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Jemal Taleb : Avocat, ambassadeur itinérant

« Vous sortez de prison, mais vous arrivez dans une autre prison parce que vous allez vivre dans un monde inconnu. » Roger Le Moigne lui trouve un emploi administratif au sein d’EDF. Pour lui, la perspective d’une carrière et d’un avenir médiocre. « J’étais désespéré, je ne pouvais rien faire de ma vie. » Dans son jeu, une seule carte, ce qui l’appelle « la rage de l’immigré ». La rage de celui qui n’a pas le choix. « Vous n’avez pas une place naturelle, et vous devez la faire. Mais l’escalier est ouvert. J’ai frappé à la porte d’une maison qui n’était pas la mienne. On m’a laissé entrer, on m’a donné des outils pour fonctionner comme tous les autres, et au bout d’un moment, on m’a donné les clés de la maison. »

Le temps des réseaux

Le début des années 2000 est, pour lui, un tournant. Un ami de son frère, rencontré à EDF, le pousse à reprendre des études. Autre figure paternelle. À l’âge de 28 ans, il s’inscrit à la Faculté de droit et à l’Institut d’études politiques de Grenoble. « J’étais plus vieux que tous les étudiants ! »

Trois années difficiles, partagés entre les cours et les petits boulots, tels que la distribution de journaux et, même, des cours, qu’il donne… en prison. Bon étudiant, il entreprend une thèse de doctorat, envisage de devenir professeur. Sept longues années, sans retour au pays, coupé de sa famille et de ses amis. Alors qu’il termine sa thèse, il s’accorde quelques semaines de vacances au Mauritanie.

Le pouvoir de l’époque lui propose une collaboration. Son frère a été ministre, et l’un de ses cousins est ambassadeur aux Émirats arabes unis. Après avoir longtemps hésité, il retourne en France, et accepte la proposition d’embauche d’un cabinet d’avocats, grâce à Éric Diamantis. Ses années d’études lui ont permis, déjà, de se constituer un solide réseau de relations et d’amitiés fortes. Un métier qu’il va exercer longtemps, comme simple juriste salarié, sans s’inscrire au barreau. Un statut qui lui semble plus confortable que la précarité d’une profession libérale.

À Nouakchott, coups d’État et alternances électorales se succèdent. La vie politique mauritanienne, avec laquelle il avait pris provisoirement du recul, le rattrape, d’autant que le goût pour la chose politique ne l’a jamais quitté. Il est toujours resté en contact avec les différents gouvernements en place, même ceux dont il a décliné les offres de collaboration.

L’action pragmatique l’intéresse plus que les grands idéaux. « Je ne suis pas un visionnaire, je suis un petit-bourgeois égoïste », ironise-t-il. Mais il revendique une véritable « passion africaine ». Ses modèles sont ces chefs d’État africains qui savent agir sur le réel. Le président Ould Abdel Aziz – pour son côté « révolté » – mais aussi Mandela, qui savait être « militant quand il le fallait, guérillero quand il le fallait, humaniste et intellectuel quand il le fallait ». Et aussi Malcom X, toujours pour ce côté « révolté et rebelle ». Et Mohamed Ali, dont il aime à regarder les vidéos, et dont l’évocation de « ce moment extraordinaire où… » lui fait venir « la chair de poule et des larmes, rien qu’en en parlant… ».

Démocratie à l’africaine

Il voudrait voir les Africains se réapproprier collectivement leur sentiment de fierté, au-delà de certaines polémiques – telles que la limitation du nombre de mandats – qui lui paraissent vaines. « La démocratie, ce n’est pas que les élections, c’est un ensemble de choses. » Il n’aime pas cette facilité avec laquelle certains se croient autorisés à « taper sur les chefs d’État africains ». Kagamé n’est pas un grand démocrate, concède-t-il du bout des lèvres, « mais c’est un bâtisseur ».

Un pouvoir autoritaire fort, « ce n’est pas une dictature atroce ». L’opposition s’exprime en RD Congo, poursuit-il, et le pouvoir en est ébranlé. « L’Afrique est rentrée dans un schéma beaucoup plus ouvert et plus démocratique qu’on ne le croit. Qui aurait imaginé qu’Abdoulaye Wade allait changer la Constitution pour rendre le nombre de mandats illimités et qu’il allait être battu ? Qu’Alpha Condé allait être élu ? Que Boni Yayi allait partir dans les conditions qu’on a connues ? ».

Il importe avant tout, pour lui, de voir renaître une « âme africaine, qui se prenne en compte avec plus de considération et de fierté ». Une renaissance qui n’est pas que politique, mais qui passe aussi par la promotion des cultures africaines, des langues, et de l’histoire du continent. « Tous autour de la table. » Une image qu’il aime bien, dit-il. Sans sentiment de supériorité ni d’infériorité. « Ni sous la table, ni les pieds sur la table, mais autour de la table. » 

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