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African Business

Un contexte pétrolier moins favorable au Congo

Le Congo sera pénalisé, à court et moyen terme, par la forte dépendance de son économie à la manne pétrolière, laquelle semble moins porteuse. Selon S&P Ratings, le pays doit intensifier sa diversification.

Par Paule Fax

L’agence américaine S&P Ratings a revu en baisse sa notation sur le Congo Brazzaville. La note à long terme passe de CCC+ à C, confirmant un caractère tout autant « spéculatif » (risqué) de la dette du pays. Au-delà de cette dégradation, qui au fond ne change pas grand-chose à la situation financière du Congo, en pleine négociation sur sa dette, les analystes livrent leurs inquiétudes – mais également leurs notes d’optimisme.

Le Congo est affecté par la pandémie de Covid-19, par le recul des cours du pétrole et de réserves exploitables bientôt en baisse. En effet, les difficultés techniques, désormais résolues, qui avaient plongé le pays en récession en 2019, et qui sont aggravées par l’effet de la crise actuelle, ont modifié le profil de production du pays.

Les réformes en cours devraient, à long terme, « accroître la conformité et la transparence tout en maîtrisant les dépenses, améliorer l’efficacité des investissements publics, rationaliser la masse salariale et éliminer les dépenses hors budget », juge l’agence américaine.

Les analystes prévoient désormais que la production de pétrole atteindra un pic en 2022 pour dépasser 135 millions de barils, avant de revenir à environ 123 millions de barils en 2023, pour ensuite chuter vers 55 millions de barils à la fin de la décennie.

Aussi, « la capacité du pays à honorer ses engagements financiers dépendra-t-elle de conditions commerciales, financières et économiques plus favorables », soulignent les analystes. Qui fondent leurs perspectives « stables » sur le pronostic d’une amélioration des prix et des volumes du pétrole à partir de 2021, tempérée par des risques institutionnels persistants, une dette publique élevée et des amortisseurs financiers limités.

L’agence n’exclut pas de revoir à la hausse sa notation, si la situation budgétaire du gouvernement s’améliore et si les ratios financiers augmentent, par exemple, les actifs publics ou les réserves internationales de la Banque centrale.

« Pour autant, l’effet de la baisse des prix du pétrole ainsi que la baisse de la production de pétrole, combinés à l’épidémie de Covid-19, pèsent considérablement sur les performances économiques du Congo Brazzaville. » Après une forte contraction cette année (-10,5%), le pays restera en récession en 2021 alors que les dommages causés par la crise actuelle sur le secteur non pétrolier persistent et ne sont pas entièrement compensés par une légère augmentation de la production et des prix du pétrole (à 50 $ le baril, en moyenne).

Une croissance non pétrolière insuffisante

En 2019, le secteur pétrolier représentait environ 60% du PIB du Congo, les deux tiers de ses recettes budgétaires et environ 83% de ses exportations. Les bas prix du pétrole et une réduction de la production liée aux quotas de l’OPEP ont considérablement creusé le double déficit en 2020.

Bien sûr, le Congo tirera fortement sur les réserves internationales mises en commun alors que d’autres sources de financement pour le déficit important du compte courant se tarissent. Comme pour ses voisins, l’adhésion du pays à la Cemac (Communauté économique des États de l’Afrique centrale), et à l’Union monétaire qui prévoit un accord avec la France, soutiendront sa position extérieure.

Parallèlement, le déficit budgétaire et une très forte baisse du PIB nominal conduiront à une poussée du ratio d’endettement. De son côté, la croissance non pétrolière devrait repartir, mais sera contrainte par un environnement commercial jugé « difficile ».

« Si nous prévoyons que les chocs actuels seront largement transitoires, les effets économiques de la crise persisteront, car le retard des investissements et l’accumulation des arriérés envers les fournisseurs entraveront la croissance non pétrolière l’année prochaine. »

Les autorités visent à améliorer les performances du secteur agricole et à accroître la valeur ajoutée dans le secteur forestier. Il existe également un potentiel d’expansion considérable dans le secteur minier et une augmentation significative prévue de la production de gaz en 2023. Ces facteurs devraient soutenir l’activité économique à moyen terme.

 

S&P fait observer que le premier examen du programme de la facilité de crédit prolongée de trois ans du FMI, signé en 2019, a été retardé. Si le FMI a jugé la mise en œuvre de la réforme « appropriée », il a indiqué qu’il avait besoin de garanties supplémentaires que la restructuration de la dette du Congo avec les négociants en pétrole serait alignée sur le cadre du programme.

La plupart des soutiens multilatéraux et bilatéraux dépendent du programme du FMI. Néanmoins, « le soutien extérieur sera probablement insuffisant pour couvrir les besoins considérables de financement budgétaire », redoute S&P Ratings.

Sur le plan politique, l’agence prévient de « risques à la baisse » à l’approche des élections présidentielles de 2021 et des élections législatives de 2022. Néanmoins, elle reconnaît que la tension est retombée, après les troubles de 2017 dans la région du Pool.

Sur le plan financier, les autorités restent fermement déterminées à assurer le service de l’euro-obligation de juin 2029, malgré les tensions de liquidité actuelles. L’accumulation d’arriérés publics extérieurs et intérieurs envers les fournisseurs et les créanciers officiels reste importante. Aussi, l’appui budgétaire externe sera-t-il essentiel, bien qu’« insuffisant pour combler le déficit de financement ».

D’indispensables réformes pour le long terme

Toutefois, le Congo a bénéficié de l’initiative de suspension du service de la dette du G20 et est parvenu à un accord avec le Club de Paris, début juin. Selon la Banque mondiale, les économies potentielles découlant de l’allégement de la dette s’élèvent cette année à 146 millions $ (environ 11% du service de la dette de 2019).

Un soutien bilatéral et multilatéral supplémentaire sera probablement lié à l’obtention du premier financement du programme du FMI. Enfin, le Congo est en train de négocier certaines dettes auprès de compagnies pétrolières et auprès de la Chine.

À moyen terme, pour compenser la baisse des recettes pétrolières, les réformes mises en œuvre pourraient stimuler la mobilisation des recettes intérieures. Celles-ci comprennent des mesures pour récupérer les arriérés d’impôts, la suppression progressive des exonérations fiscales, un nouveau mécanisme de tarification des carburants, une augmentation des taxes foncières et des télécommunications et des contributions plus élevées des secteurs non pétroliers.

Le gouvernement prévoit également d’interconnecter les agences fiscales, avec l’aide du système de taxe électronique récemment lancé. « Cela devrait accroître la conformité et la transparence tout en maîtrisant les dépenses, améliorer l’efficacité des investissements publics, rationaliser la masse salariale et éliminer les dépenses hors budget », commentent les experts.

Les autorités sont également en train d’actualiser et de moderniser le Code général des impôts. Ces réformes vont dans le bon sens mais prendront du temps, prévient l’agence américaine.

PF

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