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African Business

Célestin Tawamba : Une passion industrielle

Le « patron des patrons » d’Afrique centrale est l’homme qu’on écoute, et surtout qui parle, au Cameroun. S’il ne nourrit pas d’ambitions politiques, il ne manque pas d’idées pour redynamiser le secteur privé de la sous-région. Portrait d’un financier devenu industriel.

Par Kimberly Adams

S’il est une personnalité active, au Cameroun, ces derniers mois, c’est bien Célestin Tawamba, ci-devant président du patronat camerounais et, depuis 2018, dirigeant de l’Union des patrons d’Afrique centrale (Unipace).

Sous ces deux casquettes – sans compter celles de dirigeant d’entreprises, au pluriel –, il multiplie les interventions pour bousculer une Afrique centrale, et un Cameroun en particulier, trop lent à s’ouvrir à l’entrepreneuriat et à la logique d’entreprise. Son obsession : que son pays et ses voisins remontent dans les différents classements « Doing Business » et attirent ainsi davantage de capitaux privés, qu’ils viennent de l’étranger ou de la zone.

Moderniser, telle est l’ambition de Célestin Tawamba quand il prend la tête du Gicam, en 2017, afin de rendre l’organisation patronale « plus puissante et plus conquérante ». Ambition renouvelée quand il prend la tête, un an plus tard, de l’Union régionale. 

Pour cela, il se veut avant tout force de propositions. Dès l’arrivée de la pandémie de Covid-19 dans le pays, par exemple, le Groupement inter-patronal du Cameroun (Gicam) a émis 18 suggestions au gouvernement destinées à accroître la résilience de l’économie.

D’ailleurs, les membres de l’Unipace avaient rappelé, lors de leur Assemblée générale de décembre 2019, « la disponibilité du secteur privé sous régional à jouer sa partition et à formuler des propositions concrètes à l’amélioration de l’environnement des affaires et au bon fonctionnement des institutions sous régionales à caractère économique, financier ou social ».

Message réitéré fin mai, dans une contribution au ton un peu plus alarmiste, cette fois.

À 54 ans, Célestin Tawamba incarne, depuis quinze ans, cette nouvelle génération d’hommes d’affaires africains capables d’exercer dans plusieurs secteurs d’activité successivement, ou à la fois. Son domaine initial : la finance. Diplômé de HEC Paris et de la sélective université Paris Dauphine, il entre bien vite chez Ernst & Young – on ne disait pas encore E & Y –, en tant que superviseur d’audit. Il y restera de 1992 à 1996. Rien de tel pour se tisser un imposant carnet d’adresses, qu’il entretient sans relâche, depuis. Carnet empli un peu plus quand, en 1996, il rejoint le groupe Hazim, leader dans l’exploitation de la forêt camerounaise, comme directeur financier. Il séduit par sa capacité de travail, son élégance, et son bagout, toujours empreint de courtoisie.

Se soigner et manger pour 1 dollar par jour

Il quitte Hazim en 2001, tout en gardant l’affection du patron libanais. Lequel l’aide à voler de ses propres ailes, en dépit de la défiance initiale des banquiers. Il est vrai que l’entrepreneur a de quoi surprendre, puisqu’il envisage de créer ex nihilo une société de production de farines et de pâtes alimentaires ! L’entreprise s’appelle La Pasta et connaît un succès fulgurant, sa production étant multipliée par dix en sept ans, de 25 à 250 tonnes ! En 2005, l’entreprise rachète la filiale camerounaise de Panzani, leader du marché des pâtes alimentaires.

Il devient un patron qui compte, au Cameroun. Un patron qui aime se donner de nouveaux défis. Il constitue une société holding, Cadyst Invest., dont site internet décline à l’envie « la passion industrielle » au service tantôt « du développement », tantôt « de la santé »…

Grâce à ce véhicule, il investit dans l’industrie pharmaceutique. Une « diversification » ? Pas seulement, car Célestin Tawamba a une ambition : « Faire en sorte que les gens se soignent et mangent pour 1 dollar par jour ! » Son groupe est le premier, en Afrique centrale, à implanter une unité de fabrication de médicaments génériques. Nous sommes à Douala, en 2009. Cette fois, Célestin Tawamba n’a guère de peine à réunir les 8 milliards de F.CFA nécessaires à ses ambitions. Il est vrai que notre homme n’a jamais déçu ses créanciers, remboursant à date et à heure fixe le montant convenu. « Depuis mes débuts, j’ai toujours fonctionné avec des crédits bancaires, que j’ai entièrement remboursés. Cela crée forcément des relations de confiance », explique-t-il.

Un patronat en berne

Dans la foulée, il acquiert en 2008 une part majoritaire (75%) au capital de la Société industrielle de produits pharmaceutiques (SIPP).
Créée en 1989, la SIPP est devenue leader, en Cemac, des préparations injectables pour perfusion (solutés massifs). Son nouveau patron modernise l’outil de production.

Moderniser, telle est aussi l’ambition de Célestin Tawamba quand il prend la tête du Gicam, en 2017, afin de rendre l’organisation patronale « plus puissante et plus conquérante ». Ambition renouvelée quand il prend la tête, un an plus tard, de l’Union régionale : « L’Unipace doit exercer un leadership intellectuel et d’intervention sur les nombreux sujets qui impactent la vie de nos entreprises et affaiblissent le potentiel de croissance de nos économies. » Il plaide également pour l’ouverture de son organisation aux influents Angola, et Rwanda, ainsi qu’à Sao Tomé-et-Principe, au Burundi et à la puissante RD Congo.

Est-ce une force ou une faiblesse ? Notre homme n’est guère attiré par la politique, en dépit de l’amicale pression de certains proches. Une faiblesse, si l’on considère qu’il pourrait faire bouger les lignes. Une force aussi, car il peut s’exprimer sans qu’on lui prête des ambitions personnelles.

En effet, Célestin Tawamba n’est pas homme à user de discours feutré sous prétexte de diplomatie. « Le moral des patrons camerounais est en berne », confiait-il au magazine Jeune Afrique, en février 2020, c’est-à-dire avant la pandémie à coronavirus.

Il appelle à une refonte du système fiscal camerounais, qui taxe fortement le chiffre d’affaires (2,2%) des entreprises, quel que soit leur bénéfice. « Nous ne pouvons avoir une fiscalité déconnectée de la réalité ! », tempête-t-il. Sans nul doute, l’homme d’affaires mettra-t-il de nouveau ce sujet crucial sur le tapis, sitôt la crise sanitaire endiguée.

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