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African Business Conjoncture

Une croissance mondiale en berne

Une croissance mondiale en berne
  • Publiéjanvier 11, 2023

La Banque mondiale revoit en sensible baisse ses prévisions de croissance mondiale pour 2023, n’écartant pas le risque de récession. La croissance sera meilleure qu’en 2022 en Afrique subsaharienne mais elle semble insuffisante pour combattre la pauvreté. (Article actualisé le 11-01-2023 avec les prévisions de l’Afrique subsaharienne). 

 

Selon les Perspectives économiques mondiales de la Banque mondiale, publiées ce 10 janvier 2023, la croissance ralentira fortement en 2023, sous l’effet de l’inflation, de la hausse des taux d’intérêt, de la diminution des investissements et des perturbations causées par l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Les pays émergents ne sont pas épargnés, bien que les effets semblent plus diffus en Afrique subsaharienne.

La Banque mondiale prévient d’une possible récession mondiale, en cas de cumul des risques déjà cité, auxquels s’ajoute celui d’une résurgence de la pandémie de la Covid-19. Ce serait la première fois en plus de 80 ans que deux récessions mondiales se produiraient au cours de la même décennie.

Au Maroc, la croissance devrait s’accélérer pour atteindre 3,5 % en 2023 (soit un taux inférieur aux projections précédentes) et 3,7 % en 2024, le secteur agricole se remettant progressivement de la sécheresse de 2021-2022.

La croissance de l’économie mondiale devrait s’établir à 1,7 % en 2023, puis à 2,7% en 2024. Le ralentissement sera marqué et généralisé, les prévisions étant revues à la baisse pour 95 % des économies avancées et près de 70 % des économies de marché émergentes et en développement.

Au cours des deux prochaines années, la croissance du revenu par habitant dans ces économies devrait être de 2,8 % en moyenne, c’est-à-dire un point de pourcentage de moins que la moyenne enregistrée sur la période 2010-2019. En Afrique subsaharienne, qui abrite environ 60 % des personnes vivant dans l’extrême pauvreté dans le monde, la progression du revenu par habitant pour les années 2023-2024 ne devrait être que de 1,2 % en moyenne, ce qui risque d’entraîner une augmentation de la pauvreté.

En 2023, « nous nous attendons à une croissance de 1% du PIB par habitant, c’est très en dessous de ce qui est nécessaire pour éliminer l’extrême pauvreté », confirme Ayhan Kose, directeur de la cellule Perspectives de la Banque mondiale. « Il sera quasi impossible de réduire la pauvreté ou même les inégalités à des niveaux que nous souhaiterions. »

Le tableau dressé par la Banque mondiale en Afrique subsaharienne n’est guère réjouissant, en dépit des facteurs de résistance. En 2022, la croissance s’est nettement ralentie (3,4 %). La hausse des prix alimentaires a dépassé 20 % dans plus d’un quart des pays, ce qui a ralenti la progression des revenus réels et de la demande des consommateurs et aggravé encore l’insécurité alimentaire.  Malgré le récent relâchement des prix mondiaux de l’alimentation et de l’énergie, les coûts d’importation sont restés élevés, ce qui a contribué à creuser les déficits courants.

D’autre part, la précarité des situations budgétaires et la dette publique est supérieure à 60 % du PIB dans près de la moitié des économies de la région. La viabilité de la dette s’est encore détériorée dans de nombreux pays non producteurs de pétrole, entraînant une hausse des coûts d’emprunt, des sorties de capitaux et une dégradation de la cote de crédit. La croissance des trois plus grandes économies d’Afrique subsaharienne (Afrique du Sud, Angola et le Nigeria) s’est fortement contractée pour ressortir à 2,6 % seulement en 2022.

 

Inquiétudes sur l’investissement

La croissance en Afrique subsaharienne devrait atteindre 3,6 % en 2023 et 3,9 % en 2024. Par rapport aux prévisions de juin, la croissance a été revue à la baisse pour près de 60 % des pays, y compris pour plus de 70 % des exportateurs de métaux qui devraient être pénalisés par la poursuite de la baisse des cours mondiaux.

En dépit de l’atténuation attendue des pressions inflationnistes, le rythme de reprise devrait rester stable dans de nombreux pays, amplifié par d’autres facteurs de vulnérabilité tels que les conditions météorologiques défavorables, l’endettement élevé, l’incertitude politique, la violence et les conflits.

Le président de la Banque mondiale, David Malpass, confirme : « La crise qui menace le développement s’aggrave à mesure que les perspectives de croissance mondiale se dégradent. » Les économies émergentes et en développement connaissent depuis plusieurs années une croissance en berne en raison d’un lourd endettement et d’investissements insuffisants, car les capitaux mondiaux sont absorbés par les économies avancées confrontées à des niveaux de dette publique extrêmement élevés et à des taux d’intérêt en hausse. « La faiblesse de la croissance et des investissements des entreprises aggravera les reculs déjà dévastateurs en matière d’éducation, de santé, de réduction de la pauvreté et d’infrastructures, ainsi que les nécessités liées au changement climatique. »

La croissance des économies avancées devrait chuter de 2,5 % en 2022 à 0,5 % en 2023. La croissance de la zone euro devrait être nulle, ce qui correspond à une révision à la baisse de 1,9 point de pourcentage. La Chine quant à elle devrait enregistrer une progression de 4,3 % en 2023, soit 0,9 point de moins que les prévisions précédentes.

Fin 2024, les niveaux de PIB dans les économies émergentes et en développement resteront inférieurs d’environ 6 % aux prévisions antérieures à la pandémie. De plus, même s’il est probable que l’inflation mondiale se modère, elle demeurera supérieure aux niveaux d’avant la crise sanitaire.

Sur la période 2022-2024, l’investissement brut des pays émergents devrait augmenter d’environ 3,5 % en moyenne, soit moins de la moitié des taux observés au cours des deux décennies précédentes. Le rapport suggère aussi aux décideurs politiques différentes options pour accélérer la croissance de l’investissement.

 

De forts risques en Afrique du Nord

« Le niveau peu élevé des investissements est très préoccupant, parce qu’il s’accompagne d’un faible niveau de productivité et d’échanges commerciaux et qu’il assombrit les perspectives économiques globales. Sans une croissance forte et soutenue de l’investissement, il est tout simplement impossible de faire des progrès significatifs dans la réalisation des objectifs de développement et de lutte contre le changement climatique, souligne Ayhan Kose. « Les politiques visant à stimuler les investissements doivent être adaptées aux circonstances nationales, mais il faut toujours commencer par mettre en place des cadres budgétaires et monétaires solides et par la mise en œuvre de réformes globales du climat d’investissement. »

Le rapport met également en lumière les difficultés spécifiques de 37 petits États, des pays dont la population est inférieure ou égale à 1,5 million d’habitants et qui ont connu un ralentissement plus marqué et un rebond beaucoup plus limité que les autres économies après la pandémie, en partie à cause des perturbations prolongées du tourisme.

Dans la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), la croissance devrait marquer le pas à 3,5 % en 2023 et 2,7 % en 2024, après 5,7% en 2022. Croissance plus marquée chez les producteurs de pétrole.

En effet, « la région reste marquée par des conditions économiques et des trajectoires de croissance très divergentes, des niveaux élevés de pauvreté et de chômage dans de nombreux pays, une faible progression de la productivité du travail, des vulnérabilités élevées et des contextes politiques et sociaux fragiles », reconnaît la Banque mondiale.

Ainsi, la hausse de l’inflation et le resserrement des conditions financières ont-ils pesé sur l’économie des importateurs nets de pétrole, à l’image de l’Égypte et du Maroc dont la croissance a considérablement ralenti dès le premier semestre 2022.

Dans les pays importateurs nets de pétrole de la région, la croissance devrait rester stable en 2023-2024, à un peu plus de 4 % par an. L’activité en Égypte, tout en continuant à bénéficier des réformes antérieures, devrait ralentir à 4,5 % au cours de l’exercice 2022-2023 (juillet 2022-juin 2023), car l’inflation élevée érode les salaires réels, ce qui pèse sur la consommation intérieure. Une moindre hausse de la demande extérieure devrait également freiner l’activité dans les secteurs de la fabrication et du tourisme. En outre, un resserrement de la politique budgétaire et monétaire pour juguler la forte inflation et un important déficit de la balance courante devraient encore brider la croissance.

Au Maroc, la croissance devrait s’accélérer pour atteindre 3,5 % en 2023 (soit un taux inférieur aux projections précédentes) et 3,7 % en 2024, le secteur agricole se remettant progressivement de la sécheresse de 2021-2022. Les dépenses publiques devraient compenser en partie la faiblesse de la consommation des ménages due à l’inflation élevée.

Les perspectives de croissance pour la région restent exposées à des risques de dégradation. Les retombées d’un fléchissement de l’activité encore plus marqué chez ses principaux partenaires commerciaux, le durcissement des conditions financières mondiales, l’augmentation des risques liés au climat, la montée des tensions sociales et l’instabilité politique sont autant de facteurs susceptibles d’entraîner de nouvelles contractions économiques et une hausse de la pauvreté.

@AB

 

Écrit par
Aude Darc

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