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Un nouvel observatoire du climat

Un nouvel observatoire du climat
  • Publiéjuillet 8, 2024

L’Observatoire africain de la finance durable introduira de nouveaux outils ESG afin que les secteurs public et privé puissent mesurer leur impact sur l’environnement.

 

Du Sahel à la Corne de l’Afrique, et du Nord au Sud, les pays africains subissent de plein fouet les conséquences des sécheresses et des inondations de plus en plus graves causées par le changement climatique. Au Kenya, des centaines personnes sont mortes depuis le mois de mars dans des inondations causées par des précipitations supérieures à la normale. Plus de 58 000 foyers ont été touchés, soit environ 300 000 personnes, pour des millions de dollars de dégâts.

« Le conseil scientifique de l’AFN comprend des professeurs et des spécialistes, ainsi que des directeurs de banque et de microfinance et des responsables d’institutions internationales. Cela nous permet de penser globalement. »

L’Observatoire africain de la finance durable (AOSF), lancé en mai lors des réunions sur la finance durable de l’African Finance Network (AFN), à Sfax, en Tunisie, vise à trouver des solutions financières pour aider l’Afrique à prévenir et à se remettre des événements environnementaux dévastateurs qui l’affligent de plus en plus régulièrement.

Avec pour principales parties prenantes le ministère tunisien de l’Environnement, la Bourse de Tunis, QNB, l’Université de Sfax, ISCAE Maroc, STB Finance, et AMEF Consulting, il s’agit de fournir aux gouvernements et à la société civile des évaluations régulières des progrès de la finance durable et de la transition écologique en Afrique afin qu’ils soient mieux préparés à faire face aux événements climatiques.

L’« objectif est de constituer un Conseil africain de la RSE pour adapter les directives européennes sur l’environnement et le climat aux réalités des pays africains, de promouvoir l’idée d’un Fonds de sensibilisation aux dommages climatiques pour financer les stratégies contre les risques climatiques en Afrique, et de réfléchir à un plan d’action et de solidarité pour l’échange et l’éducation sur la transition écologique », explique à African Business Dhafer Saïdane, professeur à SKEMA Business School et président de l’AFN.

« L’Observatoire assurera une veille, puis proposera des outils de mesure ESG et clarifiera les idées à travers la publication de documents politiques, afin de fournir aux parties prenantes des informations qui leur permettront de comprendre pleinement les développements actuels dans le domaine de la finance durable. »

 

Un coût de 2% à 5% du PIB

Les défis que l’OSF veut relever découlent principalement des inégalités climatiques.

L’« Afrique fait partie de l’équation de la lutte contre le changement climatique, non pas parce qu’elle le provoque, mais plutôt parce qu’elle le subit », rappelle à African Business Christian de Boissieu, professeur émérite à l’université Paris-1 Sorbonne et membre de l’AFN.

En 2009, les pays riches se sont engagés à verser 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 aux pays pauvres qui subissent de manière disproportionnée les effets du changement climatique. Cet engagement a été réaffirmé dans l’accord historique de Paris sur le climat en 2015, mais seulement 353 milliards de dollars ont été versés entre 2015 et 2020, selon Reuters.

Un fonds pour les pertes et dommages a été lancé lors de la COP28 à Abu Dhabi en novembre 2023 pour soutenir davantage les nations en développement. L’initiative a été applaudie par les experts et les défenseurs du climat, mais les critiques disent qu’il reste à voir si l’initiative sera amplement financée.

Selon Christian de Boissieu, la transition écologique coûtera « entre 2 % et 5 % du PIB de chaque pays concerné par an ». En Tunisie, par exemple, en prenant une estimation de 2% de son PIB actuel de 54,7 milliards $ par an, il faudrait 1,1 milliard $ par an pour financer la transition écologique. Si l’on atteint la fourchette haute de 5 %, la facture s’élève à 2,8 milliards $.

