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African Business

Une nouvelle stratégie décennale pour la BAD

Une nouvelle stratégie décennale pour la BAD
  • Publiémai 30, 2024

La Banque africaine de développement adapte son modèle afin de mieux financer des projets structurants, certaines des capacités de l’Afrique à transformer ses sociétés et ses économies.

 

La BAD (Banque africaine de développement) a dévoilé, ce 30 mai 2024, sa nouvelle Stratégie décennale 2024-2033. Ce document fait office de schéma directeur pour faire face aux défis urgents de l’Afrique. L’objectif de la BAD est d’« aider à remettre fermement le continent sur la voie d’une croissance économique et d’une prospérité durables ».

Les points saillants de la stratégie : Investir dans les femmes et les jeunes ; l’adaptation au changement climatique ; le soutien aux États fragiles et au renforcement de la résilience ; promouvoir la bonne gouvernance.

Cette publication intervient alors que l’« Afrique et le monde sont confrontés à de profonds défis », reconnaît l’institution. Au-delà de la résilience après les crises récentes, l’Afrique doit faire face à une série de crises interdépendantes « qui menacent de compromettre ses progrès accomplis au prix de durs efforts ». Insécurité alimentaire, dette, changement climatique, conflits et instabilité politique, les maux sont connus. S’y ajoute le fait que la population jeune continue de croître plus vite que les emplois, ce qui alimente les pressions migratoires.

« En raison de l’accumulation de ces crises, l’Afrique risque de se retrouver piégée dans un cycle d’interventions d’urgence », redoute la BAD. Qui estime que le continent doit « de toute urgence » réorienter ses ressources vers la recherche d’une croissance durable et résiliente, créatrice d’emplois et d’équité.

 

D’où une nouvelle stratégie décennale qui n’oublie pas l’élan de l’Agenda 2063 de l’Union africaine et les Objectifs de développement durable des Nations unies. La stratégie répond à l’appel lancé aux banques multilatérales de développement (BMD) pour qu’elles mettent davantage l’accent sur les défis mondiaux et régionaux qui pèsent sur les progrès du continent.

La Stratégie décennale, explique le document, repose sur l’optimisme quant à la capacité de l’Afrique à transformer en mieux ses sociétés, ses économies et la vie des populations du continent. « Au cours des dix prochaines années, l’Afrique peut créer une croissance soutenue, stimuler la transformation et contribuer à la recherche de solutions mondiales essentielles. »

Ses progrès seront favorisés par ses atouts uniques : une main-d’œuvre jeune et dynamique, des marchés de consommation urbains en expansion, l’intégration des économies nationales, un énorme potentiel en matière d’énergie propre et de vastes richesses en ressources naturelles. D’ici à 2030, le continent comptera 477 millions de jeunes âgés de 15 à 35 ans, qui constitueront une main-d’œuvre potentielle pour la transformation Afrique et du monde entier.

 

Les « Cinq priorités » demeurent

Dès lors, la vision d’une Afrique « prospère, inclusive, résiliente et intégrée » s’appuie sur deux objectifs stratégiques : l’accélération de la croissance verte et inclusive et la promotion d’économies prospères et résilientes. De son côté, la BAD veillera à la durabilité en établissant un équilibre entre l’environnement, l’équité et l’économie.

La principale contribution de la Banque à cette vision et à ses missions réside dans ses priorités opérationnelles « High 5 », qui combinent les priorités essentielles définies par les pays africains. Elles demeurent : Éclairer l’Afrique et l’alimenter en énergie ; Nourrir l’Afrique : Assurer la sécurité alimentaire de l’Afrique en transformant l’agriculture. ; Industrialiser l’Afrique ; Intégrer l’Afrique ; Améliorer la qualité de vie des populations africaines.

Fort des résultats acquis, au cours des dix prochaines années, le programme des High 5 doit être « accéléré et renforcé » considère la BAD. Il s’agira d’augmenter le volume global de financement, tout en effectuant des investissements « moins nombreux mais plus porteurs de transformation ».

