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Analyse et Opinion

Comment réussir une Zone économique spéciale

Comment réussir une Zone économique spéciale
  • Publiémai 21, 2024

Les modèles les plus pertinents de Zones économiques spéciales sont celles qui privilégient une activité mais qui diversifient les incitations et font preuve d’agilité.

 

En Afrique, les ZES (Zones économiques spéciales) sont devenues un outil important pour de nombreux pays cherchant à stimuler leur développement économique et à attirer les investissements étrangers. Pour autant, relativement à la moyenne mondiale, les ZES africaines sont moins spécialisées et comptent davantage sur les incitations fiscales pour attirer des investisseurs, constate une étude synthétique de GSA (Global Sovereign Advisory).

De cette étude, se dégage la conviction que pour être efficaces, les ZES doivent cibler spécifiquement un secteur d’activité, que les incitations offertes ne doivent pas se limiter à des avantages fiscaux, que les pays doivent préserver une stratégie évolutive permettant d’ajuster les priorités et les mesures incitatives en fonction des besoins changeants du marché et de retarder ainsi l’« obsolescence planifiée » des zones.

Enfin, un soutien fort des autorités illustré par une gouvernance solide des ZES, avec un guichet unique simplifié pour les entreprises, offre aussi un environnement propice aux investissements, considère GSA.

S’il est clair que la spécialisation des ZES participe grandement à leur compétitivité, le choix du secteur ne détermine pas de facto la performance d’une zone.

Dans le détail, les analystes constatent que la croissance rapide des programmes de ZES, dans le monde, a coïncidé avec la période de mondialisation des flux de commerce et de capitaux dans les années 2000. Plus précisément, elle a été facilitée par la fragmentation verticale et spatiale de l’industrie manufacturière en « réseaux de production mondiaux » intégrés. Pour les pays aux faibles coûts de main-d’œuvre, des économies d’échelle et un accès préférentiel aux principaux marchés de consommation comme l’Europe, le Japon et les États-Unis, les ZES se révèlent un instrument pour capter des investissements étrangers et pour catalyser l’industrialisation.

En Afrique, la plupart des programmes ont été adoptés dans les années 1990 et 2000. En fonction des critères, le continent concentre entre 4% et 7% des ZES ; beaucoup de pays africains privilégient les zones franches d’exportation.

« Le succès d’une ZES est le résultat de la combinaison d’une volonté politique d’atteindre un objectif économique ou politique, et de la mise en place d’un cadre réglementaire permettant la concrétisation et le fonctionnement optimal de la zone », résument les analystes.

 

Les incitations fiscales sont privilégiées, sur le continent

Sur le continent, leur expansion a été lente. Elles seraient plus nombreuses en Afrique de l’Est en Afrique du Nord, ainsi qu’en Afrique du Sud et au Nigeria. L’augmentation du nombre de ZES en Afrique résulte en grande partie du fait que des pays qui disposaient déjà de programmes de ZES matures, tels que l’Égypte, l’Éthiopie, l’Afrique du Sud, ou encore l’Île Maurice, ont poursuivi des stratégies d’expansion et de diversification.

Attention, nuance GSA, les ZES pleinement opérationnelles ne seraient que 50% à 60 % du total estimé. Près de neuf sur dix sont des zones multi-activités, c’est-à-dire qui ne se spécialisent pas dans un secteur spécifique. Par exemple, au Cameroun, dans l’unique zone de Douala-Bonabéri, on trouve des domaines d’activité tels que l’aciérie, l’agro-alimentaire, le bâtiment et les travaux publics, la brasserie, la cimenterie, la concession automobile, ou encore le traitement des déchets. Seules 10 % des ZES africaines ciblent des secteurs ou des industries spécifiques. C’est le cas de la zone franche Midparc de Casablanca au Maroc dans l’aéronautique et du parc industriel Kilinto en Éthiopie pour les produits pharmaceutiques.

GSA ZES graphiques

 

D’après GSA, qui se réfère aux calculs de l’OpenZoneMap, une zone sur deux est une zone franche d’exportation, une situation qui peut évoluer. En Afrique, les incitations fiscales constituent donc la principale politique d’attractivité.

