x
Close
Agriculture

Les plantes, un trésor à conserver

Les plantes, un trésor à conserver
  • Publiéjuin 2, 2022

De nombreux produits issus de végétaux sauvages vulnérables sont probablement présents chez vous, à différents endroits, révèle un rapport de la FAO. Tandis que la demande mondiale continue de croître, de nombreuses plantes, souvent présentes en Afrique, sont menacées.

 

Par Aude Darc

Toutes nos cuisines en contiennent, des noix du Brésil dans le placard, de la gomme arabique dans les sodas, de la réglisse dans la tisane… Nos salles de bain aussi : les lotions au beurre de karité, les produits cosmétiques, de l’huile de baobab ou d’argan. Enfin, dans le salon, un parfum à base d’encens ou de jatamansi exhale ses saveurs.

Un rapport récemment par la FAO, intitulé Regard sur la flore: évaluation des risques et des perspectives du commerce des ingrédients de végétaux sauvages, jette un éclairage sur douze espèces sauvages vedettes qui se cachent dans des produits d’usage quotidien.

Le karité pousse du Sénégal à l’Ouganda. Utilisé largement dans l’industrie alimentaire comme équivalent du beurre de cacao, le beurre de karité est aussi très présent dans les produits cosmétiques. Il est également employé comme matière grasse pour une cuisson saine.

Élaboré en collaboration avec Traffic, une organisation non gouvernementale travaillant à l’échelle mondiale sur le commerce d’espèces de la faune et de la flore sauvages, et l’Union internationale pour la conservation de la nature, ce document vise à faire prendre conscience de la nécessité d’utiliser de manière durable ces végétaux prélevés dans la nature.

Pourtant, des milliers d’espèces sont en danger, principalement en raison de la perte de leur habitat, du changement climatique et de la surexploitation. Sur les 21% d’espèces de plantes médicinales et aromatiques déclarées vulnérables, 9% sont dites menacées d’extinction. On estime que les moyens de subsistance d’un milliard de personnes environ parmi les plus vulnérables au monde sont tributaires de ces végétaux.

Étudiants sous un baobab, au Ghana.

 

« L’utilisation durable des végétaux sauvages a une incidence cruciale sur la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance de millions de personnes dans le monde », commente Sven Walter, de la FAO. Selon qui « il est temps de prendre en compte les végétaux sauvages avec tout le sérieux requis dans nos efforts visant la protection et la restauration des habitats, la promotion des systèmes agroalimentaires durables et l’instauration d’économies inclusives, résilientes et durables, et ce tout particulièrement alors que les pays se consacrent actuellement au redressement post-Covid ».

 

L’offre et la demande

L’utilisation durable des végétaux sauvages a une incidence cruciale sur la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance de millions de personnes dans le monde. Les végétaux, qui constituent 80% de la totalité de la biomasse terrestre, remplissent un rôle capital auprès des humains et des animaux, en leur fournissant nourriture, médicaments, oxygène et abris. Dans certaines parties du monde, les végétaux sauvages sont récoltés par des personnes comptant parmi les plus vulnérables, qui emploient souvent à cet effet des méthodes traditionnelles existant depuis des générations.

De son côté, la demande d’ingrédients de végétaux sauvages ne cesse de croître, en particulier dans les pays riches. On estime que, à l’échelle mondiale, jusqu’à 5,8 milliards de personnes pourraient faire usage de végétaux sauvages ou semi-sauvages, selon l’Université Rhodes en Afrique du Sud.

Malgré leur omniprésence, leur importance et les menaces qui pèsent sur eux, les substances issues de végétaux sauvages sont souvent occultées aux consommateurs et ne sont pas soumises à la vigilance des entreprises à cause d’un manque de sensibilisation et de traçabilité les concernant.

 

Les douze plantes sauvages vedettes

Encens : Présente dans le nord-est de l’Afrique, ainsi qu’à Oman, en Somalie et au Yémen, cette résine d’arbre est utilisée directement sous forme d’encens, ainsi que pour l’aromathérapie, les cosmétiques, les parfums et la médecine traditionnelle. Situation en matière de conservation : quasi menacé.

Pygeum : Cet arbre, dont l’écorce figure aussi parmi les substances qui entrent dans la composition de médicaments et de produits d’herboristerie sous les noms de prunus, de cerisier africain, d’ocotea ou d’amandier africain, pousse dans les forêts d’Afrique tropicale. Situation en matière de conservation : vulnérable.

Karité : Pousse en Afrique, du Sénégal à l’Ouganda. Utilisé largement dans l’industrie alimentaire comme équivalent du beurre de cacao, le beurre de karité est aussi très présent dans les produits cosmétiques. Il est également employé comme matière grasse pour une cuisson saine dans ses zones de production. Situation en matière de conservation : vulnérable.

Jatamansi : Plante aromatique vivace qui pousse dans l’Himalaya, ses racines sont récoltées pour leurs propriétés médicinales. Situation en matière de conservation : gravement menacée.

Gomme arabique: Extraite d’un arbre qui pousse en Afrique, elle est principalement utilisée dans les industries alimentaire et pharmaceutique comme additif, émulsifiant ou stabilisateur. Situation en matière de conservation : non évaluée.

Accacia du Sénégal, qui produit la gomme arabique

 

Argan : Ses propriétés anti-âge en font un produit cosmétique recherché des consommateurs européens et nord-américains, et son huile, aussi appelée «huile marocaine», est également utilisée pour traiter un certain nombre de pathologies, de l’acné à l’arthrite. L’arbre pousse en Algérie, au Maroc, en Mauritanie et au Sahara occidental. Situation en matière de conservation : vulnérable.

Réglisse: Cette plante vivace, originaire d’Eurasie, d’Afrique du Nord et d’Asie occidentale, est principalement utilisée à des fins médicinales, comme édulcorant et dans l’industrie du tabac. Situation en matière de conservation : préoccupation mineure.

Sceau d’or: Appelée aussi hydraste du Canada, ou racine jaune, cette espèce originaire de l’est de l’Amérique du Nord est principalement utilisée dans la fabrication de médicaments. Situation en matière de conservation : vulnérable.

Candelilla : Présente au Mexique et aux confins des États-Unis, la cire de candelilla était un ingrédient courant du chewing-gum. Elle sert d’additif alimentaire (E902) et entre dans la composition de produits cosmétiques et pharmaceutiques, mais aussi de cires industrielles et de cirages. Situation en matière de conservation : non évalué.

Baobab : La variété A. digitata de cette espèce est originaire du continent africain. La poudre de baobab entre dans la préparation d’aliments et de boissons; et l’huile extraite de ses graines sert à la fabrication de produits cosmétiques. Situation en matière de conservation : non évalué.

Noix du Brésil : Produit entièrement récolté dans la nature; l’arbre est principalement exploité pour ses fruits à coque nutritifs et comestibles, riches en nutriments et en antioxydants. Il est essentiel à la conservation de la forêt amazonienne. Situation en matière de conservation : vulnérable.

Genévrier: Juniperus communis est une espèce des zones tempérées et subarctiques de l’hémisphère Nord. Ses baies sont un ingrédient essentiel de la fabrication du gin. Situation en matière de conservation : préoccupation mineure.

Photos : © Axel Fassio/CIFOR, y compris photo de titre :  Processus de production du beurre de karité

@NA

 

Écrit par
Aude Darc

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *