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African Business

La Camair poursuivra ses vols, assure Biya

Camair-Co devra reprendre très bientôt ses activités, demande le président du Cameroun, Paul Biya. La compagnie, restructurée avant sa probable privatisation, devrait se recentrer sur les seuls vols domestiques.

Par Marie-Anne Lubin

Le président du Cameroun continue de s’impliquer directement dans le dossier de la Camair-Co. Paul Biya, à l’issue de plusieurs réunions de travail ministérielles durant l’été, a demandé la reprise des activités de la compagnie aérienne.

Ce qui devrait être fait dans les plus brefs délais, relate la presse camerounaise, c’est-à-dire dès ce mois de septembre et non en octobre comme envisagé.

Il est impératif de rendre l’entreprise viable, et potentiellement pérenne, avant d’en obtenir un bon prix. Camair-Co ne peut plus demeurer un gouffre financier pour le Trésor public, dans un Cameroun déjà bien endetté et aux ambitieux projets d’investissements.

Le plan de restructuration de la Camair-Co, mis au point sous l’autorité du Premier ministre Joseph Dion Ngute, devrait être présenté tout prochainement. Le président Biya aurait insisté sur le besoin de recentrer la compagnie vers les vols domestiques, afin de faciliter la mobilité dans le pays.

Cette instruction présidentielle rejoint la stratégie mise en œuvre par Ernest Dikoum, ancien directeur général de Camair-Co. Lequel avait déjà, en 2017, amorcé le recentrage sur les dessertes domestiques, en complétant la carte des destinations locales. À son départ, la compagnie desservait sept capitales régionales sur les dix que compte le Cameroun.

Cette liste des dessertes domestiques ne devrait pas être difficile à compléter, au regard des mesures déjà prises par le gouvernement visant à réhabiliter la flotte de la compagnie. En effet, le 14 juillet 2020, une lettre de la Présidence de la République, qui ouvrait la voie à une restructuration puis à une privatisation de la compagnie, promettait une enveloppe de 15 milliards de F.CFA (22,9 millions d’euros) à la Camair-co.

Cette manne devait servir à « l’envoi en maintenance de l’un des Boeing 737-700 NG ; l’acquisition de deux aéronefs Dash Bombardier Q400, mieux adaptés aux lignes de courte distance et la location de deux moteurs susceptibles de permettre la remise en vol du deuxième Boeing 737-700 N ». La compagnie détient également deux MA60 chinois et un premier Bombardier Q400. Cette flotte conséquente, maintenue en bon état, est de nature améliorer l’offre de la Camair au plus tôt.

Imposante masse salariale

Parallèlement, le gouvernement recherche activement un successeur au directeur général Georges Njipendi Kouotou. Plusieurs personnalités ont été approchées, dont Charles Tawamba, qui avait notamment participé à la restructuration de Campost, l’entreprise postale publique.

L’intéressé aurait refusé la proposition, tout comme deux autres anciens dirigeants ou cadres d’entreprises camerounaises. Jugent-ils également la situation de la Camair-Co « catastrophique », ainsi que le décrivait un commissaire aux comptes en juin 2020 ? Ou jugent-ils le poste trop éphémère ?

Il est vrai que la compagnie n’a jamais donné des signes de rentabilité. À fin 2018, elle accumulait 110 milliards de F.CFA de dettes (168 millions d’euros). Sa perte est estimée à 15 milliards pour 2019 et à 12 milliards pour le seul premier semestre 2020.

Nous le savons depuis la mi-juillet, face aux nombreuses difficultés financières auxquelles la compagnie fait face depuis le lancement de ses activités en 2011, l’État a choisi la cession de ses parts majoritaires de Camair-Co à un opérateur privé.

Si cette opération est prévue par les textes fondateurs de la compagnie, il est impératif de rendre l’entreprise viable, et potentiellement pérenne, avant d’en obtenir un bon prix. Quoi qu’il en soit, la compagnie ne peut plus demeurer un gouffre financier pour le Trésor public, dans un Cameroun déjà bien endetté et aux ambitieux projets d’investissements.

Le plan de restructuration devrait détailler la rationalisation dans la gestion des ressources humaines et la réduction de la masse salariale. Sachant que le personnel, dont les deux tiers sont au chômage technique aujourd’hui, cumule les arriérés de salaires, depuis la fin de l’hiver 2020.

La masse salariale mensuelle représente 500 millions de F.CFA, calcule Okalla Ahanda & Associés. Fin juin 2020, ce cabinet de commissaires aux comptes avait lancé une « alerte ». Il rappelait avait déjà prévenu, en avril 2018, que les capitaux propres de Camair-Co étaient devenus inférieurs à la moitié du capital social ».

Aussi, concluait-il, « la prochaine Assemblée générale devait décider s’il y a lieu de procéder à la dissolution anticipée de la société ou non ». La restructuration demandée par le gouvernement pourrait éloigner cette sombre perspective.

ML

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