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African Business

Un travail dans le numérique, oui, mais un travail décent !

L’économie numérique peut offrir des emplois, mais de nouvelles réflexions doivent s’amorcer pour garantir des emplois décents, recommande l’Organisation internationale du Travail dans une synthèse publiée en août 2021.

Par Kimberly Adams

Ce n’est pas la première fois que l’OIT (Organisation internationale du travail) s’interroge sur la place de l’industrie numérique dans l’écosystème de l’emploi.

L’Organisation, cette fois, a étudié le sort réservé aux réfugiés dans trois pays, le Kenya, l’Ouganda et l’Égypte. Leur situation peut être extrapolée à d’autres pays et pose des questions pour l’ensemble des Africains, souligne un récent rapport.

L’OIT avait déjà alerté, en 2019, sur les failles de l’économie numérique. Ses préoccupations rejoignent ses grands organismes qui encouragent l’emploi dans les nouvelles technologies

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Les auteurs de Pour un travail décent pour les jeunes réfugiés et les communautés d’accueil dans l’économie des plateformes numériques ne nient pas que le travail numérique à la tâche constitue une source potentielle de revenus. Souvent à la peine pour entrer sur les marchés du travail, les réfugiés peuvent se tourner vers les grandes plateformes numériques telles que Jumia ou Upwork, par exemple.

Néanmoins, le travail sur les plateformes numériques pose deux problèmes majeurs : le manque de travail décent et le manque de connectivité. Certes, les trois pays étudiés dans ce rapport ont tous investi massivement dans l’économie numérique et adopté des stratégies nationales pour accroître l’accès au numérique. Pourtant, en 2020, seuls 22,5 % de la population kenyane utilisaient l’Internet, contre 57 % en Égypte et 24 % en Ouganda.

À l’échelle mondiale, si 93 % des réfugiés sont couverts par un réseau 2G au moins, ils ont 50 % de chances de moins que la population générale de posséder un téléphone connecté au réseau. Pour les jeunes réfugiés, l’accès est encore plus limité.

Parmi les autres défis importants, figurent les difficultés à obtenir des permis de travail, le manque de fiabilité de l’approvisionnement en électricité et de la connexion internet, l’accès insuffisant au matériel informatique et aux logiciels appropriés ou à des mécanismes de paiement en ligne.

Un travail indépendant et informel

« La répartition inégale de la connectivité, les inégalités en matière de compétences et de cultures numériques, ainsi que les obstacles spécifiques que rencontrent de nombreuses populations réfugiées pour accéder à l’économie numérique et à un travail numérique décent rendent difficile de postuler à ces emplois », explique Andreas Hackl, l’auteur du rapport. « Sans action coordonnée, l’économie numérique peut aggraver les inégalités économiques et sociales profondément ancrées qui régissent la vie des jeunes. »

Des initiatives existent, toutefois, pour faciliter l’accès à l’économie numérique. Des organisations intermédiaires telles que les plateformes de travail à impact social proposent de redistribuer les offres de travail aux réfugiés, notamment, et de négocier en leur nom les frais et les conditions avec les plateformes.

L’OIT suggère d’approfondir les efforts visant à constituer une gamme de compétences numériques, afin de renforcer l’employabilité dans un avenir du travail numérisé. Il faut, pour cela, travailler avec les employeurs et les secteurs économiques concernés pour assortir les compétences aux demandes de travail.

Des exemples de formation qualifiante en ligne, telles que les académies de codage, les camps d’entraînement et l’enseignement et la formation techniques et professionnelle (EFTP) en ligne sont proposés dans le camp de Kakuma au Kenya, la colonie de Bidi Bidi en Ouganda et les grandes villes comme Le Caire, en Egypte.

Le rapport liste plusieurs recommandations en vue de promouvoir les emplois numériques parmi les jeunes réfugiés. Améliorer leur accès à l’Internet et à ses dimensions économique et d’emploi. Approfondir les efforts visant à constituer une gamme de compétences numériques, afin de renforcer l’employabilité dans un avenir du travail numérisé. Il faut, pour cela, travailler avec les employeurs et les secteurs économiques concernés pour assortir les compétences aux demandes de travail.

Dans le cas plus spécifique des réfugiés, l’OIT suggère le soutien de la part des employeurs à distance par une assistance financière et technique – y compris les entreprises sociales et les plateformes de travail à impact social. Il semble également nécessaire de revoir les stratégies de formalisation de manière à obtenir de meilleures conditions de rémunération et de travail, pour les salariés ou pour les travailleurs indépendants.

Presque sans exception, travailler grâce aux plateformes numériques de travail est classé comme travail indépendant, tandis que le commerce électronique à petite échelle, comme la vente et le commerce de biens de consommation en ligne est largement informel. Le « dialogue social » est à revoir, de même que les statuts et régimes juridiques. Cela suppose un plaidoyer et un soutien politique de haut niveau.

Au cœur de cette complication est un dilemme : l’économie des plateformes numériques, largement non réglementée devient une option incontournable pour travailler, pour un pan entier de la jeunesse, ce, malgré les défis relatifs aux conditions de travail. À moins que les éléments fondamentaux du business model de la plateforme l’évolution de l’économie, les opportunités sur ces plateformes resteront de faible qualité et précaires.

Assurer des conditions de travail décentes dans l’économie numérique nécessite des actions coordonnées à différents niveaux pour garantir que les normes internationales du travail, une fois ratifiées, soient correctement mises en œuvre et que les politiques et d’autres réglementations sont discutées et adoptées dans le cadre du dialogue social.

Rapport complet, en anglais, sur : www.ilo.org/global/topics/youth-employment/publications/WCMS_816539

KA

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