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Afrique : Les questions clés de l’industrialisation

L’économiste Pierre Jacquemot rappelle l’enjeu de l’industrialisation, en l’Afrique. Il revient sur les questions clé que posent la notion de contenu local d’une production et les contraintes environnementales.

Par Marie-Anne Lubin

Le retard de l’Afrique en matière d’industrialisation ne devrait pas être considéré comme un retard mais comme un atout. Le continent peut réaliser un saut technologique lui permettant d’acquérir les méthodes de production les plus modernes, soucieuses des normes sociales et environnementales.

« Le défi de l’industrialisation de l’Afrique ne pourra être relevé qu’avec des institutions publiques efficaces et une approche coordonnée entre secteur public et secteur privé », juge Pierre Jacquemot.

Ce discours fait son chemin en Afrique, mais chacun a-t-il présent à l’esprit la même stratégie ?, s’interroge Pierre Jacquemot, économiste et diplomate. L’ancien ambassadeur intervient dans le numéro spécial que Proparco (Agence française de développement) consacre à l’industrialisation de l’Afrique.

L’industrialisation est devenue un thème majeur dans tous les programmes associés à « l’émergence africaine » et se retrouve dans tous les plans ou stratégies industrielles, conformément à l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

Ces stratégies ont des caractéristiques identiques comme celles de capitaliser sur les ressources minières, forestières ou agricoles, de créer les conditions nécessaires à l’amélioration du climat des affaires (procédures de création d’entreprise, guichet unique, digitalisation de la fiscalité…). Elles misent sur des partenariats public-privés, encouragent les opérations de coproduction ou encore, s’appuient sur les technologies de la révolution industrielle.

Face aux contraintes de l’insertion dans les chaînes de valeur mondiales, l’industrialisation, par substitution aux importations, retrouve des partisans. Désormais, le modèle de référence se conçoit le plus souvent sur une base régionale.

Le mouvement est prometteur, avec le lancement de la Zone de libre-échange continentale (ZLECAf). La Commission économique pour l’Afrique a exhorté, en mars 2020, les États à accélérer le processus d’opérationnalisation.

L’opportunité d’inventer un nouveau modèle de développement est clairement exposée. La réduction des entraves réglementaires et douanières devrait y contribuer, et l’éclosion de la classe moyenne devrait participer à la formation d’un important marché intérieur, lequel pèse déjà 250 milliards de dollars.

Gare à la concurrence exacerbée

Plusieurs pays mettent en œuvre des « clusters » tournés vers le transfert vertical de technologie et la réduction des coûts de transaction, notamment fiscaux, dans un espace offrant un climat industriel favorable à l’innovation.

On compte une cinquantaine de Zones économiques spéciales, qui constituent la forme la plus aboutie de ce modèle. Le regroupement d’entreprises (comme à Otigba, au Nigeria) constitue un modèle différent. Créé spontanément par les acteurs concernés, il est centré sur les technologies de l’information et la promotion de PME.

« Les clusters ne sont toutefois pas la panacée quand la concurrence entre pays voisins conduit au nivellement par le bas et quand ils deviennent des zones de non-droit pour les travailleurs », fait observer Pierre Jacquemot.

Les pays africains donnent la priorité au « contenu local ». Des investisseurs étrangers utilisent une certaine proportion de ressources locales pour la production de biens ou la prestation de services. Cette logique, répandue dans les industries pétrolières et minières, se propage à d’autres industries.

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