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African Business Economie

Un rebond des IDE en trompe-l’œil

Un rebond des IDE en trompe-l’œil
  • Publiéjuin 10, 2022

Certes, les investissements directs étrangers à destination de l’Afrique ont atteint un niveau record, l’an passé, signale la CNUCED. Cette performance masque des disparités régionales, une importante transaction boursière, et un faible niveau, quoiqu’en amélioration, des investissements productifs.

 

Par Laurent Soucaille

En 2021, les investissements directs étrangers (IDE) vers les pays africains ont atteint un niveau record de 83 milliards de dollars, selon le Rapport 2022 sur l’investissement dans le monde de la CNUCED. Ce montant représente plus du double du niveau de 2020 ; pour autant, peut-on parler de rebond ? Certes, les flux d’investissements vers l’Afrique représentent 5,2% des IDE mondiaux, contre 4,1% un an plus tôt, il est vrai. Sauf que l’essentiel du rebond s’explique par l’échange d’actions entre Naspers et Prosus, comptabilisé en Afrique du Sud, au troisième trimestre 2021.

« À long terme, le continent africain présente un grand potentiel pour attirer les investissements internationaux dans les économies verte et bleue, ainsi que dans les infrastructures », commente James Zhan (CNUCED). Selon qui le défi de l’Afrique « consiste à améliorer encore le climat des affaires et à renforcer sa capacité à absorber ces investissements durables ».

L’organisme constate que la plupart des pays d’Afrique ont connu une hausse modérée des IDE en 2021.  « Si nous excluons cette transaction, l’augmentation des flux d’IDE vers l’Afrique, tout en restant positive, est plus conforme à ce que nous avons observé dans d’autres régions en développement », commente James Zhan, directeur de la division de l’investissement et des entreprises de la CNUCED.

L’Afrique australe, l’Afrique de l’Est et l’Afrique de l’Ouest ont vu leurs flux d’investissement augmenter, tandis que ceux destinés à l’Afrique centrale sont restés stables et que l’Afrique du Nord a enregistré une baisse.

Les plus gros détenteurs d’actifs étrangers en Afrique sont restés européens, avec en tête les investisseurs du Royaume-Uni (65 milliards$) et de la France (60 milliards$).
 S’ils comportent une dimension purement boursière (achats d’actions), les IDE revêtent aussi des investissements concrets. Parmi les nouveaux projets annoncés en Afrique du Sud, les experts citent notamment un financement de projet d’énergie propre de 4,6 milliards $ parrainé par la britannique Hive Energy et un projet d’investissement nouveau d’un milliard $ par l’américaine Vantage Data Centers pour construire son premier campus africain.

 

Champs pétroliers et mines soutiennent la RD Congo

En Afrique de l’Ouest, les IDE ont augmenté de 48 % en 2021, pour atteindre 14 milliards $. Le Nigeria, premier bénéficiaire de la sous-région, a vu ses flux doubler pour atteindre 4,8 milliards de dollars, principalement en raison d’une reprise des investissements dans les secteurs du pétrole et du gaz.

Les opérations de financement de projets internationaux dans le pays ont bondi à 7 milliards $. Il s’agit notamment du projet de construction d’un complexe industriel dans le port d’Escravos, d’une valeur de 2,9 milliards $. Les projets dans les industries extractives ont également contribué à faire grimper les IDE au Ghana à 2,6 milliards $ (+39 %).

Le Sénégal a également connu une augmentation notable de 21 % des IDE, qui ont atteint 2,2 milliards $. Le pays a enregistré une hausse de 27 % des projets d’investissements nouveaux annoncés. À noter un quasi-doublement des IDE à destination de la Côte d’Ivoire, à 1,4 milliard $.

Les IDE vers l’Afrique centrale se stabilisent à 9,4 milliards $, en 2021. Ils progressent toutefois vers la RD Congo (+14%) pour atteindre 1,9 milliard $ ; les tendances d’investissement restant positives principalement en raison des flux vers les champs pétroliers offshore et les mines.

Les flux d’investissement vers le Congo Brazzaville ont diminué de 8 % pour atteindre 3,7 milliards $ en 2021, mais deux opérations internationales de financement de projets ont été annoncées dans le pays. La plus importante concerne la construction d’une installation pétrolière pour 166 millions $. En direction du Cameroun, les IDE ont progressé de 26%, selon les estimations de la CNUCED.

 

Quelques projets « dans les tuyaux »

En Afrique du Nord, les IDE entrant ont diminué de 5 % pour s’inscrire à 9,3 milliards $.

Les flux d’investissement vers le Maroc ont augmenté de 52 % (à 2,2 milliards $). À noter une stabilité des investissements vers la Tunisie (à 600 millions $) et une chute de 24% de ceux à destination de l’Algérie. Malgré une baisse de 12% en 2021, l’Égypte est le deuxième plus grand bénéficiaire d’IDE en Afrique, à hauteur de 5,1 milliards $.

Les promesses des pays du Golfe d’investir environ 22 milliards $ dans divers secteurs économiques en Égypte pourraient stimuler les IDE à l’avenir, considère d’ailleurs la CNUCED. Qui note que les projets entièrement nouveaux annoncés dans le pays ont plus que triplé en 2021.

Enfin, les flux d’investissement vers l’Afrique de l’Est ont augmenté de 35 % pour atteindre 8,2 milliards $.

Sur l’ensemble du continent, malgré la tendance globalement positive, le total des annonces de projets nouveaux est resté faible, à 39 milliards $, ne montrant qu’une modeste reprise par rapport aux 32 milliards $ enregistrés en 2020, et bien en dessous des 77 milliards enregistrés en 2019. Parallèlement, le nombre de projets internationaux dans le domaine des énergies renouvelables en Afrique a plus que doublé, à 71 milliards $.

Parmi ceux-ci, figure un projet de 20 milliards $ concerne la fourniture par le Maroc d’énergie solaire et éolienne au Royaume-Uni, via 3 800 km de câbles sous-marins.

 

Flux d’IDE vers le continent africain
(en milliards de dollars)

 

Rapport complet (en anglais) ICI

 

 

@AB

 

Écrit par
Laurent Soucaille

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