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Agriculture

Guinée : L’élevage amorce sa modernisation

S’appuyant sur d’énormes potentialités naturelles, le gouvernement guinéen modernise le secteur de l’élevage pour accroître sa contribution au développement économique du pays.

Conakry, Tokpanan Doré

Le gouvernement guinéen a organisé, en juin 2018, les premières Journées nationales de l’élevage à Labé. Le choix de cette ville située à 440 kilomètres de la capitale Conakry n’est pas fortuit. Berceau des éleveurs peulhs, Labé est un chef-lieu de la Moyenne-Guinée, région à forte tradition pastorale.

Durant deux jours, le gouvernement – à sa tête le président Alpha Condé –, les partenaires techniques et financiers et les éleveurs ont échangé leurs points de vue autour du programme national d’élevage qui vise la modernisation du secteur à travers la formation des acteurs et l’intensification des productions animales.

Une modernisation déjà amorcée par la formation d’une vingtaine de jeunes inséminateurs au Maroc, l’introduction de nouvelles races bovines, caprines et porcines… À Labé, le Président a officiellement lancé le programme national d’insémination artificielle bovine. Un programme à 300 000 éleveurs de 20 des 33 préfectures du pays.

Le plan de développement de l’élevage vise également l’installation de couvoirs modernes dans les zones de production avicole. Ainsi que la construction d’abattoirs frigorifiques dans les grands centres urbains. Grâce à un partenariat public-privé, le premier abattoir moderne est en construction dans la périphérie de Conakry.

« Nous espérons marcher sur les pas des grands pays d’Amérique du Sud qui ont les mêmes atouts naturels que la Guinée à savoir, entre autres, la disponibilité de l’eau et le pâturage », explique Mohamed Kagnassy, PDG de West Wind Elevage et partenaire technique du gouvernement guinéen dans la mise en oeuvre du programme national d’élevage.

« Au-delà de la réponse aux besoins nationaux, nous ambitionnons d’exporter », poursuit le conseiller qui met en avant un des avantages de la Guinée dans la région : être un pays côtier. Donc, un pays qui peut facilement exporter ses productions animales.

Réduire les importations

Avant d’en arriver à l’exportation, le gouvernement va devoir répondre aux besoins alimentaires nationaux. Le marché guinéen de la viande, approvisionné essentiellement par la production locale, est souvent marqué par une flambée des prix et parfois à une rupture d’approvisionnement en viande durant les périodes de fête.

Pour autant, les quantités de viande de volailles importées sont largement supérieures à celles fournies par la production nationale. Selon le ministère en charge de l’Investissement, les importations de viande de volailles en 2016 (32 488 tonnes) ont représenté 88 % des importations totales de viande à la même année. Elles ont représenté près du triple de la production nationale, estimée à la même période à 11 978 tonnes.

Pour Alpha Condé, stopper la coûteuse importation de viande de poulet passe par la diminution du coût de production. « Les poulets importés sont chers. Nous avons donc commandé des couveuses dont chacune pond 120 000 poussins tous les 21 jours. Aux femmes, nous allons vendre les poussins à 1 000 francs guinéens (0,09 euro), et elles n’auront besoin que de 4 000 francs guinéens d’alimentation de volailles… À moins de deux mois, elles auront donc un poulet qui pèse deux kilos », a promis le président guinéen lors des journées de l’élevage.

Il estime qu’un poulet sera vendu à 25 000 francs guinéens pour seulement un effort financier de 5 000 francs. En attendant l’installation des couvoirs, les aviculteurs continuent d’importer des poussins qui peuvent parfois leur coûter jusqu’à 8 000 francs guinéens l’unité.

Une filière bovine à encourager

Pourtant la production laitière nationale reste faible. Reprenant des chiffres de la douane guinéenne, Mamadou Alpha Gadhiry Diallo, enseignant à l’Institut de la médecine vétérinaire de Dalabaindique qu’en 2016, le pays a importé 10 millions de dollars de lait et de produits laitiers.

