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Analyse et Opinion

Dettes souveraines : divers risques à surveiller

Dettes souveraines : divers risques à surveiller
  • Publiédécembre 15, 2023

La dette des pays émergents atteint un paroxysme. En effet, une charge importante de la dette attend les pays africains, entre 2024 et 2028. Toutefois, tous ne présentent pas les mêmes niveaux de vulnérabilité, fonction de leur exposition aux risques extérieurs et intérieurs.

 

Depuis 2013, la dette publique des économies émergentes et en développement a presque doublé, passant de 37% à 67% du PIB, rappelle une note de Global Sovereign Advisory (GSA). À l’image de la Banque mondiale, la société de conseils s’inquiète de la montée de l’endettement dans les pays émergents, notamment africains, dans un contexte de dette élevée et de dépendance aux devises fortes. Les analystes veulent toutefois dessiner les contours de ce que représente 2004 pour la question de la dette.

Les dynamiques de dette des économies émergentes sont d’autant plus sensibles à un choc sur les taux d’intérêt que les niveaux initiaux de dette publique et que les rendements sur les obligations souveraines sont élevés.

La part des obligations dans les crédits en devises est passée de 43% à plus de 55% entre le début de l’année 2008 et 2023, notamment en raison de normes prudentielles plus strictes s’appliquant durablement aux banques.

Beaucoup de ces titres de dette obligataire émis durant cette période arrivent désormais à maturité, ce qui explique en partie certains défauts souverains observés depuis 2020. Qui plus est, l’augmentation des taux d’intérêt depuis deux ans détériore les conditions de refinancement pour l’année prochaine. Ce, malgré la détente des taux observée depuis le début du mois de novembre dans le sillage du marché obligataire américain.

Les risques de refinancement sur les marchés obligataires vont augmenter l’année prochaine, en ligne avec la hausse des montants arrivant à maturité. Ce « mur de la dette » obligataire annoncé depuis longtemps pour l’année 2024 sera plus épais que prévu : les volumes à refinancer resteront élevés jusqu’en 2028. Le montant à rembourser l’année prochaine représente un poids particulièrement significatif dans le PIB en Égypte, en Jordanie, en Namibie – trois pays particulièrement vulnérables –, au Pakistan, au Sri Lanka, en Albanie, en Argentine ou encore en Thaïlande.

Pour l’an prochain, divers risques sont à envisager. Qu’il s’agisse de tensions géopolitiques, de soubresauts dans les finances publiques des États-Unis, ou de troubles locaux, de nouveaux chocs se traduiraient par une montée surprise de l’aversion globale pour le risque, guère à l’avantage des pays en développement.

 

Des risques jusqu’en 2028

Revenons au constat : alors que l’Afrique avait le niveau d’endettement public le plus faible en 2010 (31,9% du PIB en moyenne), elle a désormais le plus élevé en 2023 (62,5% du PIB). Viennent ensuite l’Amérique latine puis l’Asie. Sans surprise dans ce contexte régional, cinq des dix économies émergentes qui présentent les ratios de dette sur PIB les plus élevés en 2023 sont en Afrique : le Zimbabwe (95% du PIB), l’Égypte (93%), le Mozambique (90%), le Ghana (85%) et l’Angola (85%).

L’étude de GSA insiste sur un point : « Les risques de refinancement des Etats des pays émergents augmentent, mais ils ne sont pas uniquement concentrés sur l’année 2024. »

L’évolution décrite de l’endettement, depuis 2000, suppose néanmoins des échéances de refinancement plus élevées l’année prochaine et les suivantes.

Et cette plus grande dépendance aux financements obligataires en devises, conjuguée au raccourcissement des maturités des obligations observée depuis 2020 sur les marchés nationaux, rend désormais les agents économiques qui en dépendent plus vulnérables. C’est le cas de nombreux pays émergents.

Vers une crise de la dette ?

Par conséquent, le montant mondial des obligations d’État arrivant à échéance est attendu en nette hausse pour 2024, notamment en ce qui concerne celles libellées en dollars ; ce montant augmentera davantage en 2025 et restera élevé jusqu’en 2028, calcule GSA. La Turquie, l’Indonésie ou encore l’Égypte devront par exemple refinancer respectivement 8, 6 et 2 milliards d’euro-obligations en 2024. On sait aussi les difficultés de l’Éthiopie. De même, le risque de refinancement externe de la Tunisie reste élevé, alors qu’une euro-obligation de 850 millions d’euros arrivera à échéance en février 2024.

D’autres pays devront rembourser des montants inédits d’obligations internationales en devises : c’est par exemple le cas du Nigeria et de l’Angola.

Plusieurs Etats ayant émis des obligations connaitront probablement des problèmes pour se refinancer. Presqu’un tiers de l’encours de la dette de marché (29%) arrivera à échéance d’ici fin 2025 et plusieurs pays, sauf rééchelonnement, devront refinancer plus de la moitié de leur dette au cours de cette période : l’Ethiopie, la Gambie, le Tchad (76%), le Zimbabwe (58%), pour citer les pays africains.  

Au-delà du risque de refinancement à court terme, beaucoup de pays sont vulnérables à un choc de taux d’intérêt et de change sur leur dette publique.

 

Une dette élevée augmente le risque

Outre les risques de refinancement sur leur dette de marché auxquels seront confrontées un bon nombre d’économies en développement en 2024 et 2025, poursuit GSA, la soutenabilité des dettes émergentes dépendra, à plus long terme, des trajectoires des dettes publiques totales et de leurs réactions aux chocs. Et les analystes de redouter un scénario supposant une augmentation du taux d’intérêt implicite sur la dette publique de 300 points de base, en 2024, sans retour au niveau initial les années suivantes. Cela serait corrélé à une dépréciation des monnaies face au dollar de 30% en 2024, sans correction ultérieure (c’est-à-dire que le taux de change reste ensuite stable entre 2025 et 2028). Ici encore, un tel choc pourrait résulter de la matérialisation non anticipée d’un risque au niveau mondial ou local.

Des marchés financiers profonds et un niveau initial élevé de dette publique augmentent la vulnérabilité des économies émergentes à un choc sur les taux d’intérêt

Les pays les plus vulnérables, c’est-à-dire ceux qui subiraient une hausse de plus de 8 points de pourcentage de leur ratio de dette sur PIB en 2028 par rapport au scénario central, présentent des caractéristiques communes. Ainsi, les dynamiques de dette des économies émergentes sont-elles d’autant plus sensibles à un choc sur les taux d’intérêt que les niveaux initiaux de dette publique et que les rendements sur les obligations souveraines sont élevés. Tel est le cas de l’Égypte, le Ghana, le Kenya.

Les pays qui se refinancent essentiellement sur les marchés sont également parmi les plus vulnérables ; de ce point de vue, l’Afrique est quelque peu épargnée. Enfin, les États dont la dette publique est principalement libellée en devises sont, sans surprise les plus vulnérables à un choc de taux de change.

@ABanker

Écrit par
Laurent Soucaille

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