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African Business

Une zone de proximité pour les investisseurs français

La crise sanitaire a rapproché l’Afrique de l’Europe aussi vite qu’elle en a éloigné l’Asie. Conscients de cette opportunité, les argentiers français veulent orienter les investissements vers le continent en exportant l’expérience acquise pendant la crise par les dispositifs publics.

Par Nicolas Bouchet

La priorité à l’Afrique « ne souffre pas de débat », considèrent les entreprises françaises. La crise sanitaire a eu pour effet la fragilisation des chaînes d’approvisionnement mondiales et la réduction du transport maritime (- 4,1% d’activité en 2020). Il est devenu presque quatre fois plus cher de relier la Chine à l’Europe par la mer.

Ceci a inévitablement rapproché les continents européen et africain. Les entreprises et investisseurs français ont affirmé leur regain d’intérêt pour le continent comme une évidence au cours de la conférence Ambition Africa, tenue à Paris les 5 et 6 octobre, quelques jours seulement avant le Sommet Afrique-France de Montpellier.

L’Afrique représente une terre d’opportunités pour les entreprises françaises, jugent les décideurs français. Les dernières occasions en Chine se sont refermées et l’Asie du Sud-Est subit un ralentissement dissuasif. L’Amérique latine elle-même serait passée d’un ensemble de marchés prometteurs à une région en stagnation.

Au-delà de ce repositionnement, l’après-Covid ne change en rien la raison d’être d’Ambition Africa. L’événement demeure un prisme sur l’Afrique pour les intérêts français et les instruments de coopération du pays.

Les espoirs d’une reprise des investissements sur le continent restent forts. En 2020, les IDE (Investissements directs étrangers), ont diminué de 47 milliards de dollars à 40 milliards $ en 2020, selon la Cnuced. Le capital-risque représentait 1,4 milliard $ de cet ensemble et la profession espère qu’en 2021 il dépassera 2 milliards $, un montant encourageant mais encore loin de rivaliser avec d’autres régions.

À terme, si la Zlecaf réussit son pari, le marché continental représentera en 2030 un marché de 1,4 milliard de consommateurs. De quoi alimenter l’intérêt d’investisseurs qui constatent en parallèle la perte de vitesse de régions concurrentes.

Christophe Lecourtier, directeur général de Business France, affirme sans détour : « L’Afrique est la dernière opportunité valable pour les entreprises françaises. » Selon lui, les dernières opportunités en Chine se sont refermées et l’Asie du Sud-Est subit un ralentissement « dissuasif ».

L’Amérique latine aussi serait passée d’un ensemble de marchés prometteurs à une région en stagnation. Même comparaison favorable à l’Afrique de la part d’Abdou Diop, de Mazars Maroc. « L’Afrique est une zone de proximité. Elle a pour avantage par rapport à l’Asie des coûts et produits de transport qui sont cruciaux dans cette équation. »

Des indispensables investissements étrangers

Le continent présente à son avantage des perspectives de taux de croissance « qui redeviennent comparables à ceux de l’Asie », jusqu’à 10% pour certains pays, souligne Luc Rigouzzo (Amethis Finance).

On note aussi la disponibilité de vols commerciaux quotidiens vers le continent, tandis qu’une offre comparable vers l’Asie tarde à réapparaître. Une Afrique rapprochée par la force de la crise, certes, mais comment l’aborder ? Rien d’innovant en la matière.

Évoquant la question de l’énergie, la Sud-africaine Linda Mabhena-Olagunju, fondatrice de DLO Energy, relève la nature indispensable des investissements étrangers. Ceci parce que « dettes et déficits sont si importants que les pays ne peuvent pas réaliser les investissements nécessaires pour remplacer leurs centrales thermiques ».

Les PME du secteur comme les grandes entreprises sont en attente de capitaux. Pour les majors, « la levée de fonds prend des années et nécessite de nombreux sacrifices avant de pouvoir accéder à l’actionnariat ». Sur le plan industriel, les installations hors réseaux ne suffiront pas ; et le renouvelable non plus, affirme Myriam Fournier Kacimi, patronne de Sungy, qui relève : « Les centrales solaires créent très peu de valeur locale parce que tout est importé, y compris la main d’œuvre. »

Dans le secteur logistique, le directeur adjoint de CMA CGM, Arnaud Thibault se félicite d’une croissance continue de l’activité de son groupe en Afrique, lesquelles représentent aujourd’hui 15% de son chiffre d’affaires. En cause, la croissance des infrastructures maritimes africaines, si importante que le port de Tanger intégrera bientôt le Top 20 mondial avec une prévision d’activité de 120 millions de tonnes par an, affichant une connexion avec 77 pays.

La crise sanitaire a joué positivement dans cette dynamique avec une comparaison par prix désormais attractive. « Un container Ouagadougou-Abidjan coûtait deux fois plus cher avant la pandémie qu’un container venant d’Asie », souligne Bamba Lo, directeur de la plateforme logistique PAPS. Des retournements de situation suffisants pour permettre aux facilités de financement et d’investissement françaises de se poser comme têtes d’affiche.

Savoir canaliser les financements

BPIFrance (Banque publique d’investissement) fait état de succès conjoints avec Société Générale depuis la signature, en 2017, d’une convention de partenariat. Au titre des infrastructures, Cécile Camilli (SoGé Investment Banking) cite tour à tour un monorail au Caire, des ponts au Sénégal, ainsi que la réhabilitation de routes en Côte d’Ivoire avec le groupe Colas.

Malgré les bons points obtenus par ces financements conjoints, le directeur de l’export Pedro Novo reconnaît que « desserrer l’étau de l’accès au crédit pour les TPE dépasse largement la mission de BPI France ».

Dans le même esprit, l’AFD (Agence française de développement) positionne ses financements comme des catalyseurs. Lise Breuil, chef de sa division Transports, fait le lien entre l’équipement en réseaux de transports par les grandes villes aux côtés de financeurs internationaux et l’avantage comparatif français dans les services liés que sont « la billettique, la signalisation et le numérique ».

Au nom de l’AFD, Bertrand Walckenaer rappelle l’importance donnée aux cofinancements réalisés avec 94 banques publiques « réceptacles de la garantie de l’État ». 

La filiale Proparco témoigne aussi de financements qui doivent jouer un rôle d’entraînement pour les entreprises françaises. Son fonds Choose Africa lancé en 2019 avec l’objectif de déployer 2,5 milliards d’euros en fonds propres et en facilités d’accès a atteint cette année sa cible.

Certes, ce résultat est rendu possible à la faveur de la crise et de la création d’une facilité supplémentaire, Choose Africa Resilience. Pour autant, son directeur général, Grégory Clemente, insiste sur le dérisquage recherché par les outils de garantie de son organisation.

Avec pour effet, et en toute cohérence avec l’esprit d’Ambition Africa, « une qualité du portefeuille africain de Proparco beaucoup plus robuste que celui détenu en Amérique latine ou en Asie du Sud-Est ».

Proparco qui s’associe d’ailleurs aux équipes de Digital Africa pour améliorer son dispositif en direction des start-up africaines.

@NB

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