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Agriculture

Le fonio à la conquête de l’international

Premier producteur mondial de fonio, la Guinée veut profiter de l’augmentation de la demande mondiale de cette céréale. Le gouvernement et les initiatives privées sont à la conquête du marché international.

Conakry, Tokpanan Doré 

Elle est la céréale en vogue. En Afrique, le fonio revient progressivement dans les assiettes, alors qu’il est demandé hors du continent dans des pays comme les États-Unis, la France, le Canada…

Pour le nutritionniste Séraphin Loua, le fonio est prisé aujourd’hui parce qu’il a bénéficié ces dernières années d’une grande médiatisation. « Le fonio a toujours été un aliment très digestible, riche en glucides et en lipides, mais il avait besoin d’être valorisé pour être connu. Et je pense c’est une céréale qui a un bel avenir dans le monde », estime-t-il.

En effet, des médecins, des spécialistes en alimentation, des cuisiniers, promettent un bel avenir au fonio. Une aubaine pour la Guinée qui a exporté 514 233 tonnes en 2017, selon la FAO, devenant le premier exportateur mondial de cette céréale. 

L’Initiative présidentielle pour la transformation des produits de l’agroalimentaire a permis la création d’un centre de traitement de fonio dans la banlieue de Conakry, où plusieurs groupements de femmes peuvent transformer et emballer leur production sous le label Fony.

La céréale est surtout produite dans les régions de la Moyenne-Guinée et de la Haute- Guinée. Dans une étude diagnostic de la filière, réalisée dans le cadre du Programme d’appui à la sécurité alimentaire, les experts indiquent que le fonio est culturellement perçu en Guinée comme un aliment du Foutah Djallon (région de la Moyenne-Guinée) où il est très consommé.

« En milieu urbain, on peut dire qu’il a une fonction identitaire, car, dans les villes hors Foutah, les vendeuses ambulantes qu’on rencontre sont exclusivement des femmes peuhles (originaires de la Moyenne-Guinée) ; et les quelques restaurants dans lesquels on prépare du fonio sont tenus par des ressortissants des deux régions grandes productrices de fonio », indique leur étude. 

Partant de son expérience dans la filière, Fodé Youla, directeur général de la Petite Damba, une entreprise familiale de transformation et d’emballage d’aliment dont le fonio, considère que le fonio est moins consommé en ville qu’en zone rurale où sa consommation augmente pendant la période de soudure (juin, juillet, août, septembre). « Dans les grandes villes, le fonio est moins consommé que le riz. Il est réservé pour les occasions spéciales à cause de la complexité de sa préparation », précise Fodé Youla. 

Un coût encore élevé 

Néanmoins, observe son entreprise, « les Guinéens consomment davantage le fonio en raison de la croissante disponibilité du fonio précuit et aussi à cause de la vulgarisation des atouts nutritifs de cette céréale ».

De fait, en raison de ses atouts nutritifs, le fonio est souvent recommandé par les médecins aux diabétiques et à ceux qui souffrent de l’obésité. Il est aussi l’aliment recommandé après une appendicectomie ou une césarienne. 

Si le fonio précuit est disponible, il reste inaccessible pour beaucoup de foyers guinéens en raison de coût relativement élevé. Dans les supermarchés de Conakry, le prix du sachet de fonio conditionné varie entre 25 000 francs guinéens et 33 000 francs (2,43 à 3,21 euros).

Dans certains marchés populaires, le kilogramme de fonio est vendu à 14 000 francs (1,36 euro) contre 5 000 francs (0,49 euro) pour le kilogramme de riz. « Au fil des années, le prix du fonio a augmenté avec la croissance de la demande », rappelle Aichatou Bah, vendeuse de fonio au marché de Coléah (Conakry). « Il faut quand même reconnaître que le processus de transformation du fonio est long et pénible pour les producteurs », explique-t-elle pour justifier le prix de 14 000 francs guinéens. 

Même dans les villes, le traitement du fonio reste difficile pour les femmes des groupements d’intérêt économique. Le président Alpha Condé, grand promoteur du fonio, a voulu alléger le travail de traitement à travers l’Initiative présidentielle pour la transformation des produits de l’agroalimentaire.

Le fonio à la conquête de l’international

Un centre de traitement de fonio a été installé dans la banlieue de Conakry où plusieurs groupements de femmes peuvent transformer et emballer leur production sous le label Fony (fonio en langue malinké).

L’autre objectif visé, est de pouvoir exporter le produit. « Aujourd’hui, nous transformons notre fonio et nous avons fait notre usine qui nous permet de faire des sachets pour le fonio… », se félicitait, en mars 2019, le Président à l’occasion du Salon des entreprises de Guinée. 

Diverses marques concurrentes 

Considérée comme la marque nationale du fonio guinéen, Fony est présenté aux foires internationales agroalimentaires, ainsi qu’à d’autres grands rendez-vous économiques comme le dernier conclave de la Banque CII-EXIM sur le partenariat Inde-Afrique. 

En Guinée comme à l’extérieur, Fony doit faire avec la concurrence des marques privées nées avant elle. La Petite Damba, une de ces marques privées, est aujourd’hui vendue dans les rayons de supermarchés aux États-Unis, en France, au Mali et au Canada.

La marque familiale s’invite également aux rendez-vous internationaux de l’agrobusiness. L’entreprise travaille avec un groupement de 65 femmes du Foutah, qui à leur tour, travaillent avec les producteurs. Pour poursuivre son expansion, l’entreprise mise surtout sur le marché international.

« En effet, l’export représente un grand potentiel et nous pensons que les exportations seront supérieures aux ventes locales », explique Fodé Youla. Avec l’espoir de servir plusieurs autres marchés à l’international, les responsables de La Petite Damba comptent passer d’une transformation annuelle de 60 tonnes à 750 tonnes par an. « Ceci passe par un financement que nous essayons d’obtenir », espère Fodé Youla. 

À côté de La Petite Damba, Tak Corporate, une start-up qui produit et conditionne les produits agricoles guinéens, a fait du fonio un de ses produits phares. Son fonio conditionné et mis dans un emballage biodégradable par Tak Corporate est, également, à la conquête du marché international.

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