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Analyse et Opinion

La Tunisie en quête d’un nouveau modèle économique

La Tunisie en quête d’un nouveau modèle économique
  • Publiédécembre 4, 2023

Un rapport de la Banque mondiale détaille différentes réformes que la Tunisie devrait mettre en œuvre afin de faire face aux conséquences du changement climatique. Réformes qui imposent des choix drastiques de financement de l’économie.

 

« La Tunisie traverse une situation économique délicate dans un contexte politique en pleine mutation », résume la Banque mondiale dans son rapport pays Climat et développement. Le constat n’est pas nouveau : les changements politiques depuis 2011 ont conduit à un manque de réformes économiques et d’accompagnement pour s’attaquer aux obstacles omniprésents à l’investissement, à l’innovation et à l’activité économique. Comme pour d’autres pays, une série de chocs négatifs ont accentué cette fragilité.

« Les défis économiques de la Tunisie ont été aggravés par une vulnérabilité croissante au changement climatique », constate la Banque mondiale. La situation géographique du pays en fait l’un des plus exposés au changement climatique dans la région méditerranéenne, où l’augmentation des températures devrait s’accompagner de précipitations réduites et plus variables, d’une montée du niveau de la mer, d’une augmentation des incendies de forêt et d’une escalade des conditions météorologiques extrêmes.

Les actions et les investissements visant à lutter contre le changement climatique et à décarboner le secteur de l’énergie peuvent augmenter le PIB de 9 %, réduire la pauvreté de 12 % et réduire les émissions du secteur énergétique de 80 % d’ici à 2030.

Certains des effets du changement climatique font déjà des ravages. Quatre années de sécheresse ont abouti à une baisse significative de la production agricole en 2022 et 2023. Cercle vicieux : lutter contre les conséquences du dérèglement accroît la demande en énergie.

C’est pourquoi, au-delà du constat, la Banque mondiale plaide, dans ce rapport, sur « un nouveau modèle économique pour faire face au contexte économique et social difficile et à la vulnérabilité de la Tunisie face au changement climatique ». Modèle qui donne davantage de poids économique au secteur privé, l’État se concentrant sur sa fonction de réglementation et sur sa mission sociale. Les économistes en sont conscients : « Le modèle proposé impliquerait des changements majeurs, tels que l’utilisation de la tarification pour rationaliser la consommation des ressources et la création de conditions économiques favorables aux investissements privés »

Certes, le gouvernement tunisien a élaboré des stratégies de haut niveau pour lutter contre le changement climatique et favoriser une transition écologique, mais la mise en œuvre de ces stratégies reste difficile, constate la Banque mondiale.

 

Décarboner la demande et l’offre

Par exemple, la Tunisie s’est engagée à réduire ses émissions de carbone. Malheureusement, « des pénuries de financement, des changements fréquents de gouvernement, des entraves au niveau du secteur public et un déficit budgétaire croissant ont limité la mise en œuvre de l’action climatique par l’État ».

 

Et pourtant, les défis climatiques et de développement imposent une réaction : « Ne pas les résoudre serait coûteux pour l’économie à court terme. » Entre autres maux, la rareté de l’eau affecte déjà presque tous les aspects du développement de la Tunisie. Et si rien n’est fait, la situation empirera pour l’agriculture, les zones côtières, etc.

Hypothèse d’école : si aucune mesure d’adaptation n’est prise pour protéger le secteur touristique dans les zones côtières, cela coûterait à l’économie tunisienne jusqu’à 6,9 % du PIB de 2020 d’ici 2050 en raison des impacts en cascade sur les activités touristiques, les recettes publiques, les activités économiques liées au tourisme et les emplois. Soit une baisse de 3,4% du PIB par an, d’ici à 2030.

La Tunisie, à son tour, devra, ou plutôt doit, « décarboner » sa production d’énergie. Ce qui lui permettrait d’ailleurs de ne plus dépendre des importations, à la moitié du siècle.

Dans le même esprit, « s’attaquer à la pénurie d’eau, renforcer la résilience des zones urbaines et côtières aux facteurs de stress climatique et décarboner le secteur de l’énergie permettrait à la Tunisie de réaliser d’importants progrès en matière de développement, et ce dès à présent », insiste la Banque mondiale.

Pour décarboner, ménages, industrie, producteurs d’énergie, sont mis à contribution : éviter les déplacements en voiture, dont le modèle dominant doit changer et être amélioré, juge la Banque mondiale qui fait allusion aux véhicules électriques et à l’hydrogène vert. La production doit aussi davantage faire la part belle au renouvelable, détaille le rapport.

Qui juge que la régulation de la demande en eau devrait constituer « une priorité » et s’accompagner, entre autres, de campagnes de sensibilisation ciblées, de renforcement des capacités techniques et financières des institutions, de favoriser le dessalement, etc.

Et la Banque mondiale de recommander au pays de prendre de soin de son agriculture, de ses zones côtières, des infrastructures essentielles menacées, d’améliorer les transports. Sur ce point, disposer de plusieurs solutions alternatives (routes, chemin de fer, mer), constitue un bel atout en matière de résilience à d’éventuels chocs.

 

Des choix budgétaires cruciaux

Au chapitre de la « résilience », d’ailleurs, la Tunisie a pris « des mesures importantes », reconnaît la Banque mondiale ; selon qui « il reste des possibilités » d’améliorations, notamment en mettant à jour et en appliquant les codes de construction et les normes de conception, en particulier pour les infrastructures publiques essentielles.

 

La résilience, c’est aussi celle des ménages, sur ce point, la Tunisie serait bien inspirée de renforcer la protection sociale et développer les mécanismes d’assurance, jugent les économistes.

Tout cela suppose des investissements : « L’impact la transition dépendra du mode de financement de ces investissements et, plus généralement, des choix de politique macroéconomique qui seront faits dans les années et les décennies à venir. » Ils pourraient atteindre 29 milliards de dollars pour le secteur public et 25 milliards $ pour le secteur privé, à horizon 2050.

Sommes considérables à mettre au regard des avantages économiques et sociaux attendus. Les actions et les investissements visant à lutter contre le changement climatique et à décarboner le secteur de l’énergie peuvent augmenter le PIB de 9 %, réduire la pauvreté de 12 % et réduire les émissions du secteur énergétique de 80 % d’ici à 2030.

La Banque mondiale reconnaît que le financement de ses investissements dans le climat nécessite de réaffecter les dépenses récurrentes – y compris celles, coûteuses, en énergie –, de rendre les dépenses publiques plus efficaces et d’éliminer les obstacles à l’investissement privé.

Lire au lien suivant les commentaires de l’économiste Dhafer Saïdane.

 

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Écrit par
Laurent Soucaille

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