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African Business

Où sont les grandes idées de l’Afrique ?

Économiste de formation, Omar Ben Yedder est le directeur général de notre groupe de presse, IC Publications. Lorsqu’on lui demande ce qui le motive, il répond simplement : « Je fais partie de Team Africa, je joue pour Team Africa et je veux que Team Africa gagne. » Il exprime sa consternation devant le manque de grandes idées et de grandes réflexions venant des Africains, ceux du continent et ceux de la diaspora, et lance un défi aux penseurs africains pour qu’ils proposent de puissantes nouvelles visions.

Par Omar Ben Yedder

J’ai commencé l’année avec un engagement à lire davantage, motivé notamment par Razia Khan, économiste en chef de Standard Chartered pour l’Afrique, qui dévore quelque 70 livres par an.

En 2021, les Africains ont dominé le monde littéraire en récoltant les récompenses les plus prestigieuses. Le prix Nobel de littérature a été remporté par le romancier Abdulrazak Gurnah. Nos écrivains en anglais et en français ont prospéré ces dernières années et nous comptons sans aucun doute un grand nombre d’écrivains talentueux.

IC Publications veut organiser un Festival des grandes idées, espérons-le durant le quatrième trimestre de l’année. Nous devons amener nos meilleurs cerveaux à réfléchir davantage et à mieux exprimer leurs pensées innovantes. Arrêtons de nous cacher !

Je suis plus enclin à lire de la non-fiction – fait intéressant, les hommes sont moins enclins à lire de la fiction –, et je viens de terminer de lire l’autobiographie de Béchir Ben Yahmed, fondateur de Jeune Afrique.

C’est une lecture fascinante, pleine d’anecdotes intéressantes. On apprend beaucoup par ses perspicaces analyses et ses franches opinions sur les nombreux événements et personnalités qui ont façonné l’Afrique des dernières soixante années depuis les indépendances des pays africains. 

Je fais partie d’un club de lectures avec des amis à Londres. On vient d’y débattre de La plus secrète mémoire des hommes, du jeune auteur sénégalais Mohamed Mbougar Sarr, lauréat du prix Goncourt, en France. C’est un livre qu’il faut absolument lire !

Où se cachent nos intellectuels ?

Dans notre secteur d’activité, nous passons beaucoup de temps à voyager. Avant la pandémie, nous étions aux premières loges des grands événements qui se déroulaient sur le continent. Depuis 2020 et même avant, c’est le manque de grandes idées qui me consterne de plus en plus.

Lorsque j’ai rejoint IC Publications il y a 19 ans, – peut-être a-t-on tendance à embellir le passé –, on relevait davantage de dirigeants politiques et d’intellectuels à travers l’Afrique avaient une vision pour le continent.

Même s’ils n’étaient pas d’accord sur les manières d’y parvenir, avec des programmes concurrents et des idées divergentes, tous avaient un objectif commun. Concernant l’avenir de l’Afrique. Cette vision commune fait aujourd’hui défaut ; nous pouvons vivement le regretter. Nos dirigeants ne sont plus en mesure de nous éclairer et de nous motiver !

Nous avons besoin d’une voix beaucoup plus forte de nos intellectuels africains : Qui sont-ils et où se cachent-ils ? Nos « Think tank » brillent par leur apparente timidité, se concentrant trop souvent sur des problèmes du passé et n’apportant pas l’originalité de pensée et de solutions que nécessite notre monde de plus en plus complexe, à l’ère numérique.

Trop souvent, les études manquent d’originalité et d’initiatives audacieuses. L’un des débats actuels tourne autour de la démocratie. Nous avons maîtrisé le sujet mais pas l’art du développement pour satisfaire les besoins essentiels et légitimes des populations.

Lee Kwan Yew, le père fondateur de Singapour, aujourd’hui l’un des pays les plus riches au monde, estimait qu’en matière de développement, la discipline est plus importante que la démocratie. Le développement et la démocratie ne s’excluent pas mutuellement. Au contraire, la démocratie et la liberté d’expression sont à la base de la création d’idées. Ce dont nous avons le plus besoin, ce sont les grandes idées pour transformer l’Afrique !

Un défi pour nos penseurs

Alors que nous avons gagné en confiance pendant les deux dernières décennies, nos pensées et nos discours sont freinés par notre manque d’ambition. Certes, de plus en plus de gens font bouger les choses. Comme nous le voyons dans l’espace technologique. Certains dirigeants exceptionnels tentent également d’apporter des solutions appropriées qui peuvent avoir un impact transformationnel.

Pourtant, nos intellectuels sont dans leur zone de confort et devraient réfléchir beaucoup mieux. Peut-être ne sont-ils pas assez soutenus ? Peut-être qu’ils ne sont mal préparés et trop anxieux ? Ce qui est certain, c’est le trou béant en matière d’idées nouvelles et d’initiatives innovantes sur le continent.

Donc notre défi est : « Où sont les grandes idées ? » Dans cette affaire, les médias comme les nôtres ont leur part de responsabilité. Nous devons remettre en question le statu quo et servir de plateforme pour le débat d’idées, pour que de grands concepts se développent. Nous devons aussi être beaucoup plus « Africains » et beaucoup moins « Occidentaux » pour revenir à nos sources.

Dans les domaines de la science, de l’éducation, et de la santé, nous aspirons à une grande remise à zéro et à une réflexion originale. Une petite idée, qui peut avoir un grand impact, est de rediriger les droits de tirage spéciaux du FMI vers nos institutions de financement du développement les plus influentes, qui peuvent les exploiter d’urgence et les déployer immédiatement.

En interne, chez IC Publications, nous voulons organiser le « Festival des grandes idées ». Avec la fin prévue de la pandémie, nous espérons pouvoir choisir une date pendant le quatrième trimestre 2022. Dans tous les cas de figure, nous devons amener nos meilleurs cerveaux à réfléchir davantage et à mieux exprimer leurs innovantes pensées. Arrêtons de nous cacher. Notre avenir post-pandémique en dépend.

@NAF

 

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