Ces investissements seront alignés sur les domaines d’avantage comparatif de la BAD et mettront l’accent sur les changements porteurs de transformation. Pour saisir les opportunités tout en gérant les risques, l’institution adaptera son modèle opérationnel afin d’obtenir des résultats rapidement et à l’échelle voulue.

Dans toutes ses activités, la BAD « s’efforcera de combler les écarts d’inégalité en Afrique, notamment en donnant aux femmes les moyens de réaliser pleinement leur potentiel et de contribuer à une croissance durable et à des sociétés prospères ».

Elle soutiendra les gouvernements pour améliorer la qualité de vie des jeunes en mettant l’accent sur le développement des compétences dont ils ont besoin pour réussir sur le marché du travail d’aujourd’hui. En matière climatique, la BAD soutiendra les pays africains à s’adapter à l’accélération des effets du changement climatique tout en suivant une trajectoire de développement à faible émission de carbone, conformément à l’accord de Paris, et en protégeant la biodiversité, l’environnement et la nature.

 

Intégrer le secteur privé à la stratégie

En matière de « résilience », la BAD promet d’intensifier ses efforts en direction des pays fragiles et les pays isolés ou enclavés.

La stratégie met l’accent sur la gouvernance économique, notamment la mobilisation des ressources intérieures, la solidité des cadres de gestion des dépenses publiques et des finances, la transparence, la responsabilité et les mesures de lutte contre la corruption, ainsi qu’une gestion durable de la dette.

Et le secteur privé ? « Il sera au cœur des activités de la BAD », promet le document. Il s’agira de rechercher les complémentarités entre privé et public, et de créer un environnement favorable à un secteur privé « sain », tout en investissant dans les entreprises, les chaînes de valeur et les micros, petites et moyennes entreprises ; et d’appuyer le financement privé, le cas échéant.

Bien sûr, la BAD a pour mission de mobiliser des financements de développement en faveur de l’Afrique. Dans un contexte d’augmentation des besoins et du fardeau de la dette, l’accroissement des financements provenant de toutes les sources constitue un thème central de sa stratégie. En partenariat avec les pays africains, « elle accroîtra le niveau d’ambition en ce qui concerne les opérations non souveraines, en vue de tripler les financements du secteur privé d’ici à 2033 ».

De plus, en réponse à l’appel lancé aux BMD pour qu’elles mettent davantage à profit leurs bilans, la BAD étudiera une série de solutions permettant d’accroître sa propre capacité de financement de 73 milliards de dollars.

« La stratégie décennale décrit la manière dont la Banque investira dans le meilleur atout de l’Afrique : ses jeunes hommes et femmes dynamiques. La population africaine, qui connaît la croissance la plus rapide au monde, offre au continent une fenêtre d’opportunité démographique sans précédent », commente Akinwumi Adesina, président de la BAD.

En matière de financements, la BAD adaptera son modèle opérationnel. En lien avec les pays membres, elle étudiera la possibilité d’adopter une approche davantage programmatique ou fondée sur des plateformes, « qui consiste à financer des programmes plutôt que des projets ».

Elle donnera la priorité aux investissements dans la production de connaissances et le renforcement des capacités institutionnelles, notamment la formation, l’assistance technique, le courtage du savoir, le dialogue de politique et les opérations d’appui aux réformes. Tout en continuant d’exercer son leadership pour nouer des alliances entre les pays et institutions africaines, d’autres BMB et partenaires.

« Le monde a besoin d’institutions africaines fortes », explique la Stratégie. L’Union africaine donne l’impulsion politique, tandis que la BAD, en tant que première institution de développement de l’Afrique, constitue le moteur économique et financier nécessaire à la réalisation des ambitions du continent.

@AB

 

 

Écrit par
Laurent Soucaille

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