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Agriculture

Bois du Congo : encore un effort

Le Congo exploite encore trop peu son immense potentiel forestier, en dépit des progrès réalisés ces dernières années. L’industrie est trop tournée vers l’exportation de bois brut, la transformation peinant à trouver sa vitesse de croisière.

D’années en années, les rapports officiels sur la filière bois ne cessent de le répéter : « Il faut transformer au moins 85 % de la production de grumes, comme fait obligation le Code forestier de 2002, et développer la deuxième et la troisième transformations. » Ce souhait a du mal à devenir réalité.

Des efforts ont été fournis, au niveau de la première transformation du moins (sciage et déroulage) : en 2002, la production de grumes s’affichait à 1,179 million m3 et celle des sciages à 169 135 m3. Dix ans plus tard, elles étaient respectivement de 1,405 million m3 et de 288 072 m3. Sur la même période, la production de déroulés est passée de 22 484 m3 à 46 261 m3 et celle de contreplaqués de 4 078 m3 à 24 525 m3.

Bien que gagnant du terrain, la transformation n’a pas atteint les niveaux escomptés, alors que la capacité installée est estimée à 1 500 000 m3. Son taux d’utilisation oscille, selon les années, entre 50 % et 60 % et présente de fortes disparités selon les sociétés et les départements du Congo. Les compagnies forestières installées dans le Nord forestier (départements de la Sangha, de la Likouala, de la Cuvette et de la Cuvette Ouest) affichent des pics de 85 % à 95 %. En revanche, dans la partie Sud, l’utilisation des capacités retombe à 30 %, les sociétés qui y sont établies, en particulier les opérateurs asiatiques, étant davantage tournées vers l’exportation de grumes. Ainsi, bien qu’en recul, l’exportation de bois brut reste une pratique dominante.

Autre constat, la transformation est majoritairement axée sur le sciage, l’activité la plus importante et la plus ancienne de l’industrie forestière congolaise, en termes de volumes, ainsi que le déroulage. Et plus marginalement sur le tranchage. Sur ce segment également, les situations diffèrent selon les régions. Sur les 34 unités (scieries) que compte le Congo, les plus grandes sont installées dans le Nord du pays (Compagnie industrielle des bois-Olam, Mokabi, Ifo, Likouala Timber). Dans la partie Sud, les unités sont plus rares, mais elles pratiquent toutes le déroulage et même le tranchage.

La deuxième transformation, pour sa part, peine à se structurer. Elle fait intervenir trois types d’acteurs. Primo, de grandes sociétés comme Ifo, Mokabi, CIB et Likouala Timber dans le Nord, ainsi que Timco, la plus grosse menuiserie industrielle du Congo, et Ngalas à Brazzaville. Secundo, des menuiseries plus petites, mais bien équipées et offrant des produits de qualité. La troisième catégorie inclut des menuiseries semi-industrielles, très nombreuses à Brazzaville et à Pointe Noire, et présentes également à Dolisie et à Ouesso. « Après les guerres des années 1990, les besoins en reconstruction, de maisons notamment, ont fait éclore ces petites unités par dizaines. Elles sont bien outillées, mais elles ont un problème de main-d’œuvre qualifiée. Du coup, leurs produits ne sont pas de très bonne qualité », relate Maurice Elion, membre de la direction générale de l’Économie forestière.

Aux côtés de ces unités, on trouve une multitude de petits menuisiers artisanaux, qui opèrent dans l’informel. Ils n’ont pas de matériel, mais ils ont le savoir-faire pour la plupart. Ils louent donc les outils dont ils ont besoin à des sortes de sous-traitants et assemblent eux-mêmes le produit chez eux.

Pénurie d’énergie et de main-d’œuvre

Bien que représentée par une nuée de moyennes et de très petites entreprises, l’activité de menuiserie a un poids limité dans la filière. La raison ? Les grandes sociétés renâclent souvent à installer ce type d’unité, pourtant prévue dans les conventions. Les prix, notamment des bois sciés, sont plus rémunérateurs à l’export. En outre, à quoi bon produire pour un marché local qui paie en francs CFA alors que les fournisseurs, payables en devises, sont à l’étranger ?

Le manque d’énergie pour faire fonctionner les unités, les petites menuiseries n’ayant pas les moyens de s’offrir un groupe électrogène, est un autre obstacle. La pénurie de main-d’œuvre qualifiée et le coût élevé du transport pour l’évacuation du bois et des produits vers les centres de consommation et le financement constituent d’autres freins. Si les sociétés forestières autofinancent leurs activités ou recourent à des institutions bancaires extérieures, les petites menuiseries n’ont pas accès au crédit bancaire et ont peu d’épargne. Difficile, dans ces conditions, d’investir dans la formation et l’achat d’outils plus performants.

Toutefois, ce sont les problèmes d’approvisionnement en bois de bonne qualité et à des prix abordables qui posent le plus problème. Que ce soit sous forme de grumes ou de bois sciés, les productions des grandes sociétés forestières sont majoritairement exportées. Vers l’Asie (Inde, Chine, Malaisie), le Liban et l’Union européenne. Du coup, « l’exportation de sciages plombe la consommation locale en bois sciés et freine la production. En outre, nous manquons de dépôts de stockage », explique Peguy Joseph Dimboutéla, chef du service forêt à la direction départementale de l’Économie forestière de la Likouala.

