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Analyse et Opinion

Audace, solidarité et coopération internationale

Audace, solidarité et coopération internationale
  • PubliéAugust 16, 2022

Au-delà de ses défis structurels, le tournant que doit prendre l’Afrique est rendu encore plus complexe par trois enjeux importants. Le premier concerne les grandes turbulences politiques et militaires qui sont significatives d’un désordre global croissant et de l’incapacité de la communauté internationale à mettre en place et à définir une nouvelle gouvernance globale ouverte et favorable à une plus participation des pays en développement, et particulièrement de l’Afrique. Ce désordre global sera porteur de grandes turbulences et va nourrir la déstabilisation. Ces turbulences vont rendre difficile la tâche du continent de revenir à une croissance inclusive et dynamique.

Le deuxième enjeu est lié à la crise de la globalisation et aux tentatives de construction d’un monde post-global. Le projet de la globalisation a constitué à partir de la fin des années 1970 une réponse à la crise de l’État-nation et du système social de providence. Ce projet a réussi au cours de plus de quatre décennies à accélérer la croissance globale, à développer les échanges mondiaux et les mouvements de capitaux et des investissements autour de la planète. La globalisation a ouvert également la voie à l’émergence de nouvelles puissances économiques en provenance du monde en développement, plus particulièrement d’Asie, d’Amérique Latine mais aussi d’Afrique. Le développement accéléré dans ces pays a permis à de millions de personnes de sortir de la pauvreté et de retrouver une vie décente.

Or, les dernières années ont montré la fragilité de ce projet avec la multiplication des crises financières, sociales et climatiques. La crise sanitaire et les difficultés de gestion des chaînes de valeur globales avec les confinements et les fermetures des frontières ont fini par remettre en cause ce projet et ouvrir la page pour la recherche d’une nouvelle organisation globale des activités économiques.

Cette crise et la quête incertaine d’un monde post-global vont également peser sur notre continent et la recherche d’un nouveau projet économique.

Le troisième enjeu est d’ordre social et concerne les effets des différentes crises et chocs exogènes qui ont été à l’origine d’une détérioration de la situation sociale dans tous les pays africains avec la montée du chômage, de la marginalité sociale et une forte dégradation des services sociaux de base dont l’éducation et la santé. Ces crises ont anéanti les efforts effectués par les pays africains en matière d’ODD, et elles ont surtout fragilisé encore plus le contrat social africain postindépendance. Ces crises sont à l’origine de la montée de l’insécurité et d’une grande instabilité politique. Désormais, ces crises se traduisent par une remise en cause des régimes démocratiques et le retour de l’autoritarisme militaire et populiste. Cette instabilité ne fera que renforcer la difficulté à construire des projets et des visions partagées et plurielles.     

 

La difficulté de notre tâche aujourd’hui et de celle des institutions africaines est de trouver des réponses aux crises et aux conséquences des chocs externes dans un monde instable et incertain. 

Pourtant, en dépit de la difficulté de cette tâche, je reste optimisme quant à notre capacité de relever les défis et de mettre en place les politiques publiques capables de rendre espoir aux populations. Cet optimisme n’est pas le résultat d’une conviction philosophique et politique abstraite mais est le résultat du potentiel important dont dispose le continent et qui, le jour où on lui permettra de s’exprimer, nous permettra d’ouvrir une nouvelle page dans l’histoire africaine. Une jeunesse bien formée et recherchée par les grandes entreprises globales, une classe moyenne qui ne cesse de se développer et qui fait de l’Afrique l’un des plus grands marchés d’avenir, un développement de la digitalisation plus rapide que dans certains pays développés et qui sera l’un des fondements du monde à venir sont autant d’atouts essentiels dans la définition d’une nouvelle expérience collective africaine.

Les responsables africains, les institutions africaines et les élites ont aujourd’hui une responsabilité immense et doivent définir un nouveau contrat social et un nouvel vivre-ensemble. Cette quête d’un nouveau projet doit être guidée par trois principes majeurs :

  • L’audace de sortir des sentiers battus et de faire preuve d’une grande intelligence collective dans la définition de nouveaux projets et de nouvelles politiques publiques,
  • La solidarité entre générations, entre pays africains et entre couches sociales pour porter le projet d’une nouvelle libération africaine,
  • La coopération internationale qui doit se renouveler afin de faire de l’émergence et de la transformation du continent un bien global commun.

 

Hakim Ben Hammouda

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En savoir plus : Quelques chiffres pour illustrer le propos ; deux chocs et quatre crises

 

L’exposition des pays africains aux chocs exogènes n’est pas uniforme et dépend de plusieurs facteurs dont la profondeur des liens commerciaux avec l’économie mondiale, le degré d’intégration avec les marchés financiers internationaux et l’existence d’une marge de manœuvre pour faire face aux chocs internationaux notamment le niveau des réserves internationales, souligne le FMI.

L’analyse du degré d’exposition des pays africains montre que les pays exportateurs de pétrole sont les plus sensibles du fait de l’importance des liens d’échanges et les pays intermédiaires du fait de leur intégration aux courants financiers internationaux. À ce niveau, poursuit le FMI, les pays pauvres et les pays riches en ressources naturelles sont moins sensibles aux facteurs internationaux du fait d’une intégration moins importante aux courants internationaux.  

De plus, le resserrement de la politique monétaire et une hausse des taux longs aux États-Unis de 25 points se traduiraient par une baisse de la croissance africaine de 0,25 point au cours de la première année. En même temps, une hausse moyenne de 10 % du cours de pétrole serait à l’origine d’une baisse de la croissance de 0,5 point.

Ces indications sont assez significatives de l’ampleur des effets des chocs exogènes sur les économies africaines.

Écrit par
Hakim Ben Hammouda

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