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African Business>Décideurs

L’appel du ministre Igor Diarra

Le Mali doit reconstruire son économie. À la fois dans l’urgence et sur le long terme. L’État soutiendra l’agriculture et surveillera davantage le secteur minier, explique Mamadou Igor Diarra, ministre de l’Économie et des finances.

Pourquoi avoir fait voter, en juin, une nouvelle modification dela loi de Finances ? 

Fin 2014, le pays était dans un contexte particulier où il recherchait la voie de la paix. Nous venons de signer l’accord de paix, mais au ministère de l’Économie nous avons anticipé cette période pour nous mettre dans une perspective de développement et de retour des populations, laquelle nécessite des ressources. Nous avons aussi tiré les leçons des crises, il fallait donc prendre en compte l’incidence d’une loi d’orientation et de programmation militaire qui contribuera à la défense de notre pays, avec un ambitieux projet de reconstruction de notre armée. Mais nous avons aussi d’autres dépenses : nous avons par exemple décidé de revoir, à la hausse, les conditions salariales de notre service public. Notre budget augmente en dépenses de 5 %, ce qui est significatif, et en recettes de 2,5 %. Nous avons aussi pris des initiatives pour améliorer la fiscalité intérieure et la mobilisation des ressources internationales. 

Nous avons des richesses aurifères, des présomptions très fortes d’hydrocarbures et de grandes quantités de fer, de bauxite… J’appelle les investisseurs à venir faire fortune au Mali ! 

À présent, il s’agit pour le Mali de relancer la machine économique. Et le secteur clef à développer, selon vous, est l’agriculture. Quels sont vos projets ? 

L’agriculture bénéficie déjà, à hauteur de 14%, de notre intervention, et nous souhaitons porter ce chiffre à 15%. Nous subventionnons les intrants agricoles, nous venons de participer à une opération de subventions pour des équipements : 1 000 tracteurs seront importés pour améliorer la production. Nous avons des projets pour l’élevage, la pêche et pour renforcer les capacités des agriculteurs. Nous sommes dans une dynamique de relance économique. En période de crise, on ne pouvait pas bâtir de politique génératrice de croissance, mais nous sommes désormais optimistes, car la situation est propice. 

Les petites exploitations familiales représentent près de 70 % des exploitations. Que comptez-vous faire à leur endroit ? 

Nous avions un système bancaire qui, en dehors d’une ou deux banques, était en déphasage avec les priorités du pays. Aujourd’hui, l’agriculture et l’or sont les principaux produits d’exportation du pays. Or, s’il est vrai que les sociétés minières bénéficient parfois de financements de groupes bancaires étrangers, les associations villageoises, elles, ne bénéficient pas de l’accompagnement approprié de la part de nos banques, qui ont pourtant des liquidités. C’est cette mutation que nous avons amorcée pour mieux intervenir auprès des PME-PMI et des structures villageoises, qui ont un rendement croissant. Pour cela nous avons des outils de régulation de la fiscalité. Les banques préfèrent, aujourd’hui, financer les États, à travers des titres, des obligations ou des bons du Trésor, lesquels ne sont pas très productifs, mais qui ne présentent pas de risques. Nous réfléchissons actuellement, au sein de l’Union africaine, à une fiscalité de ces titres. 

Les exportations de produits transformés ne représentent que 4 % du PIB. Comment comptez-vous développer la transformation des produits sur place ? 

C’est dans la transformation de notre production agricole que nous avons le plus d’atouts. La croissance économique du Mali, qui a atteint 7,2 % en 2014, prend ses racines dans l’agriculture, avec une production qui peut ensuite être valorisée par le secteur industriel. C’est notamment le cas du coton, qui peut être transformé en aliment pour le bétail – ce qui concourt aussi au développement de l’élevage – en savon, en huile alimentaire… ce qui réduit aussi nos importations d’huile. Je peux vous citer aussi les mangues, les pommes de terre, sans compter la production céréalière, qui connaît aussi un regain… Le pays bénéficie d’une forte dynamique agricole ! Mais c’est vrai que nous avons toujours cette frustration : le coton que nous produisons n’est pas transformé ici, c’est la fibre brute qui est exportée et transformée dans d’autres pays. 

Justement, comment favoriser la transformation des matières premières et augmenter leur plus-value à l’exportation ? 

L’État n’est plus commerçant ! Nous créons un cadre propice à l’investissement, nous avons amélioré notre climat des affaires et nous avons pris des mesures pour sécuriser les investisseurs. Nous avons mis en place un fonds de garantie, qui va être doublé d’un fonds de participation à l’échelle nationale, mais c’est l’investissement étranger, combiné avec l’investissement national, qui peut permettre de porter ce secteur. En tant qu’État, nous ne pouvons qu’accompagner. 