Un déficit qui favorise les sciages informels et les coupes illégales ou frauduleuses. Dans les centres urbains, et particulièrement à Brazzaville, les artisans menuisiers s’approvisionnent auprès de quincailliers, qui se ravitaillent, eux-mêmes chez des dépositaires ou auprès de coupeurs artisanaux qui opèrent dans des domaines privés, souvent familiaux.

Le goût pour les meubles importés

« Seules les menuiseries industrielles qui n’ont pas de concessions forestières ou les sociétés de bâtiment se fournissent directement chez les grands exploitants forestiers. Les petits n’ont pas les moyens d’acheter de grosses quantités », informe Dévoué Boukaka Ouadiabantou, président du GIE Chaîne de valeurs meubles en bois, qui regroupe les acteurs de la filière, depuis les coupeurs jusqu’aux revendeurs de meubles, en passant par les transporteurs, les dépositaires et les menuisiers. Autant dire que le nombre élevé d’intermédiaires concourt à l’augmentation des prix des produits finis.

Le faible pouvoir d’achat des populations n’arrange pas les intérêts des menuiseries. Ni les habitudes de consommation. Force est de constater que les Congolais ont une préférence pour les produits importés. « Ils achètent des meubles et des chaises en plastique importées généralement de Chine. Même l’administration se fournit à l’étranger. Rares sont ceux qui passent commande auprès d’un menuisier local », déplore un cadre du ministère de l’Économie forestière. Il est vrai que la mauvaise qualité des produits et les mauvaises finitions découragent la clientèle.

Cause et conséquence de l’ensemble de ces facteurs, l’offre locale est limitée à quelques produits, ceux qu’il est difficile d’importer, car trop chers. Les plus demandés sont les lits et les armoires, les escaliers, les charpentes, ainsi que les portes et encadrements de fenêtres, « les cadres en aluminium importées étant inaccessibles aux petites bourses », signale Dévoué Boukaka.

Formation et qualité

Quelles solutions pour favoriser la deuxième transformation ? « On peut doper l’activité des unités, des grandes surtout, avec des commandes publiques, par exemple de tables et de bancs destinés aux écoles. Une fois le processus amorcé, la demande privée peut prendre le relais. », suggère un conseiller du ministère du Plan. La balle est aussi dans le camp des menuisiers. Outre le GIE « chaîne de valeurs meubles en bois », une initiative récente à renforcer, « nous devons inciter les artisans à se former pour améliorer la qualité des produits ce qui permettrait d’élargir la clientèle et d’atteindre ceux qui ont un bon pouvoir d’achat », insiste Dévoué Boukaka. Des mesures à compléter par des actions de formation des jeunes aux métiers du bois et de la construction pour assurer la relève. Par des mesures incitatives pour aider les artisans à se hisser au niveau semi-industriel et abaisser le prix du bois et du transport. Par l’élaboration de normes et de standards pour le bois local. Un recensement des menuiseries est engagé pour connaître les capacités installées, évaluer les outils et la demande en bois. C’est sur cette base que « l’on demandera aux sociétés forestières de fournir les quantités de bois nécessaires et d’alimenter des dépôts dans les grandes villes. Quant aux menuisiers, ils devront se regrouper en coopératives et ouvrir des espaces d’exposition pour faire connaître leurs produits. », signale Elion.

Sans oublier les campagnes de promotion du made in Congo, auxquelles l’État pourrait participer. « Nous devons aussi faire des efforts de marketing pour valoriser nos productions et changer les habitudes de consommation », conclut Dévoué Boukaka.

ENCADRÉ

La filière bois en chiffres 

La forêt dense s’étend sur quelque 22,5 millions d’hectares, soit 65 % de la superficie du Congo. La production forestière et industrielle de bois se concentre dans le secteur Nord (15 millions d’hectares), avec plus de 70 % des volumes produits. Parmi les essences qui y sont exploitées, domine le sapelli. Les 30 % restants proviennent des massifs du Chaillu (3,5 millions d’hectares), et du Mayombe (1,5 million d’ha), situés dans la partie Sud, riche en essences limba et okoumé, dont le niveau d’écrémage devient préoccupant. Le potentiel exploitable est estimé à 2 millions m3.

ENCADRÉ

L’éco-construction avec la CIB et Likouala Timber 

La troisième transformation, basée sur la construction de maisons en bois, se développe très timidement au Congo, où son marché est limité à une clientèle très aisée. L’impulsion est venue du département de l’Économie forestière, qui encourage les maisons écologiques en bois et à ossature bois, l’objectif étant de valoriser les essences locales, notamment ceux peu ou mal connues et de mettre à disposition des Congolais un habitat écologique de qualité. Deux sociétés, CIB-Olam et Likouala Timber, se sont engagées sur ce créneau. La première propose des maisons en bois massif et la seconde des maisons en lamellé collé. Pour l’heure, seules quelques maisons ont été construites. Il faudra du temps pour convaincre les Congolais que le bois est un matériau noble pour l’habitat.

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