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Togo : Chocotogo le chocolat 100 % naturel

Produit, transformé et dégusté au Togo, le chocolat bio de Chocotogo fait le pari de la transformation en Afrique. Un marché de niche destiné à s’agrandir à l’international.

Par Djamila Colleu

Chocolat bio Made in Togo ? Voilà qui est possible depuis la nais­sance de Chocotogo en 2013. Une première, comme le revendique l’artisan du projet, Komi Agbokou : « Le cacao introduit par la colonisation au Togo en 1884 n’a jamais subi une transformation. Nos parents se contentaient depuis plus d’un siècle d’en assurer la cueillette, la fermentation, le séchage et de l’exporter».

Si le continent repré­sente trois quarts de la production mondiale de cacao, il ne transformait, jusqu’à peu, quasiment pas sa production. De son côté, la consommation de chocolat de l’Afrique est infime : 3 % seulement du marché mondial.

Dans ce paysage, le Togo, producteur moyen d’environ 10 000 tonnes de cacao brut chaque année, fait office de poids plume à côté des leaders africains qui dominent la production mondiale comme la Côte d’Ivoire avec 1,75 million de tonnes, le Ghana avec plus de 696 000 tonnes, ou le Cameroun et le Nigeria avec plus de 200 000 tonnes chacun.

Pariant sur la qualité et le commerce équitable, la cheville ouvrière de l’aventure Chocotogo, Komi Agbokou, jeune quadra­génaire, psychologue de formation, souhaite motiver les jeunes diplômés à entreprendre et à transformer les produits locaux. C’est ainsi que ses recherches l’entraînent vers la découverte d’une niche : celle de la fabrication du chocolat.

La culture bio est l’avenir du pays, que ce soit pour la tomate, le fonio ou tout autre produit. Inciter les jeunes à transformer et à consommer local est la meilleure façon de ne pas dépendre de l’extérieur.

Le pari audacieux de transformer le cacao en chocolat bio bénéficiant d’un label est né. C’est à la faveur du projet Fair Young Sustainable Inclusive and Cooperative (FYSIC) de l’Union européenne, que soixante jeunes demandeurs d’emploi sont formés à l’entre­preneuriat dans le domaine agricole.

À l’issue de cette première étape, sept d’entre eux, dont Komi Agbokou, se rendent à Modica en Sicile avec 18 autres jeunes venant de Côte d’Ivoire, de République tchèque et d’Italie.

C’est dans ce temple sicilien du chocolat à l’ancienne, où les techniques de transformation de la fève de cacao héritées de la civilisation aztèque remontent à la colonisation espagnole, que les jeunes apprennent à fabriquer le choco­lat. Une fois revenus au Togo, leur défi est de passer de ces méthodes empiriques à la réalité.

Savoir attendre la rentabilité

Première étape, la création de la coopéra­tive Chocotogo en novembre 2014 rassemble douze jeunes, ingénieurs, agronomes, tech­niciens biologiques qui décident de mutua­liser leurs compétences. Komi Agbokou se souvient : « Au début personne ne voulait nous écouter. Nous n’étions pas pris au sérieux. Car pour développer une unité de transformation il faut au minimum 100 000 euros. L’année 2014 a été une période de tâtonnement, d’expé­rimentation pour parfaire le procédé de trans­formation des fèves de cacao en pâte, maîtriser le moulage, peaufiner l’emballage».

Avant de noter « l’expérience acquise par les six jeunes, formés en Italie, est partagée. Au départ, tout repose sur nos fonds propres, notre expertise et notre implication ; la contribution personnelle et l’investissement consacré au projet étant reconvertis sous forme d’actions. Chacun a mis la main à la pâte ! Certains ont démissionné car pendant plus d’un an le projet n’est pas rémunérateur».

