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African Business Energie

Une alternative au gaz russe

Une alternative au gaz russe
  • Publiémars 16, 2022

Dans l’urgence ou pas, les pays européens vont rechercher d’autres sources d’approvisionnement en gaz que la Russie, et l’Afrique peut tirer son épingle du jeu. Peut-on relancer les investissements et réactiver certains projets, retardés ou arrêtés, sous prétexte de défense de l’environnement ?

 

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a élargi le sens de la « transition énergétique » en Europe, fait observer NJ Ayuk, président de la Chambre africaine de l’Énergie. Il ne s’agit plus, pour le Vieux continent, de réduire la part des combustibles fossiles, mais aussi de rechercher de nouvelles sources d’hydrocarbures. Jusqu’à peu, la Russie fournissait environ un tiers des importations de pétrole brut de l’Europe et près de la moitié de son gaz naturel, soit quelque 150 à 190 milliards de mètres cubes de gaz par an. Il faudra un producteur disposant de ressources considérables pour prendre la place de la Russie.

Dès lors, les réserves de gaz de l’Afrique – estimées à 221,6 billions de pieds cubes – peuvent-elles faire partie de la solution énergétique pour l’Europe ? Oui répond NJ Ayuk, également dirigeant du cabinet de conseils Centurion, les pays africains peuvent contribuer à combler le fossé. Ils peuvent fournir le Freiheitsgas (gaz de la liberté) qui arrachera l’Europe à sa dépendance vis-à-vis des gazoducs russes. Ce professionnel ne le cache pas : « Il sera difficile d’y parvenir. »

Investir massivement dans les projets gaziers ne résoudrait pas les problèmes immédiats de l’Europe, mais permettrait à l’Afrique de devenir une alternative à l’énergie russe, tout en répondant à ses propres besoins urgents.

En effet, les pays africains auront besoin de plusieurs mois pour augmenter leur production de gaz. Ce, d’autant plus que les dirigeants occidentaux et les organisations de défense de l’environnement ont longtemps fait pression pour que les investissements dans le gaz africain soient rapidement arrêtés, au nom de la protection du climat. Aussi, pour NJ Ayuk, « pour réduire le temps nécessaire à l’écoulement et à l’exportation du gaz naturel, faudra-t-il une action rapide de la part des parties prenantes européennes et africaines ».

De plus, si l’Afrique a du gaz, elle manque d’infrastructures gazières ; des investissements significatifs sont nécessaires en gazoducs et capacités de stockage. Pour le patron de l’Energy Chamber, les dirigeants africains doivent agir de manière décisive pour permettre aux entités européennes d’investir avec succès dans des projets d’infrastructures pétrolières et gazières en Afrique, de conclure des accords. Sachant, naturellement, qu’il faut tenir compte des besoins africains.

 

Des opportunités d’emplois

 

De leur côté, les Africains font valoir qu’avant de se tourner vers les énergies renouvelables, il fallait continuer à produire du gaz naturel, afin de répondre aux besoins de l’Afrique en électricité. Sans doute, faut-il du temps pour monétiser la chaîne de valeur du gaz naturel afin d’être en mesure de construire des infrastructures énergétiques, tant pour les combustibles fossiles que pour les énergies renouvelables. Pour autant, « la monétisation du gaz en Afrique créerait des opportunités économiques pour nos jeunes chez nous », considère NJ Ayuk. L’Afrique peut produire du gaz naturel propre et envoyer du GNL à faible teneur en carbone et de l’hydrogène vert en Europe. Le gaz naturel africain peut constituer une voie essentielle pour la croissance et la diversification des économies des nations africaines et ouvrir la voie à une transition énergétique réussie et juste.

Aujourd’hui, avec la crise en Ukraine, il est devenu évident que personne n’est proche de l’objectif louable d’une énergie à émissions nulles. L’envolée des prix de l’essence témoigne de la dépendance du marché au seul pétrole brut. Quant au gaz naturel, il a atteint un sommet historique en Europe, le 7 mars, et reste près de ses records. Pourtant, la production, le transport et l’utilisation du gaz naturel, le plus propre de tous les combustibles fossiles, constitue un moyen raisonnable de répondre aux besoins énergétiques généralisés tout en limitant les émissions de dioxyde de carbone.

Investir massivement dans les projets gaziers ne résoudrait pas les problèmes immédiats de l’Europe, mais permettrait à l’Afrique de devenir une alternative à l’énergie russe, tout en répondant à ses propres besoins urgents. Le récent accord de développement de l’hydrogène vert signé par la société énergétique allemande Emerging Energy Corporation, au Niger, est un pas dans la bonne direction, considère le patron de la Chambre africaine de l’énergie. Dans le même esprit, le Niger, l’Algérie et le Nigeria ont signé la déclaration de Niamey, en février 2022. Le résultat final de leur coopération est que le gazoduc transsaharien, longtemps retardé, va enfin avancer. D’autres projets existants sont au point mort au Cameroun, en Guinée équatoriale, en Tanzanie et au Mozambique. « Les capitaux vont là où ils sont les bienvenus », fait observer NJ Ayuk.

 

 

Écrit par
Paule Fax

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