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African Business

Un guide pour convaincre de la démarche ESG

La Bourse de Tunis édite un guide expliquant les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance. Choix des critères, redevabilité, ce vademecum, universel, rejoint les objectifs de développement durable des Nations unies.

Par Laurent Soucaille

Un petit guide explique tout des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) pour les entreprises. On le doit au Conseil tunisien des marchés financiers (CMF) et à la Bourse de Tunis. Il vise à faire comprendre combien les enjeux ESG peuvent aussi représenter un atout pour les entreprises cotées ou non, ses critères faisant désormais partie de la décision d’investissements, pour des fonds, des particuliers, des capitaux-risqueurs, etc.

L’information doit être intelligible, claire, fiable, comparable, et donc crédible. Et doit être exhaustive : l’entreprise ne doit pas cacher ses failles et ses retards. « Cette reddition n’est pas un exercice accessoire mais bien une responsabilité à part entière de l’entreprise, un enjeu en soi », insiste le rapport.

La Bourse de Tunis ne prend pas le train en marche : elle avait déjà adhéré, en 2015, à l’Initiative Sustainable Stock Exchange (SSEI) promue par les Nations unies. Lancée en 2009, cette initiative fédère désormais un millier de places boursières dans le monde. Elle a pour mission d’étudier les moyens de collaboration entre les places financières, les investisseurs, les régulateurs et les entreprises, avec un double objectif : améliorer la transparence face aux enjeux ESG et encourager le financement responsable à court et à long terme.

Lors d’une présentation publique du rapport, le directeur général de Bourse de Tunis, Bilel Sahnoun a rappelé l’importance croissante de la finance durable et des contraintes qui en découlent. La plupart sont contenues dans les 17 Objectifs de développement durable des Nations unies.

Le monde de la finance s’implique davantage, avec les « fonds verts », les « fonds bleus », les « obligations éthiques ou sociales », etc. En 2020, les émissions d’obligations vertes dans le monde ont atteint 400 milliards d’euros. De son côté, la Tunisie a promulgué une loi sur la RSE en 2018 mais les décrets d’application se font attendre.

Trente-deux critères pour définir un cap

Guide ESG Bourse Tunis

De son côté, le CMF œuvre sur un cadre réglementaire pour l’émission des « emprunts verts » dans le pays. Les financements verts représentent 1,5 milliard de dollars dans la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), l’essentiel étant investi au Maroc ou en Égypte. La Tunisie représenterait 1% du total, soit 15 millions $, principalement vers les programmes de l’Agence nationale de protection de l’environnement.

Ce guide est censé les convaincre administrateurs, dirigeants d’entreprises, représentants du personnel, investisseurs, etc., « de l’utilité de la démarche ESG aussi bien pour eux-mêmes, pour l’entreprise, que pour la communauté », expliquent les dirigeants du CMF et de la Bourse, dans son introduction.

Après un passage en revue des principes de base, le guide explique en quoi la démarche RSE (responsabilité sociétale des entreprises) et la publication ESG sont désormais incontournables dans la vie d’une société.

Le guide se termine par une liste exhaustive de 32 indicateurs. Libre à chacun de donner la priorité à tel ou tel, le document ne se veut pas prescriptif. Les entreprises doivent préserver une marge d’analyse suffisante pour tenir compte de leurs enjeux propres et de leurs spécificités.

Les critères évoquent la consommation énergétique (type de combustible, consommation de l’entreprise et hors de l’entreprise, utilisation d’énergies renouvelables, etc.), l’utilisation de l’eau, des émissions de gaz à effet de serre. Il s’agit de savoir si l’entreprise a une politique générale d’environnement, de recyclage des déchets (dangereux ou non dangereux), l’utilisation de matières renouvelables ou non, etc.

Être attentif aux autres

S’y ajoutent des critères humains comme l’équité salariale entre les femmes et les hommes, le recours ou non à l’intérim et aux contrats à durée déterminée, la conversion de ces derniers en emplois stables. Peu d’entreprises publient une charte de diversité ou de non-discrimination.

Plusieurs critères relèvent des conditions de travail (sécurité, santé, travail des enfants, formation professionnelle) et de l’inclusion de l’activité au sein des communautés locales. La gouvernance de l’entreprise (politique de promotion, diversité dans les instances de décision, négociations collectives, etc.) n’est pas oubliée. De même que la lutte contre la corruption et la confidentialité des données.

Le guide insiste sur un point : la responsabilité sociétale n’est pas qu’interne. Une dirigeante ou un dirigeant d’entreprise doit aussi se soucier de ses fournisseurs, de ses clients, de ses prestataires et sous-traitants. Selon une enquête menée par la Bourse de Tunis, 19% des sociétés cotées se mobilisent activement en matière de RSE mais une part infime a un département dédié à ces questions.

La plupart les intègre au sein du service des ressources humaines ou de marketing. Environ quatre entreprises sur dix réfléchissent à ses questions mais un tiers des dirigeants interrogés n’ont « pas encore » identifié les enjeux de la RSE liés à leurs activités.

Charge désormais aux entreprises de communiquer régulièrement (rapports annuels, communications sur le net) des informations pertinentes rendant compte de l’impact réel de l’entreprise, qu’il soit positif ou négatif. L’information doit être intelligible, claire, fiable, comparable, et donc crédible. Pour cela, elle doit être exhaustive : l’entreprise ne doit pas cacher ses failles et ses retards. « Cette reddition n’est pas un exercice accessoire mais bien une responsabilité à part entière de l’entreprise, un enjeu en soi », insiste le rapport.

@LS

ENCADRE

Smart Tunisie, la 80e inscription à la cote

Le groupe Smart Tunisie, spécialiste du matériel informatique et des accessoires de technologie, entre en Bourse. La société entame, ce 13 décembre 2021, son augmentation de capital et la vente d’actions existantes, à destination du public et de son personnel.

L’opération s’achève le 22 décembre au plus tard ; le prix d’émission est de 25,5 dinars (7,9 euros). La société de Bourse Tunisie Valeurs prépare l’inscription à la cote de la valeur, qui sera la 80e société inscrite en Bourse de Tunis. Et la seule à rejoindre le marché cette année. Le groupe compte cinq filiales, dont une au Maroc.

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