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Analyse et Opinion

IDE: le temps de l’Afrique

L’Afrique n’absorbe que 4 % des investissements de ces monstres. Mais en regardant de plus près, on voit que « le temps du Continent » approche à grand pas. Seront-ce les nouvelles multinationales des pays émergents qui s’y précipi­teront les premières ?

Elle n’est même plus mentionnée à part, par les statisticiens, le reste du monde englobant tout de même en sus les pays de l’Est, l’Australie et l’Océanie ! On ressent d’ailleurs le changement dans les annonces des grands groupes occidentaux. Même les Français s’y mettent : le groupe Banque populaire-Caisse d’épargne (BPCE) avait abandonné ses affaires africaines aux mains – expertes – de Bank of Africa dans les années 1980 ; or, le patron de ses affaires internationales vient d’annoncer la reprise en main desdites activités africaines au travers essentiellement du réseau de la BCI (Banque commerciale internationale, présente notamment au Congo et au Cameroun) dont le taux de croissance a « tapé dans l’œil » du groupe français.

Lequel, aujourd’hui, se dit prêt à étudier d’autres acquisitions : face à la sous-bancarisation du continent, les marges de progression sont en effet considé­rables. Comme elles le sont dans bien d’autres domaines de la vie économique africaine quotidienne, la croissance africaine reposant largement sur la consommation intérieure d’une classe moyenne en pleine explosion. Étudions d’ailleurs le tableau 4, qui répertorie les principaux indicateurs de la croissance mondiale : les IDE ne représentent même pas 10 % de la formation brute de capital fixe mondiale, issue essentiellement des épargnes nationales.

Et l’on sait que les Africains, bien qu’à la traîne des Asiatiques, épargnent beaucoup (20 % à 25 % du PIB contre moins de 15 % en moyenne en Occident). Dans ce même tableau, vous pouvez voir aussi que les revenus annuels des IDE sont supérieurs aux flux annuels des mêmes IDE : la rentabilité de ces investissements apparaît donc bien plus rapide que les investissements nationaux, éléments que ne manqueront certainement pas de noter les grandes multinationales.

En effet, ce sont elles qui bénéficient le plus de la « mondia­lisation » et qui dirigent le rattrapage progressif et rapide de l’Occident, par l’Asie aujourd’hui, et par l’Afrique très certai­nement demain. Les tableaux 5 à 9 témoignent de la montée en puissance de la Chine mais aussi de la Russie, du Brésil, du Mexique et de l’Inde.

Aujourd’hui, dix pays « basanés » se sont insérés dans les 20 plus grands pays hôtes d’IDE. Phénomène encore plus important, les multinationales de ces pays en développement arrivent à présent au même niveau que leurs homologues des pays développés. Il n’y a en fait qu’en termes de capitalisation boursière (cf. tableau 9) que les géants occidentaux font encore de l’effet : car les Bourses occidentales dominent encore la scène financière internationale.

Il suffit qu’un géant chinois s’introduise à la bourse de New York pour que sa valeur capitalistique explose : le groupe Alibaba (commerce en ligne) vient ainsi d’y placer une petite partie de son capital. Avant introduction, l’action était estimée autour de 60 $ l’unité. L’introduction, fin septembre, s’est nouée à un peu en dessous de 90 $ l’unité, valorisant l’entreprise au-dessus de 200 milliards $, au niveau des « majors » du pétrole ou des géants américains des biens de consommation ! Gageons qu’en s’introduisant de plus en plus dans les marchés boursiers occidentaux, les multinationales des anciens « pays pauvres » prendront aussi la place de leurs concurrentes occidentales en tête des classements par capitalisation…

L’Afrique n’absorbe que 4 % des investissements de ces monstres. Mais en regardant de plus près, on voit que « le temps du Continent » approche à grand pas. Seront-ce les nouvelles multinationales des pays émergents qui s’y précipi­teront les premières ? Ou bien les élites d’affaires occidentales prendront-elles vite conscience, comme les patrons du groupe BPCE, des opportunités assez phénoménales de l’Afrique ? Ou bien encore les entreprises africaines poursuivront-elles leur envol interafricain dans l’indifférence du reste du monde ? Sans doute une combinaison des trois…

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