Soit 10 fois le budget alloué au ministère de l’Élevage et des productions animales la même année. Une forte importation qu’il explique en partie par la race bovine traditionnellement élevée en Guinée. « La Guinée est le berceau de la race N’Dama. Les scientifiques sont unanimes quant à la faiblesse du potentiel laitier de cette race.

Le gouvernement doit finaliser le schéma directeur d’aménagement des espaces pastoraux. La délimitation et l’aménagement des espaces permettraient d’éviter les conflits entre éleveurs et agriculteurs.

Sa production laitière journalière, en moyenne, varie d’1,5 litre en saison sèche et à 2,5 litres en saison pluvieuse pour une lactation de 280 jours. Sa congénère européenne peut produire jusqu’à 30 litres par jour pour une lactation équivalente ou plus », explique l’enseignant. Partant de cette explication, Diallo encourage l’insémination lancée par le gouvernement tout en recommandant qu’elle s’inscrive dans un programme de développement d’une filière (viande ou lait). « L’autre objectif est bien sûr de créer une filière. Nous sommes conscients que c’est ce qui nous permettra d’aller loin », réplique Mohamed Kagnassy.

Des atouts naturels

En Guinée-Forestière, à quelque 500 kilomètres de la Moyenne-Guinée et à près de 1 000 kilomètres du littoral, le programme national vise le développement de l’élevage porcin. Une race de porc importée du Brésil semble pouvoir dynamiser la production locale. « Ce sont des truies bien grasses. Elles donnent beaucoup plus de porcelets que les races traditionnellement connues ici », apprécie Eugène Lamah, éleveur porcin dans la région de N’Zérékoré.

D’autre part, dans cette région du sud de la Guinée, la pisciculture désignée avec l’aviculture comme des priorités dans le domaine de l’élevage, donne également des résultats probants. « Je me suis mis d’accord avec l’AFD (Agence française de développement) pour l’accompagnement de la pisciculture guinéenne. Notre objectif est que les régions de la Moyenne-Guinée, de la Haute-Guinée et de la Guinée-Forestière ne dépendent pas du poisson qui provient de Conakry », ambitionne le président Condé. Des géniteurs sont donc disséminés dans d’autres préfectures du pays.

La Guinée devrait rapidement atteindre l’objectif visé. À condition que les intrants soient fournis et les acteurs formés. En effet, le pays dispose d’atouts favorables à l’élevage : diversité des conditions agroécologiques, une base productive constituée de pâturages naturels d’environ 70 000 km2 avec près de 350 espèces fourragères, des ressources en eau constituées de plusieurs bassins fluviaux, disponibilité de sous-produits agricoles et agro-industriels pour l’alimentation de bétail…

Des avantages concurrentiels mis en avant pour attirer les investisseurs. Mais le gouvernement doit finaliser le schéma directeur d’aménagement des espaces pastoraux. Étant donné que l’élevage pastoral domine encore, la délimitation et l’aménagement des espaces pastoraux permettraient d’éviter les récurrents conflits entre éleveurs et agriculteurs. « L’aménagement et la gestion des espaces pastoraux constituent un socle important dans le processus de modernisation de notre élevage », reconnaît Roger Patrick Millimono, le ministre de l’Élevage et des productions animales.

Le gouvernement devrait également intensifier sa lutte contre les maladies qui déciment le cheptel. Le charbon, la fièvre aphteuse, la pseudopeste aviaire ou encore la péripneumonie contagieuse bovine sont un casse-tête pour les éleveurs. La relance du laboratoire de production de vaccins de Kindia, à une centaine de kilomètres de Conakry, apporterait un grand soutien à la lutte contre les maladies des animaux.

Enfin, en vue d’adapter la législation guinéenne à l’évolution du secteur, le gouvernement guinéen a révisé le Code de l’élevage et des produits animaux. La version corrigée adapte le Code au droit national et à la réglementation internationale. Les vides juridiques ont donc été comblés.

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