La plupart des programmes africains de ZES offrent des exonérations de l’impôt sur les sociétés, de la TVA et des droits d’importation, ainsi que des guichets uniques et d’autres outils de facilitation administrative. « Outre le fait qu’elles ne sont pas conformes aux règles de l’Organisation mondiale du commerce, l’OCDE estime que les incitations fiscales sont insuffisantes pour attirer les investissements dans les pays en développement », observent les analystes.

Certains programmes ont néanmoins réussi à prendre des mesures pour supprimer ou redéfinir les incitations fiscales, en se concentrant plutôt sur la qualité de la prestation de services ou l’infrastructure.

 

Le bon exemple du Maroc

C’est le cas de la Tanger Med Zones au Maroc. Et les analystes de constater que les zones africaines dotées de mécanismes d’aide aux investisseurs étrangers pour établir des coentreprises avec des entreprises locales ont généralement obtenu de meilleurs résultats, comme au Kenya. Des accélérateurs d’entreprises ont été installés pour optimiser les processus de production des PME kenyanes afin de répondre aux exigences des entreprises basées dans les ZES.

GSA s’attarde sur le Maroc, « un des rares pays en Afrique à avoir réussi à attirer de nombreux investissements dans les industries de haute technologie ». Avec des résultats connus dans l’automobile, l’aéronautique, notamment. Depuis 2011, l’industrie devient le premier secteur pourvoyeurs d’investissements étrangers, devant le tourisme.

Malgré le succès des ZES marocaines, mesuré par leur contribution croissante au PIB, leur contribution à la croissance de l’emploi est nuancée, préviennent les analystes. Car les zones qui ciblent des activités industrielles à fort contenu technologique créent généralement peu d’emplois. Certes, fer de lance de l’attraction d’investisseurs et de l’augmentation des exportations, les zones franches de la Tanger se sont également spécialisées dans des secteurs à plus forte main-d’œuvre comme le textile. Depuis sa création en 2003, les zones de Tanger ont généré plus de 100 000 emplois. « Cependant, la région de Tanger ne semble pas profiter clairement de la mise en marche de ces zones en termes d’emplois. » En effet, depuis 2009, le taux d’activité de la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïna est demeuré relativement le même qu’à l’échelle nationale, ne la dépassant de quelques points que depuis 2020. Et le taux de chômage est resté supérieur dans la région avec un pic à 12% avant de baisser entre 2014 et 2018 pour passer en dessous des 8%.

Outre ses avantages concurrentiels comme la proximité avec l’Europe, le Maroc peut également compter sur ses bas salaires et une main-d’œuvre relativement qualifiée par rapport à la concurrence. De plus, pour répondre aux besoins des investisseurs étrangers dans les secteurs de haute technologie, certaines ZES marocaines proposent des formations spécifiques en collaboration avec le secteur privé avec l’ouverture de centres techniques, d’écoles d’ingénieurs et de campus au sein même des zones franches.

 

Élargir les incitations

Tanger dispose également d’un modèle de gouvernance spécifique qui favorise la venue d’investisseurs, sous l’autorité d’une agence d’État et du gouvernement. « De plus, le fait de centraliser toutes les activités des zones franches au sein d’une même structure permet aux ZES d’être le point de contact unique pour les investisseurs, faisant office de guichet unique », expliquent les analystes. Qui voient dans cette stratégie « une plus grande efficacité dans la fourniture des demandes de permis, des visas, ou encore de l’enregistrement des sociétés et facilite la connexion entre le gouvernement et les entreprises ».

 

Plus généralement, s’il est clair que la spécialisation des ZES participe grandement à leur compétitivité, le choix du secteur ne détermine pas de facto la performance d’une zone. Ce choix doit autant s’appuyer sur les besoins et les caractéristiques du pays qu’être soutenu par une politique adaptée au secteur retenu.

En matière d’incitations, les modèles de ZES englobent une gamme diversifiée de mesures à la fois fiscales et non fiscales. Bien qu’efficace à court terme, le manque de diversification des incitations ne peut garantir leur compétitivité à long terme. Enfin, les États doivent opter pour un modèle de gouvernance approprié, lequel passe par un soutien politique fort, conclut GSA.

@AB

Écrit par
Laurent Soucaille

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