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Analyse et Opinion

La Côte d’Ivoire rassure

La Côte d’Ivoire rassure
  • Publiémai 22, 2024

Si les turbulences du marché du cacao se ressentent sur les déséquilibres extérieurs, la croissance future de la Côte d’Ivoire bénéficiera de sa diversification et de la stabilité macroéconomique de l’Afrique de l’Ouest.

 

L’agence S&P confirme ses notations concernant la dette de la Côte d’Ivoire (« BB- » pour la dette souveraine à long terme) et accompagne cet avis d’une perspective devenue « positive ». C’est-à-dire que l’agence pourrait, d’ici quelques mois, revoir en hausse ses notations.

Comme souvent en pareil cas, les commentaires justifiant cette décision sont riches d’enseignements. Certes, expliquent les analystes de l’agence de notations, les déséquilibres extérieurs de la Côte d’Ivoire demeurent plus élevés que prévu, notamment en raison d’une « sous-performance significative » de la production de cacao et des pressions exercées par les importations de préproduction d’hydrocarbures.

Ces dernières années, les réformes économiques et structurelles du pays ont progressivement amélioré son classement en matière d’environnement des affaires, d’efficacité du gouvernement et de perception de la corruption.

Toutefois, « les investissements dans les infrastructures, l’augmentation rapide de la production minière et d’hydrocarbures, l’industrialisation en cours et la contribution croissante du secteur des services devraient réduire les déséquilibres actuellement importants et soutenir la croissance économique à des niveaux supérieurs à ceux des pays pairs sur la période 2024-2027 ».

L’augmentation des recettes publiques, l’émission réussie de 2,6 milliards de dollars d’euro-obligations en janvier 2024 et le remboursement anticipé de la dette plus coûteuse qui en découle contribueront à abaisser le ratio moyen des paiements d’intérêts par rapport aux recettes publiques. Ce, en dessous des 15 % prévu à horizon 2027.

Plus en détail, les perspectives positives de S&P reflètent l’opinion selon laquelle, au cours des 24 prochains mois, l’augmentation des exportations de matières premières pourrait entraîner une réduction plus importante que prévu des déséquilibres extérieurs et budgétaires. « Cette évolution pourrait s’accompagner d’une forte croissance économique, bénéficiant des réformes économiques, du soutien des donateurs et de la stabilité monétaire et politique. »

Voilà pourquoi les analystes pourraient relever leurs « ratings », si la position extérieure de la Côte d’Ivoire s’améliore davantage, par exemple en raison de l’augmentation des exportations d’hydrocarbures et de produits miniers. Il en serait de même en cas de bonne surprise du côté de la situation budgétaire, ou si la BCEAO (Banque centrale des États d’Afrique de l’ouest) parvient, mieux qu’elle ne le fait actuellement, à mener une politique monétaire et à soutenir la stabilité macroéconomique.

 

Des déficits importants mais en baisse

S&P prévoit une croissance du PIB réel de 6,5 % en moyenne sur la période 2024-2027, soutenue par les investissements dans les infrastructures, l’industrialisation, l’augmentation de la capacité de transport et la hausse de l’activité dans les nouvelles technologies.

En outre, la production d’hydrocarbures et d’activités minières devrait augmenter grâce à des mines nouvelles ou agrandies et à la montée en puissance de la production dans le champ de Baleine depuis août 2023. Les analystes relèvent néanmoins, qu’en Côte d’Ivoire, le PIB par habitant reste « faible », à moins de 2 800 dollars en 2024.

Du côté des déséquilibres extérieurs, la situation de la Côte d’Ivoire est donc moins florissante. S&P redoute un déficit du compte courant de 4,6 % du PIB en 2024, et une dette extérieure nette alourdie. « Ces déséquilibres plus élevés que prévu sont principalement le résultat d’une baisse significative de la production de cacao causée par des conditions météorologiques défavorables qui ont entraîné le développement de maladies dans les cultures. »

Cependant, les déficits budgétaires et courants, « toujours importants », diminueront jusqu’en 2027. Et les experts d’attendre une baisse du déficit budgétaire vers 3 % du PIB en 2025, grâce à l’augmentation des recettes fiscales – un objectif clé du programme du FMI – et à la maîtrise des dépenses, notamment de la masse salariale.

« Les déséquilibres extérieurs restent importants, mais l’augmentation substantielle des exportations de pétrole, de gaz et de produits miniers, la flambée des prix du cacao et des exportations à plus forte valeur ajoutée conduiront à une amélioration de la position extérieure du pays. »

D’autre part, les relations étroites que le gouvernement entretient avec les bailleurs de fonds internationaux permettent à la Côte d’Ivoire de bénéficier d’un financement abordable et de soutenir la mise en œuvre des réformes. Comme en témoigne l’accord récent avec le FMI ; « l’engagement des autres partenaires multilatéraux et bilatéraux restera fort ».

 

Gare aux tensions politiques en 2025

Plus généralement, « si l’appartenance à l’UEMOA limite la flexibilité de la politique monétaire, elle réduit les risques extérieurs spécifiques au pays et constitue un solide point d’ancrage pour la politique monétaire », considère S&P.

Au chapitre politique, les analystes considèrent que l’élaboration des politiques en Côte d’Ivoire s’est améliorée depuis 2011, sachant que « les tensions ethniques restent enracinées et posent un risque pour la stabilité du pays ». Depuis lors, les réformes économiques et structurelles du pays ont progressivement amélioré son classement en matière d’environnement des affaires, d’efficacité du gouvernement et de perception de la corruption. « En outre, le dialogue politique en cours devrait contribuer à maintenir la stabilité politique et la prévisibilité de l’élaboration des politiques », jugent les experts qui rappellent que les élections de 2023 se sont déroulées sans violence et avec le taux de participation le plus élevé de la décennie pour l’opposition et les électeurs. « Néanmoins, les prochaines élections présidentielles de 2025 pourraient cristalliser les tensions et donner lieu à des manifestations. »

@AB

Écrit par
Laurent Soucaille

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