x
Close
agro-industrie Industrie

L’Afrique centrale mise sur ses forêts

L’Afrique centrale mise sur ses forêts
  • Publiéseptembre 26, 2022

Les pays du Bassin du Congo souhaitent davantage tirer avantage de leurs immenses ressources forestières. Au 1er janvier 2023, l’exportation des grumes sera interdite, tandis que le commerce international, avec la Chine et l’Europe notamment, prend un nouvel élan.

 

Les pays d’Afrique centrale se mobilisent pour préserver leur forêt et pour l’exploiter de manière durable. Les membres de la Cemac, rejoints par la RD Congo, se préparent à l’interdiction totale de l’exportation des grumes (bois brut), afin de privilégier la transformation locale et la vente de produits transformés. Après une courte période transitoire, cette décision d’envergure prendra pleinement effet au 1er janvier 2023.

« La gestion forestière légale à grande échelle dans le bassin du Congo devrait accroître la demande à long terme de produits en bois tropicaux sur les marchés exigeants comme l’Europe et les États-Unis et contribuera encore davantage à la conservation des forêts à long terme. »

D’autres actions sont engagées, afin de soutenir la filière. Le 22 septembre 2022, la Chine, l’Europe et la CEMAC ont approuvé la note de projet trilatéral Afrique centrale (Tropical Timber Trade). Six pays sont engagés : Cameroun, Congo, Centrafrique, Gabon, RD Congo, Guinée équatoriale. Le sous-titre du programme TTT se suffit à lui-même : « Promotion du commerce des bois tropicaux et des produits dérivés légaux et/ou durables tout au long de la chaîne d’approvisionnement de l’Afrique centrale vers les marchés internationaux en passant par la Chine ».

Le projet TTT œuvrera pour la gestion durable des forêts d’Afrique centrale ; il bénéficie de l’appui du ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du développement (BMZ). Il est supervisé par la Commission des forêts d’Afrique centrale (Cofimac) qui réunit onze pays de la région.

Sur 55 millions d’hectares de concessions forestières en Afrique centrale, 18% sont vérifiées légales ou certifiées, indiquent les promoteurs du projet TTT. Et 60% à 80% des exportations de bois et de produits bois sont à destination de la Chine. Où ils sont transformés en produits finis qui sont vendus dans le pays et sur les marchés internationaux. Annuellement, en Chine, les importations de bois tropicaux issus des pays d’Afrique centrale représentent autour de 7 à 10 millions de m3.

Depuis juillet 2020, la Chine dispose d’un nouveau Code forestier qui stipule l’interdiction d’acheter, de transporter et de transformer du bois illégal. Ce Code s’applique également aux bois importés. Selon le projet TTT, introduire des contrôles de la légalité pour les bois tropicaux à destination de la Chine augmentera la demande, à moyen et à long termes.

 

Conserver les forêts

Il viendra soutenir les investissements pour la gestion légale et durable des forêts et soutiendra le commerce fondé sur des règles de base dans les pays d’Afrique centrale. De plus, espèrent les pays africains, des conditions de concurrence de plus en plus légales et équitables seront-elles établies pour l’industrie.

En outre, l’augmentation de la production de bois légal entraînera une augmentation des recettes fiscales et permettra aux populations, en particulier dans les zones rurales reculées, de bénéficier d’un emploi légal. L’augmentation de la production de bois tropicaux légaux et durables ralentira également la dégradation des forêts et contribuera ainsi à une meilleure protection de la biodiversité. Sans compter que l’’augmentation de la séquestration durable du carbone permettra la protection du climat. « La gestion forestière légale à grande échelle dans le bassin du Congo devrait accroître la demande à long terme de produits en bois tropicaux sur les marchés exigeants comme l’Europe et les États-Unis et contribuera encore davantage à la conservation des forêts à long terme », juge la Cofimac.

La sauvegarde des forêts est aussi industrielle, donc. Un pays comme le Cameroun entend s’inspirer des expériences de ses voisins, ainsi que celle du Brésil, notamment. Selon le ministère des PME, cité par le site Investir au Cameroun, une délégation d’industriels camerounais se rendra à Rio de Janeiro en novembre, afin de poursuivre le dialogue amorcé, mi-septembre, avec la Fédération des industries de Rio (Firjnan). Des accords pourraient se conclure pour moderniser l’outil de production, dans le bois, le coton-textile et le cuir.

De son côté, l’interdiction de l’exportation de grumes vise à générer la création de nombreux emplois. « Cette décision commune est conforme aux besoins d’harmoniser les politiques sectorielles et de faire du secteur forestier un des leviers du développement économique », explique le ministre camerounais des Forêts, Jules Doret Ndongo. Pour qui le secteur forestier « reste à la traîne et ne génère pas pour le moment des services à forte valeur ajoutée ». Les pays disposent des mêmes opérateurs, des mêmes marchés, « il était donc temps d’envoyer un signal collectif, c’est ce qui a été fait ».

Jules Doret Ndongo, ministre de la Forêt et de la Faune  (Cameroun).
Jules Doret Ndongo, ministre de la Forêt et de la Faune (Cameroun).

 

Selon le ministre, la décision devrait d’abord conduire, à horizon 2030, une forte hausse des quantités de bois prélevés dans les concessions. Soient 15 millions de mètres cubes par an pour le Cameroun, contre 7 millions de m3 aujourd’hui. Ce qui se traduirait par un doublement de contribution de la filière bois au PIB.

Attention, prévient le ministre dans un entretien à Cameroon Tribune, les premières années, cette mesure entraînera un manque à gagner fiscal pour l’État, privé de taxes à l’exportation. « Progressivement, vont réaugmenter les revenus de la taxe d’abattage et de toutes les autres taxes liées à la transformation du bois », rassure le ministre.

@AB

 

Écrit par
Aude Darc

Article suivant

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *