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African Business

Un continent bien orienté, des fragilités persistantes

Un continent bien orienté, des fragilités persistantes
  • Publiémars 29, 2024

Les principaux moteurs de la croissance en Afrique en 2024 seront le Niger, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, la RD Congo et le Rwanda, selon la Commission économique pour l’Afrique.

 

Une fois encore, cette année, les pays africains devraient dominer au sein des économies les plus dynamiques dans le monde, selon un rapport de la CEA (Commission économique pour l’Afrique) dont l’institution fait part sur son site Internet.

Adam Elhiraika, directeur de la division Macroéconomie et gouvernance de la CEA, constate que l’Afrique était la région du monde en développement qui connaissait la croissance la plus rapide après l’Asie de l’Est et du Sud en 2023, et qu’elle poursuivrait cette tendance en 2024 et 2025.

Le rapport indique que le Niger et le Sénégal devraient connaître une croissance économique significative en raison de l’augmentation de la production et des exportations d’hydrocarbures.

Au Niger, la croissance sera alimentée par la reprise de la production agricole – bien qu’elle soit vulnérable aux conditions climatiques défavorables – et par une augmentation de la production de pétrole brut, qui aura un impact bénéfique sur l’activité des transports. Toutefois, les récents coups d’État militaires et les sanctions imposées par les blocs régionaux ont perturbé l’activité économique et entraîné des coûts sociaux importants.

Sans surprise, la CEA conseille aux pays africains de mettre en œuvre des réformes structurelles pour aider à relancer la croissance et à renforcer la résilience, et pour améliorer l’efficacité des politiques fiscales et monétaires afin de contenir l’inflation.

La croissance au Sénégal sera tirée par l’augmentation des projets privés et d’infrastructure. Cependant, les habitants de quinze pays africains participent à des élections cette année (y compris les élections présidentielles qui viennent de se conclure au Sénégal), ce qui pourrait avoir un impact sur la croissance et le développement à court terme.

Évoquant la Côte d’Ivoire, la RD Congo et le Rwanda, Adam Elhiraika considère que l’expansion « robuste » de ces pays s’explique par  « l’augmentation des investissements dans les infrastructures, le développement continu du tourisme, les bonnes performances de l’industrie minière et les avantages de la diversification économique ».

 

Une trajectoire instable

La croissance en RD Congo sera alimentée par le secteur extractif en raison de l’ouverture de nouveaux champs pétroliers, ainsi que par l’agriculture, les services et l’exploitation minière, conformément à la stratégie nationale visant à stimuler les dépenses sociales et d’investissement.

La croissance du Rwanda sera alimentée par la consommation privée et l’investissement. Tandis que la croissance de la Côte d’Ivoire est alimentée par l’augmentation de l’investissement découlant des réformes du marché favorables à la concurrence et de l’amélioration de l’environnement des affaires dans le plan de développement national, ainsi que par la consommation privée influencée par la baisse de l’inflation.

Le rapport montre que le continent devrait connaître une croissance de 3,5 % en 2024 (après de 2,8 % en 2023) et de 4,1 % en 2025 ; une tendance principalement soutenue par les exportations nettes, la consommation privée et l’investissement.

Toutefois, reconnaît la CEA, la croissance économique de l’Afrique reste instable et inférieure à son potentiel, ainsi qu’au taux requis pour atteindre les ODD (Objectifs de développement durable) et l’objectif de l’Agenda 2063. « Ce qui nécessite d’importants changements de politique budgétaire et monétaire, ainsi que des efforts accrus pour résoudre les problèmes d’équilibre interne et externe, d’inflation et d’endettement. »

Bien sûr, en 2023, l’économie mondiale a fait preuve de résilience grâce à la baisse des prix de l’énergie et des denrées alimentaires, à l’augmentation de la consommation en Chine et à l’amélioration de la croissance économique aux États-Unis. Néanmoins, les perspectives restent incertaines, avec une dette élevée, des coûts d’emprunt en hausse, un commerce mondial faible et des risques géopolitiques croissants.

« La région est confrontée à des menaces de resserrement des conditions monétaires et fiscales, et à des risques notables en matière de viabilité de la dette », note Adam Elhiraika, ajoutant que les catastrophes climatiques en cours et les phénomènes météorologiques extrêmes continueront d’avoir un impact négatif sur l’agriculture et le tourisme, tandis que l’instabilité géopolitique continuera d’affecter certaines parties de l’Afrique.

 

Des progrès sociaux entravés

Le rapport considère que le commerce en Afrique reste confronté à des vents contraires qui se traduisent par des sorties nettes de capitaux et des recettes d’exportation modérées, le commerce intra-africain restant relativement faible. Les exportations totales de l’Afrique sont largement concentrées dans les matières premières extractives, ce qui a maintenu l’Afrique à des niveaux peu élevés le long des chaînes de valeur essentielles.

Adam Elhiraika, directeur de la division Macroéconomie et gouvernance de la CEA.
Adam Elhiraika, directeur de la division Macroéconomie et gouvernance de la CEA.

Et de qualifier les tendances en matière de développement social en Afrique de « préoccupantes », en raison de l’augmentation de la pauvreté, des inégalités et du chômage qui exacerbent les difficultés du continent à atteindre les ODD.

Le rapport de la CEA note que la capacité des pays africains à lutter efficacement contre la pauvreté et les inégalités est « fortement limitée » par le faible effet de réduction de la pauvreté de la croissance économique.

Et l’organisme onusien de conclure par une série de recommandations. Pour revitaliser le commerce en Afrique, estiment ses économistes, il est nécessaire de réduire les coûts commerciaux en Afrique. La mise en œuvre de la ZLECAf est « vitale » pour stimuler le commerce, éliminer les barrières et promouvoir d’autres stratégies de libéralisation du commerce.

Pour atteindre les ODD, il est nécessaire de mobiliser davantage de ressources nationales et d’introduire des mécanismes de financement innovants par le biais du renforcement des capacités, du renforcement institutionnel et de la promotion des réformes, notamment fiscales ; d’utiliser la technologie numérique ; d’introduire une fiscalité environnementale ; de mettre en œuvre des mécanismes de financement innovants, tels que la conversion de la dette.

Compte tenu du nombre croissant de pays en situation de surendettement ou risquant de l’être, des mesures durables d’allègement et de restructuration de la dette sont nécessaires.

Sans surprise, la CEA conseille aux pays africains de mettre en œuvre des réformes structurelles pour aider à relancer la croissance et à renforcer la résilience, et pour améliorer l’efficacité des politiques fiscales et monétaires afin de contenir l’inflation. Enfin, estiment les économistes, les pays africains devraient également tirer parti des changements mondiaux actuels, notamment la transition vers les énergies renouvelables et l’importance renouvelée des minerais essentiels.

 

AD, d’après un compte rendu de la CEA

 

À lire : L’Afrique a besoin d’un changement radical pour lutter contre la pauvreté, par Adam Elhiraika (en anglais) sur le site African Business

@AB

 

Écrit par
Aude Darc

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