Impression d'un pipeline d'hydrogène vert du futur avec des éoliennes en arrière-plan, générée par l'IA. (Image : Imagemir / Adobe Stock).Pour l’ensemble du continent, la transition vers les énergies propres nécessitera un investissement annuel de 190 milliards $, selon Nassim Oulmane, directeur de la division du changement climatique et de la gestion des ressources naturelles de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique. « Les vulnérabilités liées à la dette restent élevées sur le continent. Les nations africaines sont souvent contraintes de choisir entre le remboursement de leur dette et le financement de secteurs essentiels. Il est compréhensible que les gouvernements soient limités lorsqu’il s’agit de financer des projets ambitieux », précise-t-il. « Cela représente des sommes astronomiques pour la plupart des pays africains, qui sont déjà surendettés », ajoute le professeur de Boissieu. « L’Afrique ne dispose pas de marchés financiers développés, contrairement aux pays du Nord. Ils sont encore émergents. »

 

Un indicateur de performance

En réponse à cette situation, l’AOSF vise à mobiliser des financements conventionnels et durables pour l’Afrique par le biais de diverses méthodes. Travailler avec le secteur privé pour améliorer leurs indicateurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) sera un élément clé du mandat de l’Observatoire.

L’« Observatoire vise à aider les entreprises à se familiariser avec la finance durable », nous confie Nabil Jedlane, professeur à l’École nationale de commerce et de gestion (ENCG) de Tanger et président du conseil scientifique de l’African Finance Network. « Il suivra la transformation et les engagements du secteur financier africain vers une finance plus durable et plus responsable. » Dès lors, « il est impératif de mobiliser les capitaux du secteur privé et de soutenir les PME, qui sont le moteur de la croissance de nos économies en générant des emplois et en stimulant l’innovation », ajoute Nassim  Oulmane.

L’AOSF utilise SPIscore, un indicateur qui mesure la performance ESG des entreprises et la satisfaction des parties prenantes.

« Nous mesurons des scores par partie prenante et un score final basé sur les stratégies ESG de l’entreprise », explique Sana Ben Abdallah, professeure à la Faculté des sciences économiques et de gestion de Sfax, membre de l’AFN et cofondatrice de SPIscore. « Il s’agit d’un score personnalisable qui peut être appliqué à n’importe quelle organisation et dans différents contextes, y compris les entreprises et les ONG, par exemple. »

Les conseils basés sur le score – déjà fournis aux entreprises du secteur privé, notamment STB Finance en Tunisie et BDMG au Brésil – se déroulent en trois phases. Une fois le score calculé, les experts rédigent un rapport et font des recommandations aux entités concernées pour améliorer leur stratégie ESG.

« De tels outils de mesure ESG n’ont pas encore été développés en Afrique. Nous voulons encourager les entreprises africaines à les utiliser, car c’est devenu une nécessité dans le monde entier », poursuit Sana Ben Abdallah.

L’amélioration des scores ESG ne profitera pas seulement aux entreprises africaines sur les marchés nationaux. Les entreprises africaines doivent aussi de plus en plus se conformer aux réglementations environnementales mondiales élaborées ailleurs dans le monde. La nouvelle taxe carbone de l’Union européenne, par exemple, devrait imposer des taxes à l’importation basées sur les émissions de dioxyde de carbone dans la production des fabricants, d’ici à 2026.

Selon la Banque africaine de développement, l’Afrique pourrait perdre 25 milliards $ par an lorsque la nouvelle taxe sur le carbone entrera en vigueur, une somme qui pourrait être consacrée aux besoins d’adaptation et d’atténuation de l’Afrique. Selon l’Observatoire, travailler à l’amélioration des scores ESG des entreprises africaines aura donc un impact positif à la fois sur les affaires et sur l’environnement.

La collaboration pluridisciplinaire est au cœur de l’approche de l’AOSF sur ces questions, explique le professeur Jedlane. « L’Afrique doit aller plus loin pour ne pas rater le coche. C’est pourquoi nous travaillons en harmonie avec tous les autres acteurs – professionnels, universitaires et institutionnels. Par exemple, le conseil scientifique de l’AFN comprend des professeurs et des spécialistes, ainsi que des directeurs de banque et de microfinance et des responsables d’institutions internationales. Cela nous permet de penser globalement. »

Cela va jusqu’à la collaboration entre le monde riche, qu’il faut accompagner dans la transition climatique, et les pays africains qui ont désespérément besoin de leur soutien financier.

L’« originalité de l’AOSF réside dans son identité panafricaine, mais aussi dans sa volonté de collaboration entre le Sud et le Nord, et non de conflit entre eux », précise Christian de Boissieu.

Le Grand entretien avec Christian de Boissieu

@AB

 

Écrit par
Adam Saïdane

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