Le Mali est actuellement le troisième producteur d’or en Afrique, avec neuf sociétés minières industrielles dans le pays. Leur nombre pourrait-il augmenter ? 

Des mines ouvrent et d’autres ferment… Lorsqu’elles ouvrent, et cela va être le cas pour trois nouveaux sites, on est toujours enthousiaste ! Mais deux sites ont amorcé leur processus de fermeture. Certaines mines sont aussi confrontées à l’exploitation en sous-sol, qui nécessite beaucoup d’énergie. C’est pour cette raison que nous renforçons notre parc de centrales hydroélectrique, mais aussi de thermiques et solaires : elles permettront de corriger notre déficit énergétique et de contribuer, justement, à la croissance du secteur minier. Nous pensons conserver notre rang de troisième producteur africain encore plusieurs années. Seuls 10 % de notre territoire ont été explorés. Nous avons un potentiel minier, nous avons une tradition minière, nous allons aussi investir dans le secteur avec la création d’une école des mines. 

Où en est-on de l’audit des contrats miniers annoncé par le gouvernement dès 2013 ? 

Nous avons d’abord intégré l’ITIE (Initiative pour la transparence dans les industries extractives), qui concourt à la transparence du secteur minier. C’est un premier pas. Effectivement, un audit a été recommandé, mais nous étions très désorganisés, jusqu’à présent. Quand vous êtes entre guerre et paix, vous ne pouvez pas vous occuper de grand-chose… Aujourd’hui, nous nous inscrivons dans une optique de prise en charge des questions aussi vitales que le secteur minier. Nous estimons que nous sommes en mesure de profiter demain du sous-sol malien, davantage qu’aujourd’hui. Nous devons avoir une bonne lecture. Les sociétés minières qui investissent chez nous tentent aussi de maximiser leurs gains, et la législation actuelle leur permet beaucoup d’artifices pour minimiser les gains de l’État. Mais ce n’est pas un combat, ce sont des négociations ! Elles auront lieu très prochainement. 

Depuis un an et demi, plus d’une centaine de conventions de partage et de recherche minières ou pétrolières ont été annulées, parce que les entreprises concernées ne réalisaient pas les explorations attendues. Depuis, de nouvelles concessions ont-elles été accordées ? 

Le ministre des Mines est en train de procéder à l’inventaire. Il n’y a pas eu beaucoup de délivrances à ma connaissance, mais les règles ont été renforcées pour assurer une distribution à ceux qui peuvent investir dans le secteur. Beaucoup étaient détenteurs de titres miniers que je dirais « somnolents », puisqu’aucun investissement n’était envisagé à leur niveau. Mais c’est un pays qui regorge d’une multitude de titres miniers. Nous avons des richesses aurifères, des présomptions très fortes d’hydrocarbures et de grandes quantités de fer, de bauxite… J’appelle les investisseurs à venir faire fortune au Mali ! 

On parle depuis des années d’un troisième opérateur téléphonique dans le pays, il n’est jamais arrivé… 

Pour nous, la question est très simple : un appel d’offres a été organisé par le gouvernement, qui à un moment donné a été déclaré infructueux. Puis un opérateur [Alpha Telecom, de l’homme d’affaires burkinabé Apollinaire Compaoré] a été retenu par une procédure qui le permettait. La licence a été payée, le cahier des charges a été rédigé, l’opérateur est tenu de s’y conformer et d’après ce que je sais, il est en train de trouver les voies et moyens pour mettre cette licence en exploitation. Mais le cahier des charges impose un délai, et passé ce délai le gouvernement se verra dans l’obligation de mettre un terme à ces engagements. 

L’accord de paix prévoit la mise en place d’une Zone de développement économique pour les régions du nord du Mali. À quoi pourrait-elle ressembler ? 

Chaque région a quelque chose de particulier à développer. Bourem, dans la région de Gao, regorge de phosphate, dont l’exploitation pourrait doper l’agriculture. Mais, aujourd’hui, la priorité, c’est d’abord de ramener l’administration et les populations (les déplacés et les réfugiés) dans leurs localités. Tous nos efforts seront d’abord consacrés à cela. Nous prévoyons aussi très prochainement une table ronde des bailleurs de fonds, qui pourrait ressembler à une nouvelle version de celle qui s’était tenue à Bruxelles, en mai 2013, mais que nous devrions élargir à d’autres partenaires. Quant à cette zone de développement spécifique pour le Nord, je vous rappelle qu’un comité de suivi des accords a été mis en place, avec plusieurs démembrements, dont certains se pencheront sur les aspects économiques. Je ne voudrais pas anticiper. Ces questions seront discutées avec les collectivités. 

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