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African Business

Un commerce mondial moins fringant en 2024

Un commerce mondial moins fringant en 2024
  • Publiéjanvier 8, 2024

L’Afrique sera affectée, et pas forcément de manière négative, par des facteurs qu’elle ne maîtrise pas, en matière de commerce mondial. Atone, celui-ci pourrait être favorisé par le commerce entre pays qui entretiennent des relations politiques étroites.

 

Après un rebond en 2021 et 2022, la croissance du commerce mondial en volume a nettement ralenti en 2023, en particulier dans les pays en développement d’Afrique et d’Asie de l’Est. Passant de 9,6% en 2021 à 3% en 2022, puis à seulement 0,8% en 2023 selon les dernières projections de l’OMC, cette quasi-stagnation s’explique par divers facteurs, relève une étude de GSA (Global Sovereign Advisory), rendue publique ce 8 janvier 2024.

Qui cite, en guise de « facteurs », les politiques monétaires restrictives, la reprise économique chinoise moins vigoureuse que prévu, ou encore les tensions. Les échanges de marchandises en valeur ont, quant à eux, diminué en 2023 en raison de la baisse des prix des produits de base.

Les retards de livraison des marchandises sont susceptibles d’impacter l’ensemble des industries dépendantes de produits intermédiaires et de bouleverser les chaînes d’approvisionnement mondiales, en raison des pénuries et des hausses de coûts engendrées.

Si l’OMC table sur un rebond de la croissance du commerce international en volume cette année (3,3 % en volumes), la réalisation de ce scénario est soumise à de nombreuses incertitudes, en particulier géopolitiques. En effet, les tensions autour de trois carrefours maritimes majeurs pourraient perturber le commerce de marchandises, étant donné que plus des trois quarts des échanges de biens transitent par voies maritimes. Les tensions en mer Rouge, liées aux attaques des Houthis dans le cadre du conflit entre Israël et le Hamas, ainsi que la sécheresse dans le canal de Panama, pourraient perturber 17% du commerce mondial de marchandises et, par effet d’entraînement, bouleverser une part importante des chaînes d’approvisionnement mondiales.

Enfin, bien que la probabilité d’un blocage commercial en mer de Chine méridionale semble moins forte, la montée récente des tensions entre la Chine et les Philippines (en plus de celles avec Taïwan) seront d’autant plus à surveiller que 25% du commerce mondial passe par cette zone maritime.

Dans ce contexte géopolitique tendu, de nouvelles tendances se dégagent : si le « Near-shoring » (commerce de proximité) n’a pas progressé en 2023, le « Friend-shoring » (commerce avec les pays amis) est devenu plus fréquent.

 

Davantage de mesures protectionnistes

D’ailleurs, les routes commerciales sont désormais plus longues : afin de contourner les sanctions ou les mesures protectionnistes, de nouvelles étapes apparaissent dans les chaînes de production internationales. L’arrêt quasi-total des flux de commerce entre chaque bloc serait en partie compensé par davantage de flux au sein de chacun d’eux. Par exemple, les États-Unis profiteraient d’une augmentation de leurs échanges extérieurs de 10% à 42% avec les autres pays du bloc de l’Ouest, ces derniers redirigeant leurs échanges vers l’économie américaine.

 

« Ce contournement des routes commerciales les plus directes afin d’éviter les risques politiques devrait durer, dans la mesure où l’année 2024 pourrait être marquée par une recrudescence de mesures protectionnistes, en particulier dans le secteur des voitures électriques », explique GSA qui fait allusion aux mesures protectionnistes de l’Union européenne et, possiblement, des États-Unis.

En outre, la dernière enquête PMI de S&P Global laisse présager une poursuite du plafonnement des échanges mondiaux au cours des premiers mois de l’année 2024. Aussi, « les perspectives mitigées pour la production industrielle pourraient ainsi peser sur les échanges commerciaux internationaux dans les mois à venir », résume GSA. Grosso modo, le commerce mondial évolue dans le sillage du PIB mondial.

Vers un nouveau choc sur les prix ?

Enfin, le trafic mondial de conteneurs, qui constitue un indicateur important pour le commerce international, a connu une tendance à la baisse à la fin de l’année 2023.

Les tensions récentes en mer Rouge menacent 12% du commerce mondial, calculent les experts. Depuis le 19 novembre 2023, le commerce en mer Rouge est considérablement perturbé par des attaques menées par des Houthis contre les navires marchands traversant le détroit de Bab el-Mandeb, goulot d’étranglement naturel situé au sud de la mer Rouge. Mouvement chiite yéménite, les Outils, qui ont pris le contrôle d’un quart du Yémen à la faveur d’une insurrection commencée en 2014, justifient leurs actions par leur soutien au Hamas palestinien. Si les attaques (tirs de missiles balistiques, drones-suicides, abordages) ciblent théoriquement les navires appartenant à des intérêts israéliens ou desservant l’Etat hébreu, elles semblent toutefois de plus en plus frapper au hasard.

 

Retards de livraison

L’allongement des itinéraires du transport maritime – le tour du cap de Bonne Espérance –, engendre des répercussions significatives sur le commerce de marchandises, prolongeant d’une à deux semaines le parcours des navires marchands à destination de l’Europe, et augmentant par conséquent les tarifs de fret.

Au-delà des conséquences pour les entreprises commerciales internationales, l’impact des modifications des routes maritimes eurasiatiques ne se limitera potentiellement pas à ce seul secteur. Les retards de livraison des marchandises sont susceptibles d’impacter l’ensemble des industries dépendantes de produits intermédiaires et de bouleverser les chaînes d’approvisionnement mondiales, en raison des pénuries et des hausses de coûts engendrées.

Le marché mondial de l’énergie pourrait, lui aussi, largement pâtir des perturbations du commerce en mer Rouge, alors qu’une part significative des exportations de pétrole et de gaz naturel liquéfié en provenance des pays du Golfe et à destination de l’Europe et de l’Amérique du Nord transitent par cette zone.

@AB

Écrit par
Laurent Soucaille

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