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Analyse et Opinion

Des droits de douane négatifs, une piste pour relancer l’AGOA

Des droits de douane négatifs, une piste pour relancer l’AGOA
  • Publiéavril 8, 2024

Une approche non conventionnelle des relations commerciales États-Unis Afrique pourrait générer des milliards d’euros de nouvelles opportunités commerciales, selon une étude.

 

Selon un rapport du Center for Global Development (CGD), basé à Washington, les États-Unis devraient payer des « droits de douane négatifs » en Afrique afin de relancer une African Growth and Opportunity Act (AGOA), qui bat de l’aile. Ces droits négatifs constitueraient essentiellement en des subventions ciblées à l’industrie manufacturière.

Justin Sandefur et Arvind Subramanian, du CGD, estiment que 291 millions de dollars de droits de douane négatifs, qu’ils décrivent comme « une goutte d’eau dans l’océan comparé aux niveaux d’aide » – pourraient créer 1,5 milliard $ de nouveaux échanges commerciaux et s’inscriraient dans le cadre des efforts américains de friend-shoring, c’est-à-dire l’action de fabriquer et de s’approvisionner dans des pays qui sont des alliés géopolitiques.

 « Le simple renouvellement de l’AGOA en l’état ne suffira pas à permettre aux économies africaines d’être compétitives. »

L’AGOA, qui a été lancée en 2000 et doit être renouvelée en 2025, accorde un accès en franchise de droits au marché américain à des milliers de produits provenant des pays africains éligibles. Environ 80 % des droits de douane annulés dans le cadre de l’AGOA sont appliqués aux exportations de vêtements.

Malgré un impact initial « rapide et agressif » dans les cinq années qui ont suivi l’adoption de l’AGOA, les avantages de l’AGOA se sont rapidement estompés. Certes, en cinq ans, les exportations de vêtements africains vers les États-Unis ont augmenté de 150 % et de nouvelles usines ont été ouvertes au Kenya, au Lesotho et à l’île Maurice. Toutefois, en 2010, les exportations de vêtements étaient presque revenues à leur niveau de 2000, résultat, selon les auteurs, de la concurrence chinoise qui a inondé le marché lorsque les traités textiles mondiaux « obscurs » ont expiré en 2005.

« Pendant le boom de l’AGOA des premières années, les exportations africaines de vêtements ont bénéficié d’un double avantage par rapport aux concurrents mondiaux, y compris la Chine. Non seulement les droits de douane étaient nuls, mais ils échappaient aux quotas. Ces quotas équivalaient à des droits de douane supplémentaires de l’ordre de 10% à 100 % sur les vêtements provenant de divers pays asiatiques. L’avantage de l’Afrique était donc énorme et il a en grande partie disparu en 2005. »

 

Une solution radicale ?

Les auteurs affirment que leur proposition de droits de douane négatifs pourrait donner un coup de fouet à ce programme en perte de vitesse.

« Pour rétablir cet avantage tarifaire – ou, plus vraisemblablement, pour égaliser les chances face à la concurrence féroce de l’Asie – nous proposons une modification simple mais assez radicale de l’AGOA à partir de 2025 : des droits de douane négatifs. Étant donné que les droits de douane de l’AGOA sont déjà nuls, le seul moyen d’inciter à la production en Afrique à ce stade sans bouleverser totalement les règles de l’OMC serait de passer à des taux négatifs. Bien que non conventionnels, nous constatons que de tels tarifs, que l’on peut considérer comme des subventions manufacturières ciblées pour les régions extrêmement en retard, seraient à la fois efficaces et peu coûteux. »

Les auteurs estiment qu’un tarif négatif de 10 points de pourcentage sur les produits de l’habillement représenterait environ 291 millions $ de recettes perdues, tandis qu’un tarif négatif de 20 points de pourcentage serait plus coûteux, à hauteur d’environ 880 millions $.

Face à cela, « les avantages seraient potentiellement importants. Nous estimons qu’un tarif négatif de 10 % créerait environ 1,5 milliard $ de nouveaux échanges, et un tarif de 20 % près de 3 milliards de dollars », jugent les analystes.

Les auteurs estiment que le moment est bien choisi pour que les États-Unis fassent un effort ambitieux en faveur de l’industrialisation de l’Afrique. Après avoir dominé les exportations mondiales de vêtements dans les années 2000 et 2010, la part de marché de la Chine est aujourd’hui en déclin, passant d’un pic de 38 % des importations américaines de vêtements en 2010 à 24 % en 2022, alors que le pays s’oriente vers des industries à plus forte intensité de capital et de compétences.

Toutefois, les auteurs affirment qu’un soutien supplémentaire est également nécessaire pour construire des chaînes d’approvisionnement manufacturières sur le continent.

 

L’heure du changement a sonné

« Si les marchés de capitaux fonctionnent parfaitement, alors si l’Amérique fournit des incitations tarifaires pour développer la fabrication en Afrique, de nouveaux investissements privés dans les usines de vêtements africaines devraient suivre. Dans la réalité, une action politique en matière d’investissement peut s’avérer nécessaire… Les États-Unis pourraient prendre l’initiative de relever ce défi. Ils pourraient mettre de côté, disons, 2,5 milliards $ (ce qui impliquerait une augmentation d’environ 15 % de l’aide américaine à la région) en tant que capital-risque pour construire des chaînes d’approvisionnement manufacturières en Afrique. »

Cela pourrait offrir un rôle d’investissement à la Development Finance Corporation (DFC) du gouvernement américain, qui, selon le rapport, n’a engagé que 50 millions $ dans des projets manufacturiers africains au cours de l’année 2023, sur un portefeuille africain de 2 milliards $.

« Le renforcement des préférences commerciales de l’AGOA pourrait servir de mécanisme d’attraction pour créer des projets bancables auxquels la DFC pourrait prêter et dans lesquels elle pourrait investir, en réorientant son travail des services financiers vers la création d’emplois et l’industrialisation. »

Selon les auteurs, sans réforme, l’AGOA n’aura guère plus d’impact qu’aujourd’hui.

« Le simple renouvellement de l’AGOA en l’état ne suffira pas à permettre aux économies africaines d’être compétitives. Mais il existe des outils politiques plus puissants ; les faits montrent qu’ils sont abordables et qu’ils pourraient stimuler de manière significative la production industrielle du continent. Le commerce, et pas (seulement) l’aide, et l’investissement dans la fabrication en Afrique, et pas seulement dans l’extraction de matières premières en Afrique, devraient être le nouveau mantra des décideurs politiques lorsqu’ils envisagent les possibilités de l’AGOA 2.0. »

@AB

 

Écrit par
David Thomas

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