Close
Avez-vous trouvé cet article intéressant?

Analyse et Opinion

Changer l’image de marque

Il ne suffira pas de vouloir restaurer l’image de l’Afrique : il faudra carrément l’inventer, faire le siège des leaders d’opinion pour expliquer que l’Afrique, ce n’est plus, si cela l’a jamais été, le folklore traditionnel et les rois corrompus. Et il faudra aussi dénoncer publiquement la responsabilité des émigrés africains, pour beaucoup des intellectuels.

Elle est immense dans la perpétuation des clichés délétères sur le continent. Certes, des Occidentaux eux-mêmes s’adonnent au dénigrement de leur pays d’origine une fois son sol abandonné, à commencer par les Français. Mais avez-vous vu ne serait-ce qu’un seul Américain ou un seul Anglais dire à l’étranger du mal de sa patrie ?

L’Amérique et l’Angleterre sont redevenues presque aussi inégalitaires qu’au XIXe siècle et, pourtant, il faut vraiment enquêter pour s’en apercevoir. Alors il ne faut plus laisser plus quelques aigris vomir sur leurs anciens compatriotes sans réagir, tandis que les Africains accroissent leur richesse et réduisent les inégalités presque aussi rapidement que les Chinois !

L’amélioration de l’image de marque de l’Afrique passe aussi par un apprentissage interne de la vérité.

Très certainement, faudra-t-il aussi changer radicalement le discours à l’étranger. Longtemps, trop longtemps, des Africains ont « joué au pauvre » en imaginant ainsi recevoir davantage d’aide internationale. Des tonnes d’imbécillités ont ainsi pu être dites et écrites sur leurs incompétences supposées.

L’amélioration de l’image de marque de l’Afrique passe aussi par un apprentissage interne de la vérité. En n’oubliant pas ici les médias locaux dont le sens de l’exagération est souvent trop aiguisé : quand leurs confrères occidentaux veulent s’informer, ils vont sur le Net et y trouvent le produit de cette exagération qu’ils se contentent souvent d’amplifier chez eux.

In fine, les Africains doivent se poser une question simple : les méthodes actuelles de communication en Occident, passant la plupart du temps par des intermédiaires non Africains, sont elles de nature à modifier la perception qu’ont les hommes d’affaires étrangers de nos pays ?

Nos campagnes de promotion sont ponctuelles, elles ne s’inscrivent pas dans la durée. Elles sont déconnectées de nos réalités locales, trop souvent conduites par des tour-opérateurs non-africains qui vantent un exotisme susceptible, certes, de motiver un touriste, mais contraire la plupart du temps au véritable but recherché.

Il nous faut ancrer une image de marque d’un continent qui a été capable de décoller sans aucune aide extérieure, ou presque, et qui présente des potentialités phénoménales et pas du tout exotiques.

La base a fréquemment des intuitions qui échappent aux élites, surtout en matière de communication. Il faut songer à la manière avec laquelle les couturiers et couturières d’Afrique vendent progressivement leur talent au monde ! Voyez comment la musique africaine s’y est imposée, examinez comment quelques plasticiens subsahariens ont su inscrire leurs oeuvres dans l’univers très fermé de l’art occidental : le point commun, me semble-t-il, est la certitude des impétrants d’arriver à percer.

Ils n’ont pas douté, ils ne se sont pas présentés humblement, mais en conquérants. Les populations africaines ont visiblement foi en leur avenir et c’est très probablement ce message que les communicants doivent porter…

Et puis ces messages nouveaux, positifs, doivent aussi être martelés, répétés dans la durée : aucun petit pays africain seul ne peut y arriver, il n’a pas les budgets conséquents. Il faut donc passer par des campagnes interafricaines, régionales, puisque le développement sous-régional semble devenir une réalité.

Une véritable décolonisation est aussi celle des esprits. Il ne s’agit plus de se lamenter parce que l’Union africaine est incapable d’intervenir sur tel ou tel sujet, mais de se voir autrement dans la glace. Et, ensuite, de savoir vendre la nouvelle image que nous renvoie cette glace. Sur tous les événements africains, l’Afrique peut réagir comme l’Occident ! Des Africains fiers de l’être ne peuvent pas oublier d’être fiers aussi de leur image.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Related Posts

  • Opinion : Pourquoi l’Afrique décolle

    Un entrepreneuriat fort, un manque d’investissements étrangers Retournement des termes de l’échange, déclin occidental, quelles autres explications peut-on donner au décollage de l’ancien Tiers-monde ? …

  • NTIC : L’opinion de Vera Karmebäck…

    Le cercle vertueux de la responsabilité sociale, une analyse de Vera Karmebäck, coordonnatrice RSE à RA International, une société d’experts sur les régions isolées. La plupart …

  • Opinion : L’Afrique au rendez-vous de la blockchain

    Les ambitions de l’Afrique Les institutions financières banques, assurances, sociétés de gestion sont, de même, fortement impliquées dans cette dynamique, elles engagent de nombreuses expérimentations …

  • Franc CFA : Sauvetage à la grecque

    Pas de crédit revolving, ni simplement de cartes de fidélité. Au Congo, tout, absolument tout s’achète cash, sans délais de paiement. Qu’il s’agisse du petit …