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Agriculture

Bénin : Les secrets de la révolution cotonnière

En passant de 324 000 tonnes en 2016 à 530 000 t prévues en 2018, le Bénin intègre le trio de tête de la production de l’or blanc en Afrique, devant la Côte d’Ivoire et derrière le Mali et le Burkina Faso. Pourtant, la filière est au coeur de toutes les polémiques.

Cotonou, Max-Savi Carmel

Début février, en réceptionnant symboliquement au port de Coto­nou la première vague des intrants agricoles, le ministre de l’Agricul­ture donne le ton de l’ambitieuse vision au coeur de laquelle le gouvernement béninois inscrit la production cotonnière : « Notre défi pour cette année est double, battre le record de la campagne précédente tout en intensi­fiant la production pour la campagne 2019- 2020 », lance Gaston Dossouhoui.

Devancer le Burkina Faso, désormais deuxième tandis que le Mali a pris l’année dernière la tête de file de la production. Un défi d’autant plus audacieux que le pays des hommes intègres a réajusté sa politique pour retrouver sa place perdue.

À défaut du pétrole et d’autres richesses minières, le Bénin recentre sa poli­tique agricole autour de la fibre de coton. Une politique dénoncée par une partie de la société civile qui y voit la main de Patrice Talon, dont les entreprises avaient le monopole du secteur.

D’ailleurs, la Sodeco, sa société, est au coeur de cette révolution cotonnière. « En investissant dans le coton, Talon remplit ses proches poches », regrette un député de la majorité présiden­tielle avant d’atteindre 451 000 tonnes pour 2016-2017.

Le pays espère 530 000 tonnes soit le pic historique de sa production pour 2018. Un miracle d’autant qu’entre 2008 et 2010, la principale culture rentière du pays a connu un sort moins heureux : la production avait chuté jusqu’à tourner autour des 100 000 tonnes en 2009.

Améliorer le revenu des producteurs

Depuis, ce petit pays, qui n’a que très peu de ressources minières, veut faire du coton la principale force de sa croissance économique qui, avec 6 % prévus pour cette année, est des meilleures de la sous-région. « Maintenir la croissance et la renforcer dans les prochaines années », est le principal objectif du ministre de l’Agriculture.

Et le coton a une place de choix dans la stratégie. L’exécutif met les moyens en baissant le coût des intrants par une augmen­tation de plus de 50 % de la subvention. Et surtout, en livrant les intrants dans «un délai raisonnable» pour éviter, selon le ministre de l’Agriculture «des désagréments qui nuisent à la production».

Pour y arriver, le gouvernement doit davantage agir en faveur du revenu des producteurs, et permettre une croissance régu­lière de leurs gains. «Si le coton ne nous permet pas de vivre décemment, nous ne pourrons pas encourager nos enfants à suivre nos pas», met en garde Léonard Hountondji, 69 ans dont plus de la moitié consacrée la culture du coton.

Rassurer les acteurs de la chaîne

Constituant 44 % des exportations dans un pays où l’agriculture est la principale acti­vité économique avec une contribution de 34,3 % au PIB, le coton fait figure d’or blanc. La filière est aussi celle de toutes les polé­miques.

Au-delà du phénomène de détourne­ment d’intrants vers des pays voisins comme le Togo dont la production n’est pas des moindres, le secteur connaît parfois l’impor­tation d’intrants avariés. « L’engrais n’est pas toujours de qualité », selon un chef de coopé…­

Le Bénin vise la deuxième place de la production sur le continent d’ici 2020. L’exercice 2019-2020 constituera la dernière campagne cotonnière avant les hostilités électorales pour la magistrature suprême, prévue en 2021.

…rative de production à Djougou, 550 km de Cotonou, qui met en cause la corruption au sommet. Mais la principale préoccupation des producteurs est le prix d’achat. Fixé à 260 F.CFA l’année dernière, le prix du kilogramme de coton a chuté de 10 F.CFA par rapport à la campagne précédente.

Les producteurs espèrent une augmentation rapide et accusent le gouvernement de fixer unilatéralement le prix. « Avec un kilo à 260 francs, ma marge de bénéfice ne me permet pas de vivre toute l’année », confie Léonard Houngbédji, qui est obligé de mener d’autres activités pour « joindre les deux bouts ». Plusieurs de ses enfants ont abandonné le coton pour un autre produit plus rentable, comme l’acajou.

Au ministère de l’Agriculture, « la préoc­cupation des producteurs est prise en compte » ; le ministre promet d’y veiller personnelle­ment. « Promesse déjà entendue chez plusieurs ministres et jamais tenues », ironise Jean Dougba qui se consacre depuis trois ans à la culture de soja au détriment du coton.

La campagne des grands défis : 2019-2020

Le gouvernement doit donc prendre des mesures sociales d’accompagnement notam­ment des paysans s’il veut maintenir le Bénin dans le trio africain des grands producteurs et surtout, s’il tient à arracher la deuxième place au Burkina Faso, d’ici à 2020.

Au-delà des producteurs, d’autres acteurs se plaignent ,notamment les transporteurs qui, à la veille de chaque campagne, exigent de meilleures conditions de travail et surtout, « un salaire conséquent ». Car, ne disposant pas d’usines de transformation, le Bénin exporte la tota­lité de sa production, ce qui est un énorme manque à gagner.

L’exercice 2019-2020 constituera la dernière campagne cotonnière avant les hostilités électorales pour la magistrature suprême, prévue en 2021. Si Patrice Talon a été élu en promettant de n’exercer qu’un seul mandat, on sait qu’il n’écarte plus l’hy­pothèse de se représenter.

«En fonction des résultats et de mon état de santé, j’aviserai…», a-t-il lâché lors d’une rencontre avec la dias­pora béninoise en France. Nuançant ainsi sa promesse de campagne de mandat unique. Et à propos de résultat, la principale produc­tion agricole du pays sera au coeur du bilan.

La réussite du secteur cotonnier est capitale pour drainer l’électorat du nord du pays. Cette région compte, à elle seule, 80 % des cotoncul­teurs du Bénin et avait voté largement contre Patrice Talon lors de la présidentielle de 2016. Pour parvenir à renverser la tendance – qu’il se présente lui-même ou qu’il choisisse un dauphin –, Talon doit augmenter le pouvoir d’achat des producteurs et à les convaincre qu’il est «le Président de l’or blanc».

D’autant qu’avec ses 451 000 t de produc­tion, le Bénin se retrouve certes à la troisième place, mais il pourrait être vite rattrapé par la Côte d’Ivoire, qui a produit 328090 t de coton graine en 206-2017. À son tour, Abidjan vient d’annoncer son plan de redynamisation de la filière.

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