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African Business

Un commerce de l’or responsable est possible

Les industriels risquent de plus en plus d’acheter de l’or qui profite aux groupes armés et aux trafiquants d’Afrique centrale et d’Afrique l’Est. Un rapport de The Sentry distingue les principaux obstacles à un marché sain de l’or, ainsi que les solutions pour les franchir. Extraits.

Par Kimberly Adams

L’organisation internationale The Sentry lance l’alerte et propose des solutions. Plus de 4 milliards de dollars d’or issu de zones de conflit ou à haut risque en Afrique centrale et de l’Est sont acheminés chaque année vers les marchés internationaux, y compris la Chine, les États-Unis, l’Inde, l’Europe et le Moyen-Orient. Il est temps de réagir, tandis que ce marché, qui fait vivre de nombreux Africains, est aussi convoité par des groupes armés ou des trafiquants. Les États occidentaux, les Nations unies, les États africains, les entreprises, les banques, ont pourtant la possibilité de remédier à cette situation.

Les entreprises d’électronique, de bijoux, d’automobile et de services financiers risquent d’acheter de l’or provenant de zones de conflit et de risque, comme la Centrafrique, la RD Congo, le Soudan et le Soudan du Sud. Ce, par le biais des Émirats arabes unis, surtout à Dubaï.

Les pays occidentaux, les Nations unies, devraient enquêter et agir plus sévèrement à l’égard des entreprises en zone de conflit. Tandis que les entreprises de bijoux et d’électronique devraient cesser de se fournir auprès d’affineurs ayant échoué aux contrôles.

L’or issu de ces pays touchés par les conflits est souvent acheminé en contrebande vers des pays voisins – le Burundi, le Cameroun, le Kenya, l’Ouganda, le Rwanda et le Tchad –, avant d’être exporté vers Dubaï et de finir en bijoux ou lingots d’or vendus dans le monde entier.

Au même moment, un commerce naissant de l’or responsable et libre de conflit émerge en Afrique centrale et de l’Est, « mais il nécessite des changements importants au sein des politiques régionales et internationales, ainsi que l’implication de l’industrie afin de croître », explique l’organisation.

 Des centaines de milliers d’hommes et de femmes exploitent l’or par le biais d’une activité artisanale et à petite échelle en Afrique centrale et de l’Est. Des fonctionnaires corrompus, des commerçants criminels, des unités armées et de mauvaises politiques les exploitent fréquemment. Et la pandémie de la Covid-19 a vulnérabilisé les communautés minières artisanales.

Certes, depuis dix ans, des régulations internationales, des normes et des contrôles de l’industrie ont amélioré la prise de conscience de tous les acteurs.

Réduire l’approvisionnement des zones en conflit

 

Toutefois, divers obstacles entravent une solution durable. Les affineurs et les commerçants vendant de l’or provenant des zones de conflit font face à peu de conséquences financières ou légales, voire aucune, malgré les régimes de sanctions.

Les politiques sont laxistes et mal appliquées, notamment à Dubaï. Dans d’autres zones comme l’Inde, les politiques manquent de cohérence et sont mal appliquées, ce qui encourage la contrebande et le blanchiment d’argent.

Comme le réclament certains acteurs, il faut couper les centres aurifères indélicats des chaînes mondiales d’approvisionnement. En Afrique de l’Est et en Afrique centrale, les taxes à l’exportation sont fortement déséquilibrées, ce qui encourage la contrebande. Par exemple, l’Ouganda et le Cameroun ont des taxes sur l’or bien plus basses que leurs voisins respectifs, la RD Congo et la Centrafrique, ce qui rend la contrebande de l’or vers ces pays bien plus rentable.

De plus, dans plusieurs pays de ces régions, les politiques entravent ou empêchent les mineurs de s’enregistrer légalement, d’obtenir des droits de propriété ou de disposer d’une protection. La corruption gouvernementale aggrave ces difficultés.

Enfin, le financement de mines responsables et libres de conflit dans l’Afrique centrale et de l’Est fait cruellement défaut, ce qui expose les coopératives minières aux acteurs illicites qui leur fournissent un préfinancement.

Les recommandations de l’organisation font écho à ce constat. Les pays occidentaux, les Nations unies, juge-t-elle, devraient enquêter et agir plus sévèrement à l’égard des entreprises en zone de conflit. Les entreprises de bijoux et d’électronique devraient cesser de se fournir auprès d’affineurs ayant échoué aux contrôles indépendants en la matière.

Concernant les taxes, là aussi, une coopération est possible, notamment auprès de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs et les gouvernements africains. Il existe des normes faciles à adopter.

Enfin, le nouveau Fonds d’innovation pour l’or responsable de l’Agence pour le développement international des États-Unis (USAid) pourrait servir de point de départ pour engager l’industrie dans les meilleures pratiques. L’objectif est de formaliser un commerce responsable et libre de conflit et soutenir les mineurs artisanaux vulnérables.

Pour ce faire, les dirigeants pourraient encourager les gouvernements à désigner davantage de mines viables comme étant des zones minières artisanales, à baisser les taxes sur l’or, et à formaliser le secteur.

KA

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