps soumis. À l’heure de leur réveil, il n’est pas inutile de le rappeler.

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