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Agriculture

La gomme arabique, l’or du Sahel

Une qualité reconnue et une demande solide : la gomme arabique représente une manne essentielle pour le Tchad. Reste à améliorer les conditions de récolte, à réduire les coûts d’exportation, avant d’envisager de se tourner vers la transformation.

La gomme arabique, exsudat de l’acacia, est utilisée principalement comme additif alimentaire (E414) dans la confiserie, les sodas (dont le Coca-Cola) ainsi que la cosmétique, la production pharmaceutique et aujourd’hui diététique. Ce produit de rente fait entrer des devises, bien que face à son grand concurrent soudanais, le Tchad enclavé souffre de la difficulté à exporter. 

Le coût du transport terrestre le pénalise : il faut acheminer la marchandise par camion et train jusqu’à Douala, au Cameroun, voie des exportations maritimes vers la France et les États- Unis. L’Inde, traditionnellement acheteur au Nigeria, se tourne davantage vers le Tchad. 

Ahmat Al Bachir, président de l’Action tchadienne pour la promotion de la gomme arabique (ATPGA), est un des principaux acteurs de la filière. Exportateur de gomme et plus récemment de sésame, il préside l’association des exportateurs, depuis une dizaine d’années. Le secteur est très concentré : l’ATPGA comprend huit exportateurs – dont les cinq premiers contrôlent l’essentiel du marché – 18 commerçants, et est en contact avec 72 groupements et unions de producteurs et collecteurs. Al Bachir se souvient de ses débuts, en 1986 : il travaillait alors à Air Afrique, et sa curiosité a été piquée par ce produit alors peu connu qu’il voyait partir en avion vers l’Europe, par petites quantités, entre deux et cinq tonnes… Et s’est lancé. 

Depuis deux ans, il a pris le relais à la tête de l’ ATPGA du « père de la gomme » au Tchad, Abdoulaye Djonouma, l’homme à l’origine du développement de la filière. 

Pour lui, la gomme arabique est « un cadeau du ciel, qui rapporte plus que le reste ». Et un secteur essentiel à développer, disposant d’un potentiel énorme pour « une matière en outre très naturelle ». Le secteur est porteur d’espoir, car « la demande mondiale est là », elle estd’environ 50 000 tonnes par an, et de plus en plus forte. Même si la filière est également extrêmement soumise à la fluctuation des cours et aux aléas climatiques. 

La filière et les ONG assurent la formation qualité, pour que la gomme soit la plus pure possible, dans le respect des normes. À N’Djamena, 300 femmes sont employées dans les usines de triage et de nettoyage.

La gomme se décline en deux qualités. La première (Acacia Sénégal, samoukh kitir, blanche ou gomme dure) est utilisée pour les produits pharmaceutiques et les sodas ; la seconde (Acacia seyal, samoukh talah, rouge, ou gomme friable) est davantage destinée à la confiserie. Le Soudan produit surtout la première qualité, le Tchad la seconde : il est le premier exportateur de gomme talah. L’État est « conscient de la nécessité de protéger l’acacia », note Ahmat Al Bachir. Il s’agit principalement d’éviter que les arbres ne soient coupés pour le bois de chauffe, méthode de cuisine traditionnelle généralisée au Tchad. D’où les subventions pour trouver d’autres formules, principalement les fours à gaz, mais aussi solaires… « La population a désormais conscience de la valeur de ces épineux. » 

Activité pénible, mais ne nécessitant pas de lourds investissements de départ, l’exploitation de la gomme arabique a débuté dans les années 1960, mais son essor au Tchad date des années 1990. La filière est très aidée depuis cette époque par les bailleurs (FAO, PNUD, AFD, Programme d’appui à la filière gomme arabique de l’UE…) et les ONG, comme SOS-Sahel : de nombreuses opérations d’appui technique, de formation des cueilleurs, encadrés pour la saignée, sont menées, ainsi qu’en parallèle, des actions de scolarisation, de creusage des puits… et de résolution des conflits autour de la possession et de l’exploitation de ces épineux. 

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