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Analyse et Opinion

L’Afrique peut réduire son déficit en infrastructures

L’Afrique peut réduire son déficit en infrastructures
  • Publiémai 17, 2024

Un rapport de l’Africa Finance Corporation décrit le besoin d’infrastructures du continent et trace des pistes d’action pour combler le déficit, par des financements innovants et panafricains.

 

L’Afrique a une opportunité sans précédent d’accélérer son développement en alignant ses abondantes ressources en énergies renouvelables, trouvant ainsi des solutions à ses déficiences en matière d’infrastructures. Telle est l’une des principales conclusions de l’étude annuelle sur l’état des infrastructures en Afrique, publiée par l’AFC (Africa Finance Corporation).

Le rapport met en évidence des « lacunes critiques » dans des secteurs clés tels que l’électricité, le transport, la logistique, les communications numériques et les chaînes de valeur basées sur les produits de base.

La combinaison de niveaux d’endettement croissants et de mobilisation insuffisante des recettes limite considérablement la marge de manœuvre fiscale dont disposent les gouvernements africains pour les dépenses d’investissement.

Et parallèlement, il pointe l’étendue des opportunités en matière d’infrastructures en Afrique et indique quelques orientations stratégiques afin de prioriser les investissements essentiels à une croissance durable.

Malgré des décennies de progrès, le développement des infrastructures en Afrique n’a pas suivi les besoins croissants de sa population. La dépendance du continent à l’égard de modèles obsolètes de transport de puits à port entrave la croissance économique. « Cependant, les changements économiques mondiaux dans les chaînes d’approvisionnement et la transition vers l’énergie verte offrent à l’Afrique l’occasion de redéfinir son rôle économique en tirant parti de la richesse de ses matières premières et de la jeunesse de sa population », juge-t-on du côté de l’AFC.

Pour que l’Afrique puisse tirer parti de cette période charnière, des mesures décisives et urgentes sont nécessaires pour développer les infrastructures et les chaînes de valeur qui permettront l’industrialisation et un développement adapté au climat.

Considérant que l’accès à l’énergie est une pierre angulaire du développement, les auteurs du rapport soulignent que les disparités en matière d’accès à l’électricité constituent l’obstacle le plus important à la croissance industrielle. C’est pourquoi les progrès dans le domaine crucial de l’accès à l’énergie devraient être mesurés non seulement par la réduction de la pauvreté énergétique des ménages, mais aussi par la capacité à fournir des solutions énergétiques durables qui soutiennent le développement industriel et économique.

 

Le cas de la Guinée

Le potentiel de croissance que représente le comblement du déficit énergétique de l’Afrique s’illustre à l’aide de nouvelles mesures telles que le minimum énergétique moderne et l’application aux besoins de transformation de matières premières telles que la bauxite et le cuivre.

Le rapport s’attarde sur le cas de la Guinée. Bien qu’elle possède les plus grandes réserves de bauxite du monde et qu’elle soit un producteur de premier plan, la Guinée ne peut pas tirer pleinement parti de ses ressources sans recevoir des investissements importants pour stimuler ses systèmes énergétiques et ses installations de traitement.

À l’inverse de l’Australie, qui, avec des volumes de bauxite similaires, extrait plus de deux fois la valeur économique grâce à des capacités de raffinage et de fusion avancées, soutenues par une solide infrastructure énergétique alimentée par le gaz naturel. « Cette disparité souligne l’urgence pour l’Afrique de l’Ouest de développer des systèmes énergétiques et des infrastructures de traitement robustes », conclut l’AFC.

Les investissements dans les réseaux transfrontaliers d’électricité et de gaz, en s’appuyant sur les traités existants de la CEDEAO, pourraient permettre à la région de construire de nouvelles chaînes d’approvisionnement industrielles et d’aller au-delà de l’extraction de matières premières.

Samaila ZubairuDe plus la coordination des réseaux de transport et de logistique est essentielle pour réduire les coûts de transport élevés, qui gonflent actuellement le prix des marchandises de 40 %. Des investissements importants dans les infrastructures portuaires doivent être accompagnés d’améliorations dans les réseaux routiers et ferroviaires. Le rapport identifie les possibilités de soutenir les corridors commerciaux par de nouveaux réseaux ferroviaires et routiers transfrontaliers et de développer le traitement du fret dans les aéroports.

« Ce rapport ne se contente pas d’identifier les défis ; il s’agit de libérer l’immense potentiel qui réside dans notre détermination collective », explique Samaila Zubairu, PDG de l’AFC (photo ci-dessus) qui signe l’introduction du rapport. Lequel constitue, à son sens, « un appel à l’action pour les parties prenantes à travers le continent afin qu’elles collaborent pour une approche d’investissement plus intelligente, plus ciblée et mieux coordonnée ».

 

Un capital en trop faible augmentation

En effet, détaille le rapport, le développement des infrastructures est crucial pour la croissance économique de l’Afrique, mais les investissements publics et privés nécessaires pour le soutenir ont été largement absents. Les flux d’investissements publics et privés sont essentiels au développement d’un réseau d’infrastructures physiques au fil du temps, y compris les infrastructures économiques (ports, chemins de fer, routes, aéroports, etc.) et les infrastructures sociales (écoles, hôpitaux, etc.).

Malheureusement, alors qu’il a été démontré que le stock de capital d’un pays contribue à l’augmentation de la productivité et du niveau de vie, le stock de capital total de l’Afrique a connu une quasi-stagnation au cours des trois dernières décennies. Son taux de croissance annuel s’est situé en moyenne entre 1% et 2 % dans les années 1990 et entre 2 et 4 % depuis le début du millénaire, alors que la Chine a connu une croissance constante de 10 % au cours des mêmes périodes.

La valeur réelle du stock de capital accumulé de l’Afrique a certes augmenté régulièrement, mais elle reste très faible, avec seulement 10,5 milliards de dollars, contre près de 64 milliards $ pour la Chine en 2019. Le stock de capital total de la Chine, qui était 0,47 fois inférieur à celui de l’Afrique en 1960, a régulièrement augmenté pour dépasser celui de l’Afrique en 1996-1997. Par la suite, ce stock a connu une augmentation rapide, en phase avec le décollage de la croissance du pays à partir du début des années 2000. En 2018, le stock de capital total de la Chine était environ 6,1 fois supérieur à celui de l’Afrique.

Bien sûr, les gouvernements africains sont confrontés à des défis considérables liés à des bilans surendettés et à des obligations de remboursement de la dette qui s’envolent. Ces dernières années, de nombreux pays du continent ont considérablement augmenté leurs emprunts pour financer des projets d’infrastructure et répondre aux besoins budgétaires découlant des crises successives. Ce gonflement de la dette a fait grimper les ratios dette/PIB, dépassant dans certains pays les seuils internationalement reconnus pour des niveaux d’endettement viables.

Cette situation accroît les risques de surendettement et rend de plus en plus difficile le financement des dépenses d’infrastructure indispensables. Cette combinaison de niveaux d’endettement croissants et de mobilisation insuffisante des recettes limite considérablement la marge de manœuvre fiscale dont disposent les gouvernements africains pour les dépenses d’investissement, en particulier pour les projets d’infrastructure essentiels, ce qui entrave la croissance économique et les perspectives de développement du continent. « C’est pourquoi les initiatives continentales visant à soutenir le développement des infrastructures par l’intermédiaire de l’Union africaine et d’autres organismes multilatéraux sont devenues de plus en plus cruciales », indiquent les auteurs du rapport.

@AB

Écrit par
Aude Darc

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