Désormais, l’unité de transformation est bien en place ; elle repose sur des procédés traditionnels : «Les fèves de cacao biologique cultivées par 1 500 petits exploitants de la région d’Akébou, au sud-ouest du Togo, sont décortiquées par une quarantaine de femmes de la région, puis transformées à Lomé, en chocolat bio. Choco Togo, 100 % naturel et à très forte teneur en cacao (60 % à 100 %), se destine surtout au marché local pour four­nir un chocolat de bonne qualité à nos popu­lations».

Une tablette de chocolat de 80 grammes coûte 1 000 F.CFA, la plus petite de 12 g coûte 200 F.CFA emballée et 100 F.CFA non emballée. « Face à une température très élevée, nous avons choisi de fabriquer du granuleux qui ne fond pas en dessous de 35°. Le matériau est pratique pour les nombreux foyers qui ne sont pas équipés de réfrigérateur et pour les commerçants des marchés qui voudraient les proposer sur leurs étals. Pour ceux qui disposent d’un réfrigérateur, nous proposons le fondant », précise Komi Agbokou.

Un parcours semé d’embûches

L’entreprise est passée de la production d’une tonne de chocolat en 2015 à deux tonnes en 2016 et vise les cinq à sept tonnes cette année. À terme, l’enjeu est de se déve­lopper à l’international.

Invitée d’honneur du salon interna­tional du chocolat à Bruxelles, présente dans les foires de Paris et Milan, lauréate de nombreux prix, la jeune coopérative pour­suit son ascension ; elle organise la mise sur le marché d’une nouvelle gamme de produits et la diffusion de ses produits dans la majo­rité des supermarchés du Togo.

La volonté d’entreprendre est inscrite dans les gènes de Chocotogo. Non sans embûches : le déficit de connexion Internet qui pénalise la jeune activité et l’ouverture à l’international. Il faut souvent aux managers travailler la nuit pour bénéficier d’une connexion satisfaisante…

Une filière organisée

Au-delà de la seule création d’emploi, la jeune coopérative ambitionne de faire découvrir le goût du chocolat aux Togolais afin qu’ils puissent enfin déguster le fruit de leurs cacaoyers. L’anecdote que raconte Komi Agboko illustre ce paradoxe de produire pour exporter sans jamais transformer.

« À l’occa­sion d’une tournée en 2015 dans les fermes de cacao, nous avons rencontré le président du groupement des producteurs de café cacao d’Akébo qui vit dans sa ferme avec sa mère âgée de 80 ans et ses petits-enfants. Ce sont quatre générations de producteurs de cacao qui n’avaient jamais mangé de chocolat ! »

Implantée par la colonisation allemande, la filière cacao a été délaissée pendant plus de vingt ans. Ne bénéficiant d’aucune subvention, sa libéralisation a donné lieu à la création du Comité de coordination pour les filières café-cacao (CCFCC), chargé de fixer les prix. La famille des producteurs, des exportateurs et des transformateurs, dont fait partie Chocotogo, est quant à elle réunie au sein du Conseil interprofession­nel de la filière cacao, CICC-Togo, axé sur la réalité de la filière, l’amélioration de son fonctionnement et de la qualité de ses produits.

« Nous sommes très impliqués dans la filière en tant que maillon final, commente Komi Agboku. Notre particularité est d’innover. Nous avons un message en direction de la jeunesse : c’est possible. Notre modèle ne repose sur aucune aide financière, mais sur notre capacité à nous organiser en coopérative, pour partager des connaissances, un savoir-faire et des ressources.

Pour Komi Agboku « notre réussite repose également sur ce modèle économique de la coopérative. Et dans le domaine de la production agricole, la culture bio est l’avenir du pays, que ce soit pour la tomate, le fonio ou tout autre produit. Inciter les jeunes à transfor­mer et à consommer local est la meilleure façon de ne pas dépendre de l’extérieur. C’est un modèle dont nous sommes fiers».

Pari réussi du Made in Africa, l’aventure Chocotogo sillonnera les routes du Togo du 14 juillet au 6 août 2017 pour distribuer du chocolat bio issu du terroir.

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