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Transport

Sénégal : Des financements de choix au service de l’expansion ferroviaire

Sénégal : Des financements de choix au service de l’expansion ferroviaire
  • Publiémars 23, 2022

Les voyageurs sénégalais pourront désormais réduire les heures de leurs trajets entre Dakar et la ville nouvelle de Diamniadio en utilisant le train express régional. Cette réalisation majeure dans les transports a été financée par un consortium comprenant un élément important de finance islamique.

 

Par Mushtak Parker

 

En février 2022, on s’en souvient, l’impressionnant TER (Train express régional) reliant Dakar à Diamniadio accueillait deux hôtes de marque, Akinwumi Adesina, président de la BAD (Banque africaine de développement) et le président sénégalais Macky Sall. La BAD fait partie du consortium de plusieurs institutions qui ont levé les 711 milliards de F.CFA (1,8 milliard d’euros) nécessaires pour financer la phase 1 du nouveau système ferroviaire.

Le TER est le projet d’infrastructure ferroviaire phare du gouvernement du Sénégal, intégré au PSE (Plan Sénégal émergent), visant à accélérer la transition vers le statut d’économie de marché émergente d’ici 2035. Le projet du TER Dakar – Diamniadio – Aéroport international Blaise-Diagne est composé de deux phases. Le premier s’étend du centre-ville de Dakar à la ville nouvelle de Diamniadio, et le second de Diamniadio à Diass, où se situe l’aéroport. Dans un second temps, le TER pourrait rejoindre les villes de Mbour et Thiès, à l’ouest.

Le déficit d’investissement dans les infrastructures en Afrique avoisine 100 milliards $ par an, calcule la BAD. Les partenariats public-privé offrent une approche supplémentaire conçue pour accroître les investissements du secteur privé et atteindre des niveaux plus élevés d’efficacité dans le développement et l’exploitation des infrastructures.

Ce n’est un secret pour personne que d’autres pays d’Afrique subsaharienne regardent le projet avec une certaine envie, étant donné qu’il est considéré comme le premier service de train express de transport de masse dans la région et jouera un rôle majeur dans la réduction de la congestion du trafic routier et des émissions de gaz à effet de serre, à Dakar.

La phase I du TER a été mise en service fin décembre 2021. Lors de l’inauguration en grande pompe par le président Sall et une foule de dignitaires et de représentants des co-financiers, le train a roulé à 160 km/h, parcourant la distance de 36 km en un peu moins de 20 minutes. À son apogée, il transportera environ 115 000 passagers par jour.

 Feu vert pour des financements de projets

Pour le président Sall, le projet TER est un triomphe politique fondé sur l’« ambition de progrès, de bien-être et de modernité ». Tous les passagers bénéficieront de la climatisation, du Wi-Fi, des étagères pour ordinateurs, des liseuses et des prises 220 volts pour les passagers de première classe. Le TER est alimenté à l’électricité et à l’énergie thermique et fonctionnera 7 jours sur 7 toutes les 20 minutes, de 5h à 22h. Le train de quatre voitures aura une capacité maximale de 565 passagers. Le système de transport collectif actuel de Dakar comprend des bus, des mini-bus (cars rapides), des taxis et le train de banlieue.

Plaidant pour le financement du nouveau chemin de fer, le président de la BAD a rappelé : « Comme ce système ne permettra pas de répondre de manière satisfaisante aux besoins de transport d’environ 124 000 voyageurs pendant les heures de pointe à Dakar, le projet adopté par le gouvernement est de remplacer le PTB par le TER pour assurer la desserte de la banlieue de Dakar. »

Avec une population de 3,5 millions d’habitants, Dakar représente environ 20 % des 17 millions d’habitants du pays et offre près de 85 % des opportunités d’emploi à l’échelle nationale. Ainsi, un objectif crucial du projet TER, selon la BAD, « est de contribuer au réaménagement et au rééquilibrage de l’espace urbain dans la capitale Dakar en vue d’atteindre le niveau de croissance du PIB défini dans le PSE ».

Le projet pourrait servir de modèle d’infrastructure ferroviaire pour d’autres pays africains. Il dispose de trois atouts principaux : il a une structure unique de financement concessionnel ; il contribue à combler le déficit d’infrastructures du pays ; et il aide le Sénégal à atteindre les cibles de plusieurs ODD (Objectifs de développement durable) des Nations unies d’ici à 2030.

 

Un atout social

 La phase I du TER a été financée par un consortium comprenant la Banque islamique de développement (BID), avec 197 milliards de F.CFA (300 millions d’euros) ; la BAD, avec une contribution de 191 millions d’euros ; l’Agence française de développement, avec 100 millions d’euros ; Bpifrance, la banque publique d’investissement française, avec 20 millions de dollars ; et le gouvernement du Sénégal, avec une contribution de 182 millions d’euros. La durée des facilités de financement du développement est de 25 ans, avec un taux d’intérêt de 2 % pour la partie du prêt conventionnel et un taux de profit différé de 2 % pour la facilité de vente à tempérament de la BID.

Le financement de la phase II du TER n’est pas encore conclu. La BID est la seule multilatérale à avoir engagé un financement pour la phase II, à hauteur de 100 millions d’euros (65,6 milliards de F.CFA), bien que la BAD ait indiqué qu’elle suivrait cet exemple. « Le projet TER Phase II, déclare la BID, vise à répondre à la demande croissante de trafic urbain entre le centre-ville de Dakar et l’aéroport Blaise-Diagne en réduisant le temps de trajet de 90 à 50 minutes, en réduisant les coûts d’exploitation et la pollution de l’air. »

Le conseil d’administration de la BID a également approuvé 17,8 millions de dollars pour moderniser la section II de l’autoroute de Dakar dans le cadre d’un projet d’infrastructure associé.

Un autre projet phare interdépendant du PSE est la création du Pôle urbain de Diamniadio en tant que pôle multiservice en Afrique de l’Ouest et pôle d’attraction des capitaux étrangers. À ce titre, la position stratégique de Diamniadio dans le réseau TER prend encore plus d’importance.

Il ne faut pas négliger un élément d’inclusion sociale pour promouvoir les activités de bien-être des jeunes à travers le développement d’activités sportives organisées. D’où la construction d’un stade olympique de football de 50 000 places, de deux terrains d’entraînement et d’un système de production et de stockage de l’énergie solaire qui alimentera le stade. Le projet a créé quelque 400 emplois.

Le financement est fait par la Standard Chartered Bank du Royaume-Uni, l’AKA d’Allemagne et l’ICIEC, la Société islamique d’assurance des investissements et des crédits à l’exportation (groupe IDB), fournissant un prêt de 171 millions $ sur dix ans.

 

La BAD opte pour le modèle PPP

Lors d’un récent forum de partenariat public-privé (PPP), Amadou Hott, ministre sénégalais de l’Économie, de la planification et de la coopération internationale, a noté qu’« en période de pandémie, l’optimisation de nos emprunts est devenue un exercice crucial ». Le Sénégal a bénéficié de l’assurance de l’ICIEC pour mobiliser des ressources auprès de prêteurs privés compte tenu de la rareté des prêts concessionnels.

« Cela rassure les investisseurs et leur permet d’être plus flexibles dans l’allongement de la maturité des installations. » Grâce à ces outils d’atténuation des risques, le Sénégal a réussi à obtenir un financement privé pour la réhabilitation d’un important système de collecte d’eau à Dakar.

« La structure financière était innovante car elle permettait au Sénégal d’emprunter en monnaie locale. Sans le soutien de l’ICIEC, bon nombre de ces investissements auraient mis du temps à se boucler financièrement et probablement à un coût beaucoup plus élevé », a expliqué le ministre.

Fort de cette réussite convaincante des infrastructures ferroviaires au Sénégal, le Conseil d’administration de la BAD a approuvé, en janvier 2022, son premier cadre stratégique pour le développement des PPP. Selon la BAD, le déficit d’investissement dans les infrastructures en Afrique est estimé à plus de 100 milliards $ par an, affectant les conditions de vie des Africains et la compétitivité mondiale du continent. Les PPP offrent une approche supplémentaire conçue pour accroître les investissements du secteur privé et atteindre des niveaux plus élevés d’efficacité dans le développement et l’exploitation des infrastructures.

Selon Akinwumi Adesina, le nouveau cadre constituera le fondement des engagements de la BAD dans le secteur des infrastructures. « Ce cadre stratégique très attendu, a-t-il expliqué, contribuera grandement à permettre à la BAD de fournir l’assistance indispensable au développement et à la mise en œuvre de PPP en Afrique ».

@MushtakParker

Akinwumi Adesina discute avec les passagers du Train express régional du Sénégal

Akinwumi Adesina discute avec les passagers du Train express régional du Sénégal

 

 

Écrit par
Mushtak Parker

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