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Analyse et Opinion

En finir avec l’entrave des normes sociales

En finir avec l’entrave des normes sociales
  • Publiémars 6, 2024

Tout en préservant leur identité culturelle, leurs spécificités sociales, les pays africains peuvent améliorer l’insertion et la place des femmes dans le monde du travail.  

 

Les normes sociales entravent l’accès au travail et la productivité des femmes, rappelle une note récente de l’AFD (Agence française de développement). Note qui détaille une série de recommandations, issue de l’expérience sur le terrain, en Afrique subsaharienne principalement. Recommandations qui sortent parfois des suggestions habituelles.

Ainsi, l’AFD insiste sur l’allègement du fardeau des tâches ménagères qui pèse sur les femmes, au détriment de leurs activités rémunératrices. En effet, le temps que les femmes consacrent à la sphère domestique rogne sur le temps qu’elles peuvent consacrer aux formations, aux apprentissages et aux activités génératrices de revenus, ce qui pèse sur leur productivité.

En Tunisie, l’AFD a montré que les hommes évaluent correctement les normes sociales concernant les femmes sur le marché du travail, mais tel n’est pas le cas partout.

Face à cela, il s’agirait notamment de fournir des services de garde d’enfants et des horaires flexibles. Le service de garde d’enfants peut augmenter la productivité des femmes, ainsi que leur l’accès à la formation et au travail à l’extérieur du foyer. Les évaluations d’impact montrent que l’accès aux services de garde d’enfants ou leur subvention augmente le taux d’emploi des personnes s’occupant des enfants d’environ 26 % au Mozambique et de 17% au Kenya, révèle l’AFD.

Dans le sud du Togo, l’inscription des enfants de trois à cinq ans dans des établissements préscolaires a augmenté de 37 % la probabilité que les femmes travaillent à l’extérieur du foyer. Au Burkina Faso, les centres d’accueil communautaires ont permis aux femmes s’occupant d’enfants de moins de deux ans de consacrer 20 % de temps en plus à un emploi salarié et d’accroître de 50 % leurs revenus provenant d’un travail salarié.

De même, il s’agit d’utiliser les nouvelles technologies pour promouvoir la formation et la productivité des femmes Les formations à distance utilisant des tablettes, des SMS ou des vidéos réduisent le temps à consacrer aux formations et les frais de déplacement pour accéder à l’information.

En Éthiopie et en Ouganda, de courtes vidéos montrant des agriculteurs mettant en œuvre de nouvelles pratiques agricoles ont été présentées aux ménages dans le cadre d’un programme de formation à la culture du maïs.

 

N’oublions pas les couples

Une évaluation d’impact a montré que la participation à ces sessions a augmenté d’environ 25 % l’accès des femmes à l’information ainsi que le niveau de rétention de l’information. Pour tout cela, il sera nécessaire de recruter des formatrices, ce qui facilite l’apprentissage lorsque l’interaction des femmes avec des formateurs masculins n’est pas acceptée. L’exemple du Mozambique, de ce point de vue, est encourageant.

En tant que tels, les couples ne doivent pas être ignorés. Le fait d’inviter des couples à des formations agricoles se révèle un levier pour améliorer la participation des femmes à la production, accroître la productivité agricole des ménages et l’autonomie des femmes. En Côte d’Ivoire, signale l’AFD, une formation de trois jours à la culture des graines d’hévéa a été dispensée aux agriculteurs et à leurs épouses, en tant que couple. Résultat : « les agriculteurs ayant suivi la formation en couple ont affiché une meilleure gestion des parcelles, ont utilisé plus de main-d’œuvre et d’intrants et ont été 19 % plus susceptibles d’avoir conservé leur plan d’action deux ans après la formation ». Ils ont planté deux fois plus d’arbres et ont pu maintenir les niveaux de récolte et de productivité sur les arbres plus anciens.

Bien sûr, il faut sans relâche corriger les fausses croyances sur les revenus et les perceptions des normes sociales. Voilà qui élargit le choix des possibilités de carrière pour les femmes. L’objectif est de ne pas maintenir les femmes chefs d’entreprise dans des secteurs à prédominance féminine ; elles y réalisent des bénéfices moindres que lorsqu’elles se lancent dans les secteurs plutôt occupés par des hommes.

Au Congo, par exemple, une campagne d’information sur les métiers et les salaires a permis à davantage de femmes de se lancer dans des métiers jugés « masculins », tels que la topographie et la conduite de grues. De plus, le soutien des hommes de leur famille ou de leurs cercles sociaux est un facteur clé pour que les femmes entrent et demeurent dans les secteurs dominés par les hommes.

En Tunisie, l’AFD a montré que les hommes évaluent correctement les normes sociales concernant les femmes sur le marché du travail, après correction pour tenir compte du biais de désirabilité, mais tel n’est pas le cas partout. Bien sûr, le travail doit aussi permettre l’accès des femmes aux secteurs émergents, tels que le numérique et les énergies renouvelables, où les préférences de genre ne sont pas encore très marquées, insiste la note de l’AFD.

 

Les compétences socioémotionnelles 

Dans ce contexte, des « modèles féminins » peuvent se révéler utiles, par exemple dans les domaines scientifiques. On le sait, en Afrique subsaharienne, les femmes sont très peu présentes dans les domaines scientifiques, ce qui diminue leur accès à des secteurs d’activité lucratifs. Or, l’expérience à l’international montre que la valorisation de réussites au féminin encourage les femmes et les adolescentes à tenter leur chance.

Enfin, l’AFD recommande aux pays africain de fournir ce qu’elle appelle « des compétences socioémotionnelles ». Il s’agit de formations à l’initiative personnelle, qui ciblent certaines compétences telles que l’initiative personnelle, la persévérance et la résolution de problèmes. Celles-ci ont permis d’améliorer les résultats économiques des femmes. Par exemple au Togo, un programme de formation a proposé aux entrepreneuses et entrepreneurs, de manière aléatoire, une formation commerciale standard ou une formation à l’initiative personnelle, augmentant les bénéfices de l’entreprise de 30 % en général, et de 40 % pour les femmes.

@AB

Écrit par
Laurent Soucaille

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