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African Business

Cameroun : Kribi, une ouverture au monde

Le port en eaux profondes de Kribi, qui n’a pas trois ans, enregistre un démarrage foudroyant. Plusieurs spécialistes expliquent les enjeux de cette entreprise clef en Afrique centrale, tandis que le gouvernement camerounais s’interroge sur l’attractivité de la zone.

Par Laurent Soucaille

Le Cameroun, et plus généralement l’Afrique centrale, mise beaucoup sur le succès du port de Kribi. Le site est davantage qu’un port en eaux profondes, un terminal à conteneur au bord du golfe de Guinée. Il est une zone d’activité susceptible d’attirer de nombreuses entreprises, exportatrices ou non. Pour tenir toutes ses promesses, Kribi doit se doter des infrastructures nécessaires (eau, électricité, accès au net, services…) et être mieux relié aux autres régions Cameroun et aux pays voisins.

Kribi a une position idéale en Afrique centrale, il se situe aux confins du golfe de Guinée, ce qui le met en connexion avec de nombreux pays, y compris avec ceux de l’hinterland et ceux dont les ports ne peuvent bénéficier du même tirant d’eau que lui.

Michael Mama est directeur de l’Exploitation du PAK (Port autonome de Kribi). Intervenant sur la plateforme I-Conférences, il rappelle que le port de Kribi favorise l’industrialisation de la région et l’exploitation des ressources naturelles du Cameroun. S’il existe beaucoup d’autres projets autour du port, plusieurs n’ont pas encore vu le jour.

Pour autant, « Kribi a su se réinventer pour profiter aussi aux économies voisines ». C’est pourquoi Kribi devient un port dit « de troisième génération », qui apporte des solutions logistiques et industrielles pour rapprocher les différentes industries. Son terminal à conteneurs et son terminal polyvalent offrent de multiples solutions aux industriels. Son rôle n’est pas que d’être un poumon économique pour le pays.

Représentant le ministère de l’Économie, Roger Bafakan confirme : « Le port est une infrastructure d’ouverture au monde. » En Afrique centrale, il se situe aux confins du golfe de Guinée, ce qui le met en connexion avec de nombreux pays, y compris avec ceux de l’hinterland et ceux dont les ports ne peuvent avoir le même tirant d’eau que Kribi.

En partie, la relative « résilience » de l’économie camerounaise tient dans la diversification de son économie. Kribi fait partie de cette stratégie : le port n’est plus concentré sur les seuls minerais, contrairement à sa vocation première, comme il devient polyvalent, ouvert à plusieurs industries.

L’aménagement a coûté environ 400 milliards de F.CFA (610 millions d’euros) pour le port lui-même, sachant qu’il nécessite des aménagements autour (autoroute, 40 milliards de F.CFA, autres tronçons routiers pour 150 milliards, etc.).

Des tarifs déjà attractifs

Le port connecte plusieurs territoires, au Cameroun et chez ses voisins. Mais il reste du chemin à faire en la matière pour optimiser les infrastructures. La connectivité passe par des routes plus modernes, comme des autoroutes. Certains tronçons sont à finir ou à construire. Progressivement, les liaisons se modernisent vers la RD Congo, le Gabon ; les destinations Centrafrique et Tchad sont sur le point d’être finalisées.

Michael Mama rappelle l’enjeu économique : au-delà des investissements, « il est important d’estimer quel en sera le retour ». Les débuts semblent prometteurs : 60 hectares sont déjà opérationnels, sans compter les plateformes offshore.

Progressivement, les entreprises s’implantent, dans des infrastructures sur le point d’être finalisées ou qui le seront un peu plus tard. En dépit de la crise sanitaire, le port a compté 290 escales au premier semestre 2020, contre 260 au cours des premiers mois de 2019 et 176 au premier semestre 2018. « Si la connectivité n’est pas parfaite, Kribi permet déjà d’entamer les échanges intra-africains. »

Les trafics d’industrie de transformation sont déjà importants. Le Cameroun peut transformer pour les autres pays africains, grâce à son offre d’électricité, de gaz, sur le site, par exemple. D’autant que les tarifs sont attractifs, compte tenu de la taille du port. Les grands projets énergétiques (barrages) devraient soutenir les investissements à Kribi. Effets induits : la zone a besoin de bois, donc de scieries, de charbon, etc.

Les nouvelles technologies ont leur importance : Kribi permet déjà d’améliorer aussi les processus logistiques, par exemple grâce à la dématérialisation des opérations administratives.

Patrice Yantho dirige le cabinet de conseils JMJ. Il considère qu’en cette période de crise, « les investissements tombent à point pour l’Afrique centrale et que tout confirme l’opportunité de cet investissement ». L’État a compris comment répondre à l’explosion de la démographie et des échanges dans la région, et même au-delà.

On sait que 80% des volumes mondiaux de marchandises transitent par la voie maritime. Et les marchés de consommation (ménages, entreprises) sont appelés à de fortes croissances. D’autre part, l’Afrique a un grand potentiel agricole, nous le savons, au vu des statistiques sur les terres arables non cultivées. Des ports comme celui de Kribi sont indispensables pour aider l’agriculture à couvrir de grands marchés comme la Chine.

D’autres investissements à consentir

S’annonce la Zone de libre-échange continentale, qui devrait aussi dynamiser les marchés de consommation. Très vite, le Cameroun a démontré combien le site Kribi était attractif. Dans l’industrie du cacao, par exemple, les producteurs voient l’intérêt de s’orienter vers l’exportation, les coûts de transformation puis de transports deviennent enfin abordables pour eux.

Kribi offre l’avantage d’une zone sécurisée, à l’offre attractive en matière d’énergie, par exemple. Quand on est destiné essentiellement à l’exportation, il est important d’être proche de la zone d’expédition, où les conditions de stockages sont bien meilleures, mais encore faut-il acheminer les matières premières. Nous en revenons ici à l’urgence d’investir encore dans le réseau routier.

Roger Bafakan rappelle qu’en matière ferroviaire, les démarches sont en cours pour améliorer le réseau et donc l’accès à Kribi. « Nous y travaillons avec nos partenaires chinois. » Le Cameroun semble opter pour projet autoroute-train, s’orientant vers la piste des partenariats public-privé pour les réaliser. « Quelques aléas nous empêchent aujourd’hui de fixer un calendrier, mais dès l’année prochaine, des projets seront engagés, et ils pourraient prendre corps dans trois ou quatre ans. »

Reste un choix de taille que doit prendre le gouvernement : le statut fiscal de la zone. Laquelle pourrait prendre la forme d’une ZES (Zone économique spéciale). « Cette solution offrirait diverses facilités, par exemple en matière de dématérialisation, qui est appelée à s’étendre. »

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