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Analyse et Opinion

Des données alternatives pour une croissance diversifiée

Des données alternatives pour une croissance diversifiée
  • Publiémai 24, 2024

La Banque mondiale insiste sur la nécessité, pour l’Algérie, d’intensifier la collecte, la numérisation et la publication des données pour mieux connaître les sources de sa croissance.

 

Dans la mise à jour semestrielle de son panorama économique, la Banque mondiale dresse un tableau plutôt flatteur de l’économie de l’Algérie. En 2023, la croissance de 4,1% a été tirée par « les solides performances » des secteurs hors hydrocarbures et des hydrocarbures. En effet, l’activité économique a été stimulée par une consommation privée dynamique et une forte croissance de l’investissement, alimentant une augmentation marquée des importations.

La variabilité des prix des hydrocarbures reste le principal risque pour les équilibres macroéconomiques, les besoins de financement prévisionnels soulignant l’importance d’un rééquilibrage budgétaire progressif.

La production d’hydrocarbures a été soutenue par une production record de gaz naturel, compensant la baisse de la production de pétrole brut consécutive aux réductions volontaires des quotas de l’OPEP. De son côté, l’inflation est restée modérée au premier trimestre 2024, à 5,0%, grâce à un dinar fort et à une baisse des prix des denrées alimentaires fraîches et des importations.

Ce rapport s’intitule « Investir dans les données pour une croissance diversifiée ». En effet, il souligne l’importance stratégique des données pour éclairer les décisions politiques et la possibilité d’exploiter des sources de données alternatives pour mettre en lumière les développements économiques en temps réel, en Algérie.

« Ces sources, telles que les données satellitaires sur l’éclairage nocturne, le développement des cultures, ainsi que les données sur les navires arrivant et partant des ports algériens, peuvent fournir une vision plus détaillée de l’économie. »

Elles représentent un complément utile aux statistiques économiques et sociales conventionnelles, sachant que l’amélioration de la disponibilité, de la granularité et de l’actualité des données économiques officielles, notamment en ce qui concerne l’activité, l’investissement et le marché du travail, « reste de la plus haute importance ».

« En 2022 et 2023, les autorités algériennes ont accéléré les efforts de numérisation et élevé le renforcement des systèmes de données au rang de priorité politique », reconnaît Kamel Braham, représentant résident de la Banque mondiale en Algérie.

 

Des budgets axés sur les résultats

L’administration algérienne a poursuivi sa numérisation, tout comme certaines publications de la Banque d’Algérie et de l’ONS, avec notamment le premier rebasage du PIB.

« En plus de soutenir l’élaboration de politiques fondées sur des données probantes, des données économiques solides réduisent l’incertitude économique et soutiennent l’investissement, la croissance et la diversification. »

Les données : exemple des statistiques sur l'éclairage nocturne.
Les données : exemple des statistiques sur l’éclairage nocturne.

 

Cyril Desponts, économiste principal de la Banque mondiale pour l’Algérie, souligne l’utilité des sources de données alternatives aux statistiques habituelles : « Elles apportent de la précision à notre analyse car elles sont fortement désagrégées dans le temps et l’espace, et ne sont disponibles qu’avec un court délai. » D’ailleurs, concernant le début 2024, les données « suggèrent » que l’activité est restée dynamique dans tout le pays, mais dans une moindre mesure dans les régions productrices de pétrole, affectées par les réductions de quotas, et que les régions de l’Est ont connu une reprise des précipitations et du développement des cultures, ce qui alimente nos projections macroéconomiques.

« Des systèmes de données améliorés soutiendraient le passage vers une budgétisation axée sur les résultats et l’élaboration de politiques fondées sur des données probantes. Ils fourniraient également des données économiques précises et exhaustives aux chercheurs et analystes, aux investisseurs nationaux et internationaux potentiels, ce qui atténuerait l’incertitude économique et favoriserait l’investissement », insiste le rapport.

 

Poursuivre les efforts

Pour l’avenir, la Banque mondiale prévoit un ralentissement temporaire de la croissance en 2024 (+2,9%), suivi d’une reprise « vigoureuse » en 2025 (+3,7%) à mesure que la production pétrolière et la production agricole se redressent.

Malgré ces perspectives positives, le rapport constate que la poursuite des dépenses publiques et de la croissance des importations, dans un contexte de modération des exportations d’hydrocarbures, exercerait une nouvelle pression sur les soldes budgétaire et commercial. En outre, d’importantes incertitudes subsistent en ce qui concerne les prix mondiaux des matières premières et les conditions climatiques.

De même, le déficit budgétaire global augmenterait en 2024 avant de se stabiliser les deux années suivantes, résultant en une augmentation de la dette publique, qui dépasserait 55% du PIB à horizon 2026. La variabilité des prix des hydrocarbures reste le principal risque pour les équilibres macroéconomiques, les besoins de financement prévisionnels soulignant l’importance d’un rééquilibrage budgétaire progressif, prévient la Banque mondiale. Sans surprise, les économistes recommandent à l’Algérie de poursuivre ses efforts visant à encourager l’investissement du secteur privé et la diversification de l’économie.

@AB

Écrit par
Aude Darc

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