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African Business

Un potentiel intact dans la nouvelle économie

Certes, la crise sanitaire pourrait ralentir le phénomène, mais l’Afrique garde des atouts énormes dans l’économie numérique. Une population jeune, avide de nouvelles technologies, des besoins à satisfaire. L’économie du Net sera vite significative.

Par Laurent Soucaille

Le rapport Google-IFC, intitulé « e-Conomy Africa 2020 », paru mi-novembre, met en exergue le potentiel d’investissement dans l’économie du Net en Afrique. Surtout, il insiste sur l’indispensable coordination entre secteur public et secteur privé pour appuyer la transformation numérique de l’Afrique, commentent deux chercheurs de l’IFC (Société financière internationale) Alison Buckholtz et Ken Olooi.

Ces derniers rappellent les chiffres chocs de ce rapport : l’économie du Net en Afrique pourrait représenter 5,2 % du PIB du continent à l’horizon 2025, pour une contribution voisine de 180 milliards de dollars.

« C’est le moment opportun pour exploiter la puissance des start-up technologiques du continent, afin de trouver des solutions indispensables pour améliorer l’accès à l’éducation, aux soins de santé et aux finances, et assurer une reprise plus résiliente, faisant de l’Afrique un leader mondial de l’innovation numérique et au-delà. »

Le potentiel numérique en Afrique est tangible et largement réparti, malgré les revers liés à la pandémie de Covid-19. Bien sûr, la crise sanitaire devrait donner un sérieux coup de frein à la croissance économique en Afrique, comme dans le reste du monde dans les cinq prochaines années.

Pour autant, la résilience de l’économie internet en Afrique, la consommation privée, les talents des développeurs, les investissements publics et privés, le déploiement des infrastructures numériques et les nouvelles politiques et réglementations continueront de tirer la croissance.

L’essor des entreprises du Net laisse entrevoir « un fort potentiel de croissance » au service de la création d’emplois, de la réduction de la pauvreté et de la résolution des futurs défis du développement du continent, soulignent les auteurs.

Le rapport note également que l’intérêt des investisseurs pour les start-up numériques africaines a bondi en 2019, avec plus de 2 milliards $ de participations. La dynamique s’est confirmée au premier trimestre 2020, avec à nouveau 350 millions $ d’investissements en capitaux propres.

Malgré une sensibilité accrue des investisseurs au risque liée au ralentissement de l’économie mondiale consécutif à la pandémie, cette tendance devrait se maintenir.


Un marché unique très attendu

L’harmonisation des règles régionales et la stabilité du cadre réglementaire sont déterminantes pour le succès des start-up. C’est pourquoi la future ZLECAf (Zone de libre-échange continentale africaine) est l’une des étapes indispensables pour garantir cette harmonisation.

La zone, qui deviendra effective le 1er janvier 2021, vise à réduire de 90 % les tarifs douaniers sur tous les biens et faciliter la libre circulation des marchandises, des services, des capitaux et des personnes. Potentiellement, la ZLECAf créera un marché unique de 1,3 milliard de personnes, au PIB combiné de 2 600 milliards $.

C’est exactement ce sur quoi comptent les jeunes entrepreneurs. Tel Obi Ozor, cofondateur de Kobo360, une plateforme en ligne qui met en relation les routiers africains et les propriétaires de cargaisons. Le Nigérian s’intéresse au développement d’une chaîne logistique numérique sur le continent.

Dès que la zone de libre-échange sera effective, « pour nous, acteurs de la logistique, cela représentera un marché unique potentiel de 300 milliards $ », a-t-il expliqué lors d’un webinar organisé par l’IFC.
Le rapport indique que le nombre de profils technologiques en Afrique, déjà important, continue d’augmenter : le continent compte déjà quelque 700 000 développeurs professionnels, dont plus de la moitié sont concentrés dans cinq grands marchés : l’Égypte, le Kenya, le Maroc, le Nigeria et l’Afrique du Sud.

Même si les femmes ne représentent qu’un cinquième à peine de cette profession en Afrique, le dynamisme de l’écosystème ouvre des débouchés pour celles qui se spécialisent dans le code, en particulier en Égypte, au Maroc et en Afrique du Sud.
Le rapport montre aussi comment la démographie et l’urbanisation rapide annoncent la croissance économique globale du continent et l’orientation de son économie numérique. En 2050, l’Afrique devrait compter 2,5 milliards d’habitants, et peser pour un tiers des jeunes âgés de 15 à 35 ans dans le monde.

Des millions d’emplois en jeu

 « Si l’Afrique veut devenir compétitive à l’échelle mondiale, elle doit s’appuyer sur son atout majeur : son dynamisme démographique et, partant, sa jeunesse », affirme Wale Ayeni (IFC), qui a coécrit le rapport. « Ces jeunes entrepreneurs africains férus de technologies ont compris que, grâce à l’outil numérique, ils pouvaient créer et développer une entreprise, créer de la valeur et monétiser des solutions nouvelles et intéressantes. Cela change la donne. Et pourrait constituer un tournant pour l’Afrique. »



Le rapport constate que l’accès à internet est un autre facteur essentiel de la croissance économique de l’Afrique : à 40 % actuellement, une hausse de 10 % du taux de pénétration de l’Internet mobile pourrait faire progresser le PIB par habitant de 2,5 points de croissance, contre 2 points à l’échelle mondiale.

Avec un taux de pénétration d’Internet de 75 %, 44 millions de nouveaux emplois pourraient être créés. D’ici 2025, 167 millions de personnes supplémentaires auront souscrit à des services mobiles, portant le total à environ 623 millions d’utilisateurs. En 2025, les connexions des smartphones auront doublé par rapport à 2020, suggère le rapport.

« L’économie numérique peut et doit changer le cours de l’histoire de l’Afrique », commente Stephanie von Friedeburg, vice-présidente de l’IFC.  « C’est le moment opportun pour exploiter la puissance des start-up technologiques du continent, afin de trouver des solutions indispensables pour améliorer l’accès à l’éducation, aux soins de santé et aux finances, et assurer une reprise plus résiliente, faisant de l’Afrique un leader mondial de l’innovation numérique et au-delà. »

En plus d’offrir un emploi aux Africains, la plupart des créateurs de start-up estiment que leurs entreprises bâtissent un modèle de culture institutionnelle propre au continent : « Parce que l’écosystème technologique du continent est très restreint, les rares entreprises qui opèrent dans ce domaine donnent le ton et définissent les règles », explique Aisha Pandor.

La jeune femme développe, à partir du Kenya, SweepSouth, une société de réservation en ligne de services à domiciles. « Nous avons le sentiment que les entreprises africaines ont plus de responsabilités que les autres… Nous devons traiter les gens à notre manière. Nous devons accorder plus d’attention aux valeurs, par exemple, et notre conduite doit être différente de celle que nous aurions dans un écosystème beaucoup plus développé. »

LS

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