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100 premières banques d’Afrique

Ce numéro contient le classement annuel des 100 premières banques africaines. Le classement des 100 premières banques francophones sera publié dans le prochain numéro. Dossier réalisé par Neil Ford

Compte tenu du nombre d’articles consacrés à l’expansion du secteur bancaire en Afrique ces dernières années, on pourrait aisément croire que le continent est aujourd’hui saturé d’établissements financiers, et que l’on trouve un distributeur automatique à chaque coin de rue. En réalité, le taux de pénétration bancaire dans les marchés les plus vastes ne dépasse pas 36 %, selon KPMG ; les opportunités d’expansion restent donc nombreuses. Les géants africains du continent, dont l’établissement ouest-africain Ecobank, les banques marocaines et les « quatre géants » sud-africains, poursuivent leurs efforts pour exporter leur modèle au-delà de leurs frontières. Parallèlement, la banque islamique va enfin être lancée au Maroc, tandis que Standard Bank affirme qu’il existe des opportunités « incroyables » à saisir en Afrique de l’Ouest francophone. Mais le succès à court terme du secteur reste dépendant de la stabilité économique et politique – un luxe que certains des plus grands marchés du continent n’ont pas réussi à s’offrir cette année. L’incertitude paralyse le secteur bancaire nigérian alors que les analystes ne savent pas encore quelle politique économique le président Buhari va adopter. De même, le malaise économique en Afrique du Sud – exacerbé par le recul du prix des matières premières et la faiblesse de la monnaie – incite les banques du pays à rechercher ailleurs des perspectives de croissance, qu’elles pourraient trouver en Afrique centrale – vaste marché inexploité où les acteurs régionaux sont rares. 

Bonne résistance aux aléas

Le secteur bancaire africain a connu une relative bonne année, bien qu’en termes de dollars il semble ne pas avoir progressé. Il continue d’attirer les investisseurs et enregistre toujours de bonnes performances par rapport aux banques des autres régions du monde, même si 2015 est une année difficile en raison de la chute des prix des matières premières et de l’affaiblissement des devises en Afrique. 

Dans une banque microfinance

Nous avons classé les banques selon les fonds propres de catégorie 1, qui est un indicateur de leur solidité. Nous citons également leur bilan (qui reflète la taille d’une banque) et leur résultat net (soit leurs performances). Ces trois chiffres donnent une idée de la position d’une banque par rapport aux autres. 

Le total des fonds propres de catégorie 1 des 100 premières banques d’Afrique s’élève à 99 milliards $ dans notre classement 2015, soit une légère diminution par rapport à l’an dernier où le seuil des 100 milliards $ avait été franchi. Les bilans combinés ont également fléchi légèrement, passant en 12 mois de 1 194 milliards $ à 1 190 milliards $. Divers facteurs expliquent ces légères baisses, mais elles sont dues principalement au fait que le dollar est plus fort aujourd’hui par rapport à de nombreuses devises africaines. En termes de monnaie locale, la plupart des banques ont enregistré une solide croissance. Les monnaies sud-africaine et nigériane ont fortement décliné par rapport au dollar et cette tendance ne semble pas sur le point de cesser. La chute des monnaies est due pour une large part à l’incertitude politique et à la dépréciation des prix des matières premières africaines. 

Le nombre de banques africaines affichant plus de 1 milliard $ de fonds de propres est passé de 26 à 23, tandis que le seuil requis pour figurer dans notre classement a augmenté de 11 millions $ seulement pour s’établir à 177 millions $. 

Standard Bank est, sans conteste, la première banque d’Afrique : en termes de bilan, de résultat et, surtout, de fonds propres. Ses fonds propres, à 12,4 milliards $, ont diminué de 600 millions $ par rapport à l’an dernier, mais demeurent toujours nettement supérieurs aux 4,8 milliards $ de FirstRand. Nous avons utilisé les totaux de Standard Bank, tenant compte des résultats des diverses filiales mais même l’entité sud-africaine seule arriverait en tête du tableau, avec des fonds propres dépassant 6 milliards $. 

Changement notable cette année : Attijariwafa bank a enfin mis fin à la suprématie des quatre géants sud-africains en tête du classement. Les fonds propres du groupe marocain ont bondi de 3 milliards $ à 4,1 milliards $ en 2014 et ont augmenté plus modestement cette année pour atteindre 4,4 milliards $. Les banques sud-africaines et nord-africaines continuent d’occuper les premières places du tableau. 

Le bénéfice annuel hors éléments exceptionnels de Standard Bank, issu des services aux particuliers et aux entreprises, a progressé de 16 % au 1er semestre 2015, par rapport à la même période en 2014, pour se chiffrer à 4,81 milliards de rands (360 millions $). Cette hausse s’est accompagnée d’une augmentation similaire de ses revenus générés par la banque d’investissement et les services aux grandes entreprises, qui ont bondi de 18 % sur la même période pour s’établir à 4,55 milliards rands (341 millions $). Le bénéfice annuel hors éléments exceptionnels a totalisé 10,5 milliards rands (778 millions $) au 1er semestre 2015, une augmentation de 27 % par rapport à l’an passé, suite à l’abandon de sa filiale londonienne. 

Cette année, nous n’avons pas pu consolider les chiffres de Barclays Africa Group (BAG), mais nous avons inclus les résultats de chacune de ses entités. La plus performante est la filiale sud-africaine, ABSA, bien que le groupe ait réussi à atteindre dès cette année son objectif 2016 de générer 20 % à 25 % de son chiffre d’affaires hors d’Afrique du Sud. 

Au cours des prochaines années, la banque tient particulièrement à étendre ses activités liées aux PME. Il sera intéressant de voir à quelle rapidité elle parviendra à réaliser la plus grande partie de son résultat hors de l’Afrique du Sud. « Début 2014, nous avons mis en oeuvre une stratégie ambitieuse sur trois ans. Nous sommes aujourd’hui à mi-chemin et les résultats que nous avons obtenus montrent que notre stratégie est efficace et que nous sommes sur la bonne voie pour atteindre nos objectifs », précise la directrice générale, Maria Ramos. BAG souhaite prendre rapidement le contrôle des dernières banques africaines de la société mère. Maria Ramos a annoncé en juillet que BAG allait récupérer les filiales égyptienne et zimbabwéenne de Barclays, suite à la décision de son nouveau président exécutif, John McFarlane.

Répartition régionale 

Les deux filiales avaient été exclues des actifs intégrés au groupe lors de sa création en raison de la situation très instable sur ces deux marchés, mais il était prévu qu’elles soient incorporées dès que possible. Barclays possède Barclays Bank Egypt et détient une participation de 67,7 % dans Barclays Bank of Zimbabwe. Maria Ramos a également révélé que BAG avait demandé une licence bancaire aux autorités nigérianes plutôt que de chercher à acquérir une banque établie dans le pays. 

La répartition géographique des 100 premières banques d’Afrique s’est modifiée depuis notre classement 2014. Le nombre de banques nord-africaines figurant dans notre palmarès est passé de 47 à 40. L’Afrique australe récupère trois de ces places, et peut se targuer de compter 26 banques au classement, soit trois de plus que l’an dernier. Avec 20 établissements dans le Top 100, l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest gagnent deux places. L’Afrique de l’Est demeure sous-représentée par rapport à la taille de sa population. Kenya Commercial Bank est la mieux placée des banques de la région, mais n’accède qu’à la 39e position, bien que Nairobi soit un centre financier important. Néanmoins, la région continue de progresser. Elle ne possédait que 10 banques dans le classement en 2013, avant de passer à 12 l’an dernier puis 14 cette année. 

L’Afrique australe domine en termes de fonds propres de catégorie 1, avec 38,7 milliards $, et devance l’Afrique du Nord (36,4 milliards $). L’Afrique centrale et de l’Ouest suit avec 19,4 milliards $, loin devant l’Afrique de l’Est (4,1 milliards $), qui manque cruellement d’acteurs majeurs dans le secteur bancaire. Le déclin de l’Afrique du Nord dans le Top 100 s’explique en partie par notre décision d’exclure toutes les banques dont les résultats datent de plus de deux ans. Cela concerne toutes les banques de Libye, ainsi que quelques autres banques nord-africaines, telles que le Crédit populaire en Algérie et la Banque de l’habitat en Tunisie, qui auraient figuré dans notre classement.

Changement de stratégie à Abuja 

Les répercussions de la stratégie économique du nouveau président du Nigeria, Muhammadu Buhari, se sont déjà fait sentir sur les banques nigérianes. En raison de l’endettement important de nombreux États du Nigeria, Abuja a décidé de reconvertir les prêts à court terme octroyés à 11 États par 14 banques commerciales en obligations souveraines à plus faible coût sur 20 ans. Selon le directeur général du Debt Management Office, Abraham Nwankwo, 11 autres États ont déposé une demande pour bénéficier de cet avantage, lors de la seconde phase du programme. Les obligations ont un rendement de 14,8 % tandis que les taux d’intérêt des prêts commerciaux s’élevaient à 19 %, mais les banques concernées ne se sont pas opposées à la restructuration. On évalue à 3,3 milliards $ le montant de la dette totale détenue par les États au Nigeria et certaines banques du pays redoutaient un défaut. 

Des chauffeurs exposent leurs devises

La volatilité des taux de change touche de nombreuses banques africaines, y compris en Afrique du Sud, où la valeur du rand a chuté par rapport au dollar, à la livre sterling et à l’euro. La chute de la production pétrolière a entraîné le naira nigérian à la baisse, contraignant la Banque centrale du Nigeria (CBN) à intervenir. Le gouverneur de la CBN, Godwin Emefiele, a imposé des restrictions sur l’importation de biens en devises étrangères afin de stabiliser le naira, dévalué en novembre, puis en février. La somme que les clients des banques nigérianes peuvent dépenser sur leur carte bancaire à l’étranger a également été limitée. Le naira a atteint son plus bas niveau cette année, mais la plupart des analystes, notamment les agences de notation de crédit, prévoient que la CBN sera contrainte de le dévaluer à nouveau. Le rythme de l’expansion transfrontalière s’est quelque peu ralenti ces 12 derniers mois. On ne peut tirer de conclusions sur une si courte période, mais on constate que relativement peu de nouvelles filiales bancaires ont été créées.

Investissements transfrontaliers 

Les problèmes économiques au Nigeria et les difficultés monétaires en Afrique du Sud expliquent en partie ce phénomène. En outre, les banques qui se sont implantées au-delà de leurs frontières attendent que leurs récentes acquisitions se stabilisent avant de se lancer dans une nouvelle expansion. Hormis les banques internationales – telles que BAG – les établissements sud-africains, marocains et kényans sont ceux qui se montrent les plus actifs pour investir sur les marchés extérieurs. 

Les banques ont longtemps hésité à prendre des risques pour s’installer à l’étranger, mais elles ont à présent décidé que l’heure était arrivée. Le n° 1 africain, Standard Bank, a commencé à vendre ses actifs non-africains en 2011 pour financer son expansion sur le continent. Standard Bank estime que l’Afrique de l’Ouest francophone présente des opportunités « incroyables », notamment parce qu’elle utilise une monnaie unique arrimée à l’euro. Pourtant, cet attrait n’a pas encore permis de stimuler la croissance économique dans la région autant que prévu, pour le moment. 

L’établissement sud-africain prévoit de s’étendre dans la zone CFA en prenant la Côte d’Ivoire comme base. En revanche, FirstRand continue de se concentrer sur l’Afrique australe et d’autres marchés anglophones. La concurrence transfrontalière demeurera limitée, étant donné que les réglementations bancaires sont toujours définies au niveau national, malgré les dispositions internationales prévues par les accords de Bâle. 

Les activités de Standard Bank en Afrique, hors Afrique du Sud, ont représenté un quart de son résultat cette année et la banque souhaite conserver tous ses actifs, selon l’un des deux directeurs généraux de la société, Ben Kruger. Cette année, elle a obtenu l’autorisation d’ouvrir des bureaux représentatifs en Côte d’Ivoire et en Éthiopie. En août, Standard Bank a vendu une participation de 60 % dans sa filiale londonienne à l’Industrial and Commercial Bank of China pour 2,8 milliards de rands (207 millions $). La société utilisera cette trésorerie pour se conformer aux nouvelles exigences de capitalisation. 

« Sur certains marchés, nous avons enregistré une croissance très, très importante. Certaines de nos filiales ont progressé de plus de 50 % tandis que d’autres ont eu une année difficile. 

C’est au Nigeria que l’année a été la moins rentable, mais il faut remettre la situation en contexte. La croissance annuelle totale des revenus au Nigeria est supérieure à 50 % sur ces trois dernières années, malgré une réduction de 40 % au 1er semestre. Cela donne une idée du rythme de croissance sur ce marché. On assiste aujourd’hui à une normalisation », explique Ben Kruger. 

dollars

D’autre part, les deux premières banques marocaines, Attijariwafa bank et Banque centrale populaire (BCP) investissent massivement sur le continent. BCP est aujourd’hui implantée en Afrique de l’Ouest francophone sous l’enseigne Banque Atlantique. Bien qu’Attijariwafa bank détienne environ un quart des actifs, prêts et dépôts du secteur bancaire marocain, elle compte sur son expansion en Afrique subsaharienne pour poursuivre sa croissance ces dix prochaines années.

LIRE LA SUITE DANS AFRICAN BUSINESS NUMÉRO 41 DE  Novembre / Décembre 2015 NUMÉRO 